L'ijmāʿ ne flotte pas dans le vide · Tout ijmāʿ exige un fondement · L'ijmāʿ fondé sur un qiyās · Aqall mā qīl · Aucun dalīl ne s'oppose à l'ijmāʿ
L'ijmāʿ rend les normes certaines — mais d'où les tire-t-il ? Peut-il créer une norme sans preuve, par pure inspiration collective ? La réponse des Jamāhīr est non : lā budda lahu min mustanad — il lui faut un fondement, « sinon le qayd de l'ijtihād [dans la définition] n'aurait pas de sens » : un mujtahid, par définition, ne se prononce que sur un dalīl ; et si le Prophète ﷺ « ne dit que ce que le waḥy lui donne, la umma est plus digne encore de ne parler que sur preuve ». De là trois ramifications. (1) Quel mustanad ? Le Kitāb et la Sunna sans conteste — avec une analyse fine de ce que l'ijmāʿ ajoute au texte selon que celui-ci est naṣṣ, khabar wāḥid ou ẓāhir ; mais l'ijmāʿ peut-il se fonder sur un qiyās ? Quatre positions, avec Dāwūd et Ibn Jarīr al-Ṭabarī en opposants. (2) L'argument par le moindre des avis (aqall mā qīl), que Subkī rattache à l'ijmāʿ et qu'al-Ghazālī démonte. (3) Les théorèmes d'incompatibilité : aucun dalīl ne peut s'opposer à l'ijmāʿ — « pas d'opposition entre deux qāṭiʿ, ni entre un qāