Le mot employé par institution seconde · Y a-t-il du majāz dans la langue et dans le Qurʾān ? · La grammaire des relations métaphoriques
Le majāz — du tajāwuz, le « franchissement » — est « le mot employé par une institution seconde, en raison d'une relation (ʿalāqa) » avec le sens premier. Définition d'une grande finesse : elle évite de dire que le majāz « n'est pas institué » (ce qui trancherait un débat ouvert) et loge dans la ʿalāqa toute la rationalité du transfert. Subkī enchaîne les masāʾil : le majāz existe — contre l'Ustādh Abū Isḥāq, contre Abū ʿAlī al-Fārisī, contre les Ẓāhirites qui le nient dans le Qurʾān et la Sunna ; on n'y recourt que pour une raison (lourdeur, indécence, ignorance, éloquence, notoriété…) ; il ne domine pas les langues — contre Ibn Jinnī ; et il n'est d'aucun secours quand la ḥaqīqa est impossible — contre Abū Ḥanīfa et son célèbre « hādhā ibnī » dit de l'esclave plus âgé que soi. Le cœur de la carte : la liste des ʿalāqāt (pp. 107-110 du Tashnīf) — cause et effet, partie et tout, voisinage, contrariété, ce qui fut et ce qui sera, le mutaʿalliq nommé du nom de son mutaʿallaq — puis le majāz d'attribution (fī al-isnād).
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« Le majāz : le mot employé par une institution seconde, en raison d'une relation. On en déduit la nécessité de l'antériorité de l'institution — point unanime —, non de l'emploi [du sens propre], selon l'avis choisi. Il a lieu, contrairement à l'Ustādh et à al-Fārisī absolument, et aux Ẓāhirites pour le Livre et la Sunna. On ne s'y porte que pour la lourdeur de la ḥaqīqa, son indécence, son ignorance, ou pour l'éloquence du majāz, sa notoriété, ou autre raison. Il ne domine pas les langues, contrairement à Ibn Jinnī ; et il n'est d'aucun appui là où la ḥaqīqa est impossible, contrairement à Abū Ḥanīfa. Et il peut se trouver dans l'attribution, contrairement à certains. »
Source : Jamʿ al-Jawāmiʿ — Tāj al-Dīn al-Subkī · Kitāb al-Kitāb (al-majāz wa-ʿalāqātuh) · Tashnīf al-Masāmiʿ pp. 105-112
Nier le majāz, c'est devoir lire ﴾وَاسْأَلِ الْقَرْيَةَ﴾ — « interroge la cité » — au pied de la lettre. Le Qāḍī [selon Ibn al-Ḥājib] tentait l'issue : « qarya » serait un mushtarak entre les murs et les habitants. Réfutation : si c'était un mushtarak, l'application aux habitants n'exigerait pas d'indice ; or elle en exige un — preuve du transfert. À l'autre extrême, Ibn Jinnī (al-Khaṣāʾiṣ) prétendait que le majāz domine toutes les langues : « ḍarabtu zaydan » serait déjà figuré, le maṣdar embrassant tout « frapper » alors qu'on n'en a réalisé qu'une part, et la frappe n'ayant touché qu'une partie du corps. Réponse du Maḥṣūl, relayée par Zarkashī : le maṣdar n'indique pas les individus de la quiddité mais la pure notion — l'argument est « faible » (rakīk). Entre les deux excès, la voie de Subkī : le majāz existe, réglé par des ʿalāqāt déterminées, et signalé par des marques (l'esprit se porte ailleurs sans indice, la validité de la négation — « ce n'est pas un âne » du blaireau —, la non-régularité…). Encadré, il devient l'instrument le plus puissant de l'herméneutique.
Traduction : « Le délaissement de la ḥaqīqa pour le majāz a des causes : (1) la lourdeur du mot propre sur la langue [un nom rocailleux de la calamité, remplacé par nāʾiba ou ḥāditha] ; (2) son indécence — on dit “al-ghāʾiṭ” [le creux de terrain] pour la déjection ; (3) l'ignorance du mot propre par le locuteur et l'interlocuteur ; (4) l'éloquence du mot figuré, apte à la prose rimée, à la paronomase et aux autres genres du badīʿ, là où le propre ne l'est pas ; (5) sa notoriété, le majāz étant [parfois] plus connu que la ḥaqīqa. »
Et le matn ajoute « aw ghayr dhālika » : Zarkashī y range le cas du sens que l'on veut voiler aux tiers — locuteur et auditeur se comprenant seuls.
Le majāz peut résider dans les mots simples (asad pour le brave, ḥimār pour le sot) — c'est tout ce qui précède — ou dans la composition : attribuer le verbe à qui n'en est pas l'auteur, par une forme d'interprétation. Exemples qurʾāniques analysés par Zarkashī : ﴾رَبِّ إِنَّهُنَّ أَضْلَلْنَ كَثِيرًا مِنَ النَّاسِ﴾ — les idoles « égarent » —, ﴾مَنْ كَانَ فِي الضَّلَالَةِ فَلْيَمْدُدْ لَهُ الرَّحْمَنُ مَدًّا﴾ : chaque mot est en son sens, l'attribution seule franchit. C'est le majāz ʿaqlī, refusé par « certains » (qawm) que vise le matn.
« Un homme dit de son esclave plus âgé que lui : “hādhā ibnī” (voici mon fils). Chez Abū Ḥanīfa, l'esclave est affranchi ; chez les Shāfiʿites, la parole est nulle (laghw). Identifiez le principe uṣūlī exact qui sépare les deux écoles, et expliquez pourquoi la règle “lā muʿtamada ḥaythu tastaḥīlu al-ḥaqīqa” entraîne la nullité plutôt que le report sur le majāz. »