Faut-il attendre la mort de tous les mujtahids ? · Subkī vs Aḥmad, Ibn Fūrak et Sulaym al-Rāzī · Le retour d'avis, le nouveau mujtahid, la durée
Les mujtahids d'une époque viennent de s'accorder. L'ijmāʿ est-il conclu à l'instant même — ou reste-t-il suspendu tant que l'un d'eux respire et peut encore changer d'avis ? C'est la masʾala de l'inqirāḍ al-ʿaṣr, l'« extinction de la génération ». Subkī tranche net : « l'extinction de l'époque n'est pas une condition » — et al-Zarkashī précise que c'est l'avis des muḥaqqiqūn. En face : Aḥmad b. Ḥanbal, suivi chez les Shāfiʿites par Ibn Fūrak et Sulaym al-Rāzī. L'enjeu est très concret : si l'inqirāḍ n'est pas requis, celui qui revient sur son avis après l'accord trouve l'ijmāʿ dressé contre lui ; et le jeune mujtahid qui émerge après l'accord ne peut plus le défaire. La masʾala se ramifie : extinction de tous, de la majorité, ou des seuls savants ? condition propre au sukūtī ? aux questions irréversibles ? Et faut-il, en plus, une longue durée ? — Imām al-Ḥaramayn l'exige pour l'ijmāʿ fondé sur le ẓann.
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« Et que l'extinction de l'époque n'est pas une condition — Aḥmad, Ibn Fūrak et Sulaym ont divergé et exigé l'extinction de tous, ou de la majorité, ou de leurs savants : positions calquées sur celles relatives au ʿāmmī et à l'avis isolé. On a dit aussi : elle est requise dans le sukūtī ; ou bien : si la question souffre un délai ; ou bien : s'il reste d'eux un grand nombre. Et que la longue durée n'est pas requise — Imām al-Ḥaramayn l'a exigée pour [l'ijmāʿ] fondé sur le ẓann. »
Source : Jamʿ al-Jawāmiʿ — Tāj al-Dīn al-Subkī · Kitāb al-Ijmāʿ (inqirāḍ al-ʿaṣr) · Tashnīf al-Masāmiʿ pp. 281-284
L'inqirāḍ al-ʿaṣr est la masʾala dont dépendent plusieurs autres. Carte 1, on a vu que le qayd fī ʿaṣr de la définition annonce ce débat. Carte 6, on verra qu'un avis entier sur le sukūtī (celui d'al-Bandanījī, choisi par al-Āmidī) en fait une condition propre au consensus silencieux. Et la question du tābiʿī devenu mujtahid après l'accord des Ṣaḥāba se règle entièrement par elle : si l'on exige l'inqirāḍ, l'ijmāʿ n'était pas encore scellé quand il a émergé — son désaccord compte ; si on ne l'exige pas, l'ijmāʿ était clos — il n'a plus voix au chapitre, « comme celui qui embrasse l'islam après la conclusion de l'ijmāʿ » (al-Ghazālī, Ibn al-Samʿānī). Derrière l'apparente technicité, un choix de fond : l'ijmāʿ est-il un événement daté qui scelle le droit à l'instant de l'accord, ou un état qui doit durer jusqu'à devenir irréversible ? Subkī choisit l'événement ; Aḥmad et les siens, l'état.
Traduction : « On sait, de sa parole "en une époque", que l'extinction de l'époque des mujmiʿūn n'est pas une condition de la conclusion de l'ijmāʿ. Il y a là plusieurs positions. La plus correcte, chez les vérificateurs : elle n'est pas requise — leur accord est une ḥujja même s'ils ne se sont pas éteints, au point que si l'un d'eux se rétractait, la preuve serait contre lui. La deuxième : elle est requise — c'est la position d'Aḥmad, choisie par Ibn Fūrak et Sulaym al-Rāzī d'entre nos compagnons. »
Zarkashī explique la formule sibylline du matn « aqwāl iʿtibār al-ʿāmmī wa-l-nādir » : chez ceux qui exigent l'inqirāḍ, les trois sous-variantes (tous / la majorité / les savants) ne sont pas arbitraires — elles recopient des positions vues ailleurs :
Un mujtahid a participé à l'accord ; des années plus tard, son ijtihād le porte ailleurs. Peut-il rouvrir la question ?
« Un tābiʿī devient mujtahid trois ans après que les Ṣaḥāba se sont accordés sur une question, et il exprime un avis divergent. Son désaccord empêche-t-il l'ijmāʿ ? Montrez que la réponse dépend entièrement de la position adoptée sur l'inqirāḍ al-ʿaṣr — et précisez ce qu'il en serait s'il avait déjà été mujtahid au moment de l'accord. »