La force probante du général · Qaṭʿī sur le fond, ẓannī sur chaque individu · Le ʿumūm des états, des temps et des lieux — et tout ce qui n'a PAS de ʿumūm
De quelle force le ʿāmm indique-t-il chacun de ses individus ? La réponse commande toute la suite : si la dalāla est ẓanniyya (probable) — position des Shāfiʿites — alors un khabar wāḥid ou un qiyās, eux aussi ẓannī, peuvent la spécifier ; si elle est qaṭʿiyya (certaine) — position prêtée aux Ḥanafites et aux Muʿtazilites — le ʿāmm résiste à tout ce qui n'est pas certain. Subkī distingue finement : sur l'aṣl al-maʿnā (qu'au moins le minimum soit visé), certitude unanime ; sur chaque individu en particulier, divergence. Al-Zarkashī convoque ici Imām al-Ḥaramayn, dont le Burhān nuance l'attribution à al-Shāfiʿī lui-même. La carte rassemble ensuite les masāʾil qui mesurent l'extension réelle du ʿāmm : généralise-t-il les états, les temps, les lieux (thèse du Shaykh al-Imām, le père de Subkī, contre les réserves d'al-Qarāfī) ? Que vaut un ʿāmm énoncé pour louer ou blâmer ? Que généralisent « lā yastawūn » et « lā akaltu » ? Et enfin l'inventaire négatif — muqtaḍā, maʿṭūf, fiʿl muthbat, ḥukm causé — tout ce qui, malgré les apparences, n'a pas de ʿumūm.
Disponible sur ordinateur
« Sa dalāla sur le fond du sens est certaine (qaṭʿiyya) ; sur chaque individu en particulier, probable (ẓanniyya) — c'est ce qu'on rapporte d'al-Shāfiʿī — et selon les Ḥanafites : certaine. Et la généralité des personnes entraîne la généralité des états, des temps et des lieux — c'est la position du Shaykh al-Imām [Taqī al-Dīn al-Subkī]. »
Source : Jamʿ al-Jawāmiʿ — Tāj al-Dīn al-Subkī · Kitāb al-Kitāb (dalālat al-ʿāmm) · Tashnīf al-Masāmiʿ pp. 163-164 et 170-173
Derrière l'apparente abstraction — certitude ou probabilité ? — se joue une règle de méthode capitale, que Zarkashī énonce comme « fruit du khilāf » : peut-on spécifier le ʿāmm par un dalīl ẓannī ? Pour les Shāfiʿites, oui : puisque la dalāla du ʿāmm sur chaque individu n'est que prépondérante, un khabar wāḥid, un qiyās, un mafhūm peuvent l'emporter sur elle pour tel individu. Pour le jumhūr des Ḥanafites — et al-Abyārī, dans son Sharḥ al-Burhān, rattache la thèse aux Muʿtazilites et à leur refus du taʾkhīr al-bayān — le ʿāmm oblige en chacun de ses individus « qaṭʿan wa-yaqīnan », comme le khāṣṣ : seul un qaṭʿī peut l'entamer. Cette ligne de partage structurera tout le bāb al-takhṣīṣ. Notons l'honnêteté d'attribution de Zarkashī : tous les Ḥanafites ne sont pas du second avis — al-Māturīdī et les shaykhs de Samarqand tiennent le premier ; et la nisba à al-Shāfiʿī demande l'examen, car le Burhān rapporte de lui une position plus forte qu'on ne croit.
Le ʿāmm a deux dalālas : sur l'aṣl al-maʿnā — qaṭʿiyya sans khilāf (de même sur le minimum couvert) — et sur chaque individu en particulier, où le débat s'ouvre :
Traduction : « Imām al-Ḥaramayn dit dans le Burhān : quant aux fuqahāʾ, leur majorité tient que les formes posées pour la pluralité sont des nuṣūṣ pour le minimum et des ẓawāhir pour ce qui l'excède. Et ce qui m'est avéré du madhhab d'al-Shāfiʿī, c'est que la forme générale, si l'on pouvait garantir son dénuement de toute qarīna, serait un naṣṣ dans l'istighrāq — l'hésitation, au-delà du minimum, ne vient que de l'impossibilité d'être certain de l'absence de qarīnas spécifiantes. »
« Wa-lladhīna yaknizūna al-dhahaba wa-l-fiḍḍa… » — l'énoncé vise à blâmer les thésauriseurs. Garde-t-il son ʿumūm (tout or, toute thésaurisation) ?
« A-fa-man kāna muʾminan ka-man kāna fāsiqan ? lā yastawūn » : l'aṣaḥḥ est que la négation d'égalité vaut de tous les points de vue — d'où l'istidlāl shāfiʿite contre la wilāya du fāsiq sur le nikāḥ, et, avec « lā yastawī aṣḥābu al-nāri wa-aṣḥābu al-janna », contre l'exécution du musulman pour un kāfir (le qiṣāṣ supposant l'égalité). Subkī explique son choix d'exemple : dans l'āya des gens du Paradis, la suite — « aṣḥābu al-jannati humu al-fāʾizūn » — est une qarīna restreignant la non-égalité au fawz. Et il propose sa propre lecture, contre les deux camps : al-istiwāʾ signifie la muʿādala (l'équivalence de rang, la kafāʾa) — l'istidlāl porte alors directement : le kāfir n'est pas le « pair » du musulman pour le qiṣāṣ, ni le fāsiq un wālī recevable.
« Pourquoi la thèse shāfiʿite de la dalāla ẓanniyya du ʿāmm sur chaque individu est-elle la condition de possibilité du takhṣīṣ par le khabar wāḥid et le qiyās ? Et pourquoi la position muʿtazilite sur le taʾkhīr al-bayān conduit-elle logiquement à la thèse inverse ? »