Inshāʾ et khabar face au naskh · Le nāsikh avant sa transmission · La ziyāda ʿalā l-naṣṣ · Khātima : comment reconnaître l'abrogeant — clôture du Kitāb I
Dernière carte du Kitāb al-Kitāb : les masāʾil d'application du naskh, puis la khātima qui couronne tout le livre. Première série : qu'est-ce qui est abrogeable ? L'inshāʾ (l'énoncé performatif) l'est toujours — même déguisé en khabar (« les mères allaitent leurs enfants… ») ou scellé d'un « à jamais » (ṣūmū abadan) ; le khabar pur, lui, ne s'abroge pas — abroger une information vraie reviendrait à introduire le mensonge dans la parole d'Allah. Deuxième série : le nāsikh non encore transmis oblige-t-il ? Non, tant qu'il n'a pas atteint le mukallaf — les cinquante prières du Miʿrāj en témoignent. Troisième série, le grand contentieux avec les Ḥanafites : ajouter au naṣṣ est-ce l'abroger (le taghrīb ajouté au fouet, une rakʿa ajoutée…) ? Non pour nous : la ziyāda ne lève rien. Enfin la khātima : par quelles voies reconnaît-on le nāsikh — ijmāʿ, déclaration prophétique, incompatibilité, parole du Compagnon — et quelles fausses pistes (ordre du muṣḥaf, islam tardif du rapporteur…) il faut écarter. Le Kitāb I s'achève : la Porte III ouvrira le Kitāb al-Sunna.
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« Conclusion : l'abrogeant se détermine par sa postériorité. Les voies pour la connaître : l'ijmāʿ ; ou sa parole ﷺ "ceci abroge", ou "ceci vient après cela", ou "je vous avais interdit telle chose : faites-la" ; ou le naṣṣ contraire au premier ; ou la parole du rapporteur : "ceci est antérieur". Sont sans effet : la conformité de l'un des deux naṣṣ au statut originel, l'antériorité d'un des deux versets dans le muṣḥaf, l'islam tardif du rapporteur, et sa parole "ceci est abrogeant" — mais non "ceci est l'abrogeant" — contrairement à ceux qui le prétendent. »
Source : Jamʿ al-Jawāmiʿ — Tāj al-Dīn al-Subkī · Kitāb al-Kitāb (masāʾil al-naskh wa-khātimatuh) · Tashnīf al-Masāmiʿ pp. 211-215
Le Kitāb al-Kitāb a parcouru toute la vie d'un énoncé révélé : sa langue (ḥaqīqa/majāz), ses modalités (amr/nahy), son extension (ʿāmm/khāṣṣ, muṭlaq/muqayyad), sa clarté (mujmal/mubayyan), et enfin sa durée — le naskh. La khātima répond à la dernière question possible, la plus pratique de toutes : devant deux textes inconciliables, comment savoir lequel abroge l'autre ? La réponse de Subkī est une leçon d'épistémologie de l'histoire : seules comptent les preuves de chronologie réelle — ijmāʿ, déclaration du Prophète ﷺ, témoignage daté du Compagnon — et rien de ce qui n'est qu'apparence d'antériorité : l'ordre du muṣḥaf (qui ne suit pas l'ordre de la descente), la date de conversion du rapporteur (un converti tardif peut transmettre un ḥadīth ancien), ni même le diagnostic du rapporteur (« ceci abroge ») — car il peut procéder de son ijtihād. Avec une exception d'orfèvre, rare dans les manuels : si le naskh est déjà établi par ailleurs et qu'on ignore seulement quel texte abroge, alors « hādhā al-nāsikh » du rapporteur est reçu — désigner est plus léger qu'instaurer. Sur ce raffinement s'achève le premier Kitāb ; le second — la Sunna — commence à la Porte III.
Que le naskh atteigne l'inshāʾ en général, c'est l'ijmāʿ. Les litiges portent sur quatre habillages :
Traduction : « L'abrogeant se détermine par sa postériorité sur l'abrogé, et la connaissance de cette postériorité a des voies : la première, l'ijmāʿ… ; la deuxième, la déclaration du Prophète ﷺ, comme : "je vous avais interdit la visite des tombes — visitez-les donc"… ; la troisième, qu'il énonce le contraire du premier sans conciliation possible ; la quatrième, que le rapporteur dise : "ceci est antérieur", comme la parole de Jābir : "le dernier des deux ordres du Messager d'Allah ﷺ fut l'abandon du wuḍūʾ pour ce qu'a touché le feu". »
Si le naskh est déjà établi et qu'on ignore seulement quel texte abroge, la parole du rapporteur « hādhā al-nāsikh » (ceci est l'abrogeant) est reçue. Pourquoi cette asymétrie ? Instaurer l'existence d'un naskh peut venir d'un ijtihād ; mais une fois le naskh acquis par ailleurs, le désigner est plus léger que l'instaurer. Zarkashī donne deux parallèles de fiqh : (1) si un incendie général est notoire, le dépositaire est cru sans serment quand il dit « le dépôt a brûlé » — ce qui ne vaudrait pas sans notoriété du feu ; (2) qui a déjà prononcé un divorce révocable et dit ensuite « je t'ai divorcée — j'entendais la répudiation antérieure » est cru — non s'il n'y avait nul divorce antérieur. Préciser le connu est plus aisé que prouver l'inconnu. « Masʾala gharība que peu ont relevée », note Zarkashī.
« Le rapporteur dit : "hādhā nāsikh" — on le refuse. Il dit : "hādhā al-nāsikh" — on le reçoit. Expliquez la raison technique de cette asymétrie, et restituez l'un des deux parallèles de fiqh (le dépôt brûlé, la répudiation antérieure) par lesquels Zarkashī la rend intuitive. »