Le madhhab du Compagnon est-il ḥujja ? · Jusqu'à onze positions recensées · L'exception du taʿabbudī, le taqlīd et Zayd dans les farāʾiḍ
Voici la masʾala la plus ramifiée du Livre : le qawl al-ṣaḥābī — l'avis d'un Compagnon, qui n'est ni un ḥadīth qu'il rapporte ni un ijmāʿ, mais son ijtihād propre. Sur un autre Compagnon, il n'est pas ḥujja, par accord (wifāqan). Sur les générations suivantes ? Le Jadīd d'al-Shāfiʿī dit non — mais le Shaykh al-Imām (le père de Subkī) relève une exception remarquable : le domaine taʿabbudī, où le qiyās n'a pas prise, car l'avis du Compagnon y trahit un enseignement reçu (tawqīf). Puis vient la question dérivée : à défaut d'être ḥujja, peut-on le taqlīd-er ? Deux qawl, « car la confiance en la connaissance de son madhhab a disparu : il n'a pas été consigné ». Zarkashī déploie alors l'éventail complet — jusqu'à onze positions, de « ḥujja au-dessus du qiyās » (Mālik, la plupart des Ḥanafites) jusqu'à « seuls les quatre califes » voire « les quatre sauf ʿAlī ». Et la carte se clôt sur le cas d'école : pourquoi al-Shāfiʿī suit-il Zayd b. Thābit dans les successions, lui qui nie la ḥujjiyya du qawl al-ṣaḥābī ?
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« Masʾala : l'avis du Compagnon — qu'Allāh l'agrée — n'est pas une ḥujja contre un [autre] Compagnon, par accord ; de même contre un autre [que les Compagnons] — le Shaykh al-Imām a dit : sauf dans le domaine taʿabbudī — et sur son taqlīd, deux qawl, car la confiance en [la connaissance de] son madhhab a disparu, puisqu'il n'a pas été consigné. »
Source : Jamʿ al-Jawāmiʿ — Tāj al-Dīn al-Subkī · Kitāb al-Istidlāl (qawl al-ṣaḥābī) · Tashnīf al-Masāmiʿ pp. 352-355
Tout repose sur une distinction : quand un Compagnon rapporte du Prophète ﷺ, c'est un ḥadīth — Porte III. Quand il opine, c'est son ijtihād — et la question devient : cet ijtihād a-t-il une autorité particulière du fait de la ṣuḥba ? Zarkashī précise le périmètre : il s'agit du Compagnon mujtahid — « le ʿāmmī n'a pas de qawl, car il parle sans naẓar » (c'est pourquoi Subkī n'a pas eu besoin d'écrire « le Compagnon savant » comme certains Ḥanbalites). Sur un autre Compagnon mujtahid : pas ḥujja, par accord — encore que le Shaykh Abū Isḥāq, dans al-Lumaʿ, nuance ce « wifāq » : si on tient le qawl pour ḥujja, deux avis de Compagnons opposés sont deux dalīl en conflit, qu'on départage par le nombre ou par la présence d'un imām parmi eux. La force de la masʾala est là : elle oblige à séparer ḥujjiyya (autorité probante), taqlīd (suivi sans preuve), takhṣīṣ (peut-il restreindre un ʿāmm ?) et tarjīḥ (peut-il faire pencher la balance ?) — quatre questions que « l'auteur du Ḥāṣil, suivi d'al-Bayḍāwī » avait fâcheusement confondues, « tombant ainsi dans l'erreur ».
Sur la ḥujjiyya du qawl al-ṣaḥābī à l'égard des non-Compagnons : al-Shāfiʿī a deux qawl — de même Aḥmad — et « le Jadīd est qu'il n'est pas ḥujja ». Mais le Shaykh al-Imām [Taqī al-Dīn al-Subkī] soutient qu'al-Shāfiʿī a excepté de son Jadīd le domaine taʿabbudī, « où le qiyās n'a pas de champ ».
Traduction : « Ce qu'il a exposé dans ces deux masāʾil — je veux dire la ḥujja et le taqlīd — al-Ghazālī, al-Rāzī, al-Āmidī et d'autres l'ont déclaré expressément, consacrant à chaque statut une masʾala distincte ; mais l'auteur du Ḥāṣil s'est figuré le contraire et a mêlé une masʾala à l'autre, et al-Bayḍāwī l'y a suivi — tombant ainsi dans l'erreur. »
Le matn anticipe : « Quant à l'accord d'al-Shāfiʿī avec Zayd — qu'Allāh l'agrée — dans les farāʾiḍ, c'est pour un dalīl, non par taqlīd. » L'objection était forte : al-Shāfiʿī épouse le madhhab de Zayd jusqu'à ce que son propre qawl hésite là où la riwāya de Zayd hésite. N'est-ce pas du taqlīd ?
« Pourquoi l'exception du Shaykh al-Imām porte-t-elle précisément sur le domaine taʿabbudī ? Reconstituez le raisonnement à partir de l'exemple des six rakʿa de ʿAlī, puis expliquez en quoi cette exception rapproche le qawl al-ṣaḥābī de la riwāya — sans pourtant les confondre. »