بِسْمِ ٱللَّهِ ٱلرَّحْمَـٰنِ ٱلرَّحِيمِ

Carte Ijmāʿ N°4

الْمُعْتَبَرُ فِي الْإِجْمَاعِ

Qui faut-il compter pour que l'accord soit un ijmāʿ ? · Le ʿāmmī, l'uṣūlī, le mutakallim, le kāfir, le mubtadiʿ, le fāsiq · Première carte de la Famille B

La définition dit : « l'accord du mujtahid de la umma » — encore faut-il savoir qui entre dans ce mot et qui en sort. Zarkashī rappelle que toutes ces masāʾil sont extraites du taʿrīf : de « mujtahid », on tire l'exclusion du ʿāmmī (mais al-Āmidī compte son accord, et un troisième avis le compte dans les questions célèbres) ; on tire aussi le cas-frontière de l'uṣūlī non faqīh et du faqīh mémorisateur non uṣūlī dans les furūʿ — quatre positions, où s'opposent al-Qāḍī al-Bāqillānī et l'analyse de la compétence ; et celui du mutakallim, mujtahid dans son art mais profane dans le fiqh. De « la umma » (les musulmans), on tire l'exclusion du kāfir et du mubtadiʿ que sa bidʿa fait sortir de l'islam — et le sort, plus délicat, du mubtadiʿ non excommunié. De la condition discutée de ʿadāla, on tire enfin les quatre positions sur le fāsiq. Cette carte dresse le portrait-robot du « membre votant » de l'ijmāʿ.

فَعُلِمَ اخْتِصَاصُهُ بِالْمُجْتَهِدِينَ ... وَبِالْمُسْلِمِينَ فَخَرَجَ مَنْ نُكَفِّرُهُ، وَبِالْعُدُولِ إِنْ كَانَتِ الْعَدَالَةُ رُكْنًا، وَعَدَمُهُ إِنْ لَمْ تَكُنْ، وَثَالِثُهَا : فِي الْفَاسِقِ يُعْتَبَرُ فِي حَقِّ نَفْسِهِ، وَرَابِعُهَا : إِنْ بَيَّنَ مَأْخَذَهُ

« On sait donc qu'il est propre aux mujtahids… et aux musulmans — en sort celui que nous déclarons kāfir — et aux ʿudūl si la probité est un pilier [de l'ijtihād], et non si elle ne l'est pas ; troisième avis : le fāsiq est compté pour ce qui le concerne lui-même ; quatrième : [il est compté] s'il expose son fondement. »

Source : Jamʿ al-Jawāmiʿ — Tāj al-Dīn al-Subkī · Kitāb al-Ijmāʿ (al-muʿtabar fī al-ijmāʿ) · Tashnīf al-Masāmiʿ pp. 279-281

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Al-Qāḍī al-Bāqillānī et le Taqrīb

Abū Bakr Muḥammad b. al-Ṭayyib al-Bāqillānī (m. 403 H), « al-Qāḍī » tout court dans le Tashnīf, juge ashʿarite de Bagdad, est l'autorité la plus citée de cette carte. Son al-Taqrīb wa-l-Irshād est la grande somme uṣūlite ancienne, que Zarkashī mobilise pour rectifier les attributions : sur le ʿāmmī, « un groupe a compris du Qāḍī l'inverse [de sa position réelle] — et le juste est ce qu'a mentionné le muṣannif : le Qāḍī a déclaré expressément dans al-Taqrīb que le désaccord des ʿawāmm ne compte pas », et il y écrit, à propos du khabar mursal : « la-ʿibrata bi-qawl al-ʿawāmm wifāqan wa-lā khilāfan » — aucun poids à la parole du commun, ni dans l'accord ni dans le désaccord. C'est lui encore qui choisit de compter l'uṣūlī dans les furūʿ — « parce qu'il est plus proche du but de l'ijtihād et de l'extraction des aḥkām depuis leurs sources ; la mémorisation des aḥkām n'est pas une condition de l'ijtihād » — choix qu'al-Rāzī déclare « la vérité ».

