La langue a-t-elle des formes posées pour le général ? · Kull, alladhī, man, mā, matā, ayna… · Le pluriel défini, le mufrad muḥallā bi-al, la nakira en négation
Avant d'inventorier les formes du général, il faut gagner une bataille préalable : existe-t-il seulement des ṣiyagh du ʿumūm ? Les wāqifiyya en doutent — pour eux, « kull » ou « man » sont équivoques entre général et particulier, ou bien la langue ne livre rien de décisif. Le jumhūr répond par un argument de bon sens linguistique : le ʿumūm est un sens dont on a besoin de parler ; le Wāḍiʿ (l'instituteur de la langue) lui a donc posé des formes, comme à tout sens nécessaire. C'est sur ce socle que Subkī déroule l'inventaire : les ṣiyagh universelles (kull, les relatifs, man, mā, ayy), les ṣiyagh spécialisées (matā pour le temps, ayna et ḥaythumā pour le lieu), puis trois grands pourvoyeurs de généralité par indice : le pluriel défini par al- ou par annexion, le singulier défini par al- (al-mufrad al-muḥallā), et la nakira en contexte de négation. Al-Zarkashī ajoute à chaque étape les débats d'attribution — Abū Hāshim, Imām al-Ḥaramayn, al-Rāzī, al-Ghazālī — et les nuances : nombre de ces généralisations sont des ẓawāhir, non des nuṣūṣ.
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« Masʾala : kull, alladhī, allatī, ayy, mā, matā, ayna, ḥaythumā et leurs semblables sont pour le ʿumūm au sens propre — on a dit : pour le particulier ; on a dit : équivoques ; on a dit : suspension. Le pluriel défini par al- ou par annexion est pour le ʿumūm tant qu'un référent connu (ʿahd) n'est pas avéré — contrairement à Abū Hāshim absolument, et à Imām al-Ḥaramayn lorsqu'un référent est possible. Le singulier défini par al- est comme lui — contrairement à l'Imām [al-Rāzī] absolument. Et la nakira en contexte de négation est pour le ʿumūm : par texte exprès (naṣṣ) si elle est construite sur la fatḥa, par apparence (ẓāhir) sinon. »
Source : Jamʿ al-Jawāmiʿ — Tāj al-Dīn al-Subkī · Kitāb al-Kitāb (ṣiyagh al-ʿumūm) · Tashnīf al-Masāmiʿ pp. 164-168
Le débat sur l'existence des ṣiyagh n'est pas un raffinement de grammairiens : il conditionne la possibilité même de légiférer par textes généraux. Si « kull » et « man » ne sont pas posés pour le général, alors aucun verset, aucun ḥadīth ne fonde par lui-même une règle universelle — chaque application devrait être prouvée séparément. Le Qāḍī al-Bāqillānī rapporte dans le Mukhtaṣar al-Taqrīb la position attribuée à al-Ashʿarī et à « la plupart des vérificateurs » : « nous avons sondé la langue et son waḍʿ, et nous n'avons pas trouvé de forme indiquant le ʿumūm » — d'où le waqf. Le jumhūr répond par l'argument du besoin : le ʿumūm est un maʿnā dont les locuteurs ont besoin ; le Wāḍiʿ lui a donc institué des formes, comme à tout sens nécessaire. Et c'est sur ce « ṣaḥīḥ » que se construit tout le tafrīʿ — Zarkashī le dit expressément : wa-hādhā huwa al-ṣaḥīḥ wa-ʿalayhi al-tafrīʿ. La preuve d'usage la plus répétée du bāb : les Compagnons et les gens de la langue cherchaient le dalīl du takhṣīṣ, jamais le dalīl du ʿumūm — signe que la généralité allait de soi.
Traduction : « L'auteur n'a énuméré les exemples de formes que pour signaler leur division : celles qui couvrent toutes les catégories de notions — ce sont les quatre premières — et celles dont la généralité se cantonne à certaines d'entre elles — ce sont les autres. Il a commencé par kull parce que c'est la plus forte des formes du ʿumūm — et il est étonnant qu'Ibn al-Ḥājib l'ait omise. »
Le pluriel défini par al- sans référent connu (« inna Llāha barīʾun mina al-mushrikīn ») ou par annexion (« mes esclaves sont affranchis », « mes femmes sont répudiées ») est général pour le jumhūr — pluriel sain ou brisé indifféremment. Trois preuves rapportées par Zarkashī :
La nakira niée généralise-t-elle par position de langue (waḍʿan) — le lafẓ poserait directement la négation de chaque individu — ou par implication (luzūman) — la négation porte sur la māhiyya commune, et la négation du plus général entraîne celle du plus particulier ? Le premier avis est celui de l'école (choisi par al-Qarāfī) ; le second, attribué aux Ḥanafites, est celui que choisit al-Shaykh al-Imām — Taqī al-Dīn al-Subkī, le père de l'auteur. Effets pratiques :
Le ʿumūm se tire de la langue (les ṣiyagh des blocs précédents), de l'usage (ʿurf), ou de la raison (ʿaql). La division est exhaustive : ce qui signifie est un lafẓ ou non ; le lafẓ signifie par convention générale (la langue) ou particulière (l'usage) ; le reste relève de l'intelligence.
« Pourquoi la nakira en négation est-elle un naṣṣ du ʿumūm dans “lā ilāha illā Llāh” mais un simple ẓāhir dans “lā rajulun fī al-dār” (avec rafʿ) ? Et comment cette gradation permet-elle de concilier les uṣūliyyīn avec le passage de Sībawayh autorisant “lā rajulun fī al-dār bal rajulān” ? »