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Vocabulaire essentiel

عَامِّيّ ʿāmmī
L'homme du commun, non mujtahid. Pour les Akthar : sa parole ne compte ni en accord ni en désaccord.
أُصُولِيّ uṣūlī
Le théoricien du droit, maître des sources mais non mémorisateur des solutions — compte-t-il dans les furūʿ ?
مُبْتَدِع mubtadiʿ
L'innovateur en matière de croyance. S'il est excommunié par sa bidʿa, il sort de la umma ; sinon, débat.
فَاسِق fāsiq
Le mujtahid pervers (grand péché, persistance). Quatre positions sur la prise en compte de son avis.
عَدَالَة ʿadāla
Probité religieuse. Tout dépend de savoir si elle est un rukn de l'ijtihād ou une simple condition d'acceptation.
مَأْخَذ maʾkhadh
« Fondement, source d'un avis ». Le 4ᵉ avis ne compte le fāsiq que s'il expose le maʾkhadh de sa position.
1

Le ʿāmmī — trois positions

Le commun des fidèles compte-t-il ?
Les Akthar : non, ni en accord ni en désaccord. Al-Āmidī (et le Qāḍī selon certains) : oui, absolument. Troisième voie : oui dans les questions célèbres seulement.
ʿĀmmī 3 avis

Les trois madhāhib

  • (1) Aucun poids — les Akthar et Subkī : les ʿawāmm ne sont pas gens d'ijtihād, « pas plus que l'enfant et le dément ». L'argument-clé est une analogie de proportion : la parole du mujtahid est aux ʿawāmm ce que le naṣṣ est au mujtahid ; or la ḥujjiyya du naṣṣ ne dépend pas de l'agrément des mujtahids — donc la ḥujjiyya de leur accord ne dépend pas de l'agrément des ʿawāmm.
  • (2) Leur accord compte absolument — choix d'al-Āmidī (rapporté aussi du Qāḍī par al-Rāzī et d'autres) : la umma n'est déclarée préservée de l'erreur qu'en tant que corps entier ; rien n'interdit que la ʿiṣma soit un attribut de la « configuration collective » (al-hayʾa al-ijtimāʿiyya), élite et commun réunis — la ʿiṣma du tout n'implique pas celle de la partie savante seule.
  • (3) Tafṣīl : leur accord compte dans les questions célèbres (mashhūra), non dans les subtilités du fiqh (daqāʾiq) — rapporté par al-Qāḍī ʿAbd al-Wahhāb dans al-Mulakhkhaṣ.
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Sharḥ al-Zarkashī — Tashnīf al-Masāmiʿ

Texte clé du commentaire
Le mujtahid « relatif » : on ne compte, dans chaque art, que les mujtahids de cet art — le mutakallim est un ʿāmmī en fiqh.
Sharḥ Zarkashī

Le passage du Tashnīf — l'ijtihād est relatif à son art

الْمُجْتَهِدُ الَّذِي يُعْتَبَرُ لَيْسَ هُوَ الْمُجْتَهِدَ كَيْفَ كَانَ، بَلْ هُوَ الْمُجْتَهِدُ مُطْلَقًا أَوِ الْمُجْتَهِدُ فِي ذَلِكَ الْفَنِّ الَّذِي يَحْصُلُ الْإِجْمَاعُ عَلَى مَسْأَلَةٍ مِنْ مَسَائِلِهِ، فَأَمَّا لَوْ كَانَ مُجْتَهِدًا فِي فَنٍّ فَإِنَّهُ لَا يُعْتَبَرُ قَوْلُهُ فِي فَنٍّ آخَرَ، لِأَنَّهُ عَامِّيٌّ بِالنِّسْبَةِ إِلَيْهِ.

Traduction : « Le mujtahid pris en compte n'est pas le mujtahid quel qu'il soit : c'est le mujtahid absolu, ou le mujtahid dans l'art dont relève la question sur laquelle l'ijmāʿ se forme. Celui qui est mujtahid dans un art, sa parole ne compte pas dans un autre art — car il est, relativement à celui-ci, un homme du commun. »

Conséquences tirées par Zarkashī

  • Dans les masāʾil du kalām : seul compte l'accord des mutakallimūn ; dans les masāʾil du fiqh : seul compte celui qui a la capacité d'ijtihād en fiqh — pas la parole des mutakallimūn.
  • L'ordre d'exposition du matn : Subkī place la masʾala de l'uṣūlī juste après celle du ʿāmmī pour les articuler : qui compte l'accord du ʿāmmī comptera a fortiori l'uṣūlī et le faqīh mémorisateur ; qui l'écarte se divise — certains assimilent l'uṣūlī au ʿāmmī (pas d'ijtihād du furūʿ), d'autres l'en distinguent eu égard à la hiérarchie des compétences, d'autres détaillent.
2

L'uṣūlī et le faqīh dans les furūʿ — quatre positions

Le théoricien sans mémoire, le mémorisateur sans théorie
Compte-t-on, dans un ijmāʿ de fiqh, l'uṣūlī qui n'est pas faqīh et le faqīh ḥāfiẓ qui n'est pas uṣūlī ? Quatre madhāhib.
Furūʿ 4 avis

Les quatre madhāhib

  • (1) Tous deux comptent : eu égard à leur aptitude et à la parenté des deux arts (al-ahliyya al-munāsiba bayna al-fannayn).
  • (2) Aucun des deux : faute d'aptitude à l'ijtihād complet — chacun n'a que la moitié de l'outillage.
  • (3) L'uṣūlī, non le faqīh mémorisateur — choix d'al-Qāḍī [al-Bāqillānī], déclaré « la vérité » par al-Imām [al-Rāzī] : l'uṣūlī « est plus proche du but de l'ijtihād — l'extraction des aḥkām depuis leurs sources (istinbāṭ al-aḥkām min maʾākhidhihā) — et la mémorisation des aḥkām n'est pas une condition de l'ijtihād ».
  • (4) Le faqīh mémorisateur, non l'uṣūlī : car lui connaît les lieux de l'accord et du désaccord (mawāqiʿ al-ittifāq wa-l-ikhtilāf) — il sait il s'engage en s'accordant.
3

Le kāfir et le mubtadiʿ

« Wa-bi-l-muslimīn fa-kharaja man nukaffiruh »
Celui que sa bidʿa fait sortir de l'islam ne compte pas — sans khilāf ; le mubtadiʿ non excommunié, lui, compte selon l'avis retenu.
Umma Bidʿa

Trois cercles concentriques

  • Le kāfir : exclu — « les preuves de l'ijmāʿ ne le visent pas : elles visent les croyants en propre », et « sa parole n'étant pas reçue, on n'en tient pas compte dans une ḥujja sharʿiyya ».
  • Le mubtadiʿ que nous excommunions par sa bidʿa : exclu sans khilāf — il ne rentre pas dans le nom de « umma », celle à qui la ʿiṣma est attestée — « même s'il ignore lui-même son propre kufr ».
  • Le mubtadiʿ que nous n'excommunions pas : al-mukhtār — l'ijmāʿ ne se conclut pas sans lui, car il entre dans le concept de umma. Deux autres avis : (a) il se conclut sans lui ; (b) tafṣīl remarquable — l'ijmāʿ ne se conclut pas contre lui (il peut maintenir sa divergence) mais se conclut contre les autres.
4

Le fāsiq — quatre positions

La probité est-elle un pilier de l'ijtihād ?
Tout dépend du statut de la ʿadāla : rukn ou non. Troisième avis : compté pour lui-même ; quatrième (Ibn al-Samʿānī) : compté s'il expose son fondement.
Fāsiq ʿAdāla

Le binʾā (construction) et ses fissures

  • (1) et (2) — le bināʾ de Subkī : si la ʿadāla est un rukn de l'ijtihād, l'ijmāʿ est réservé aux ʿudūl et le fāsiq ne compte pas ; si elle ne l'est pas, il compte. Or Subkī tranche au Kitāb al-Ijtihād que la ʿadāla n'est pas requise — ce qui devrait imposer de compter le fāsiq… alors que les Akthar ne le comptent pas.
  • La critique de Zarkashī contre le bināʾ : « il y a à redire sur cette construction » — l'aptitude à l'ijtihād (istinbāṭ, vérification des analogies, agencement des prémisses) « n'a aucun lien avec la religiosité » (mimmā lā taʿalluqa lahā bi-l-diyāna aṣlan). Le vrai motif d'écarter le fāsiq n'est pas l'incompétence, c'est la défiance.
  • (3) : son désaccord compte pour ce qui le concerne lui-même, non pour les autres.
  • (4) — « in bayyana maʾkhadhah » : il compte s'il expose le fondement de son avis — Ibn al-Samʿānī n'y voit « pas d'inconvénient » : le ʿadl, lui, est dispensé d'exposer son dalīl, « car sa probité l'empêche de professer une norme sans preuve » ; le fāsiq doit montrer ses pièces.
5

Vue d'ensemble — le portrait du muʿtabar

Synthèse des exclusions et inclusions
Un tableau récapitulatif : pour chaque catégorie, le statut retenu et le qayd de la définition dont il découle.
Synthèse Taʿrīf

Catégorie par catégorie

  • Mujtahid du domaine concerné : compte — c'est le cœur de la définition (qayd « mujtahid »)
  • ʿĀmmī : ne compte pas (Akthar) — contre al-Āmidī ; khilāf ramené à une question de formulation (« la umma a-t-elle fait ijmāʿ ? »)
  • Mutakallim en fiqh / faqīh en kalām : ʿāmmī relatif — ne compte pas hors de son art
  • Uṣūlī non faqīh : compte selon al-Qāḍī et al-Rāzī ; faqīh ḥāfiẓ non uṣūlī : quatre positions symétriques
  • Kāfir et mubtadiʿ excommunié : exclus (qayd « al-umma » / « al-muslimīn ») ; mubtadiʿ non excommunié : compte (mukhtār)
  • Fāsiq : les Akthar l'écartent ; bināʾ sur la ʿadāla-rukn, critiqué par Zarkashī ; avis intermédiaires : pour lui-même / s'il expose son maʾkhadh
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À retenir

5 principes essentiels
Le casting de l'ijmāʿ — à fixer avant les ijmāʿs particuliers.
  • L'ijmāʿ est propre aux mujtahids — et le mujtahid pris en compte est celui du domaine concerné : le mutakallim est un ʿāmmī en fiqh
  • Le ʿāmmī ne compte pas (Akthar) ; al-Āmidī le compte (ʿiṣma de la hayʾa ijtimāʿiyya) ; ʿAbd al-Wahhāb : dans le mashhūr seulement
  • Uṣūlī vs faqīh ḥāfiẓ dans les furūʿ : 4 positions — al-Qāḍī al-Bāqillānī et al-Rāzī retiennent l'uṣūlī, car l'ijtihād est un pouvoir d'istinbāṭ, non une mémoire
  • Sont exclus par le qayd des musulmans : le kāfir et le mubtadiʿ excommunié ; le mubtadiʿ non excommunié compte (mukhtār)
  • Le fāsiq : 4 positions suspendues au statut de la ʿadāla — Zarkashī critique le bināʾ : la compétence d'ijtihād ne dépend pas de la diyāna
?

Question de révision

Tester sa compréhension
Une question de cohérence interne du madhhab de Subkī.

Question

« Subkī juge, au Kitāb al-Ijtihād, que la ʿadāla n'est pas une condition de l'ijtihād. En toute logique, que devrait-il en conclure sur la prise en compte du fāsiq dans l'ijmāʿ ? Pourquoi les Akthar ne le comptent-ils pourtant pas — et quelle critique Zarkashī adresse-t-il à toute cette construction (bināʾ) ? »

🧠 Grille mnémotechnique

1
ʿĀMMĪ
3 avis
non (Akthar) · oui (Āmidī) · mashhūr
2
UṢŪLĪ / FAQĪH
4 avis
al-Qāḍī : l'uṣūlī compte
3
KĀFIR / MUBTADIʿ
la umma
excommunié : exclu · sinon : compte
4
FĀSIQ
4 avis
ʿadāla rukn ? · maʾkhadh exposé ?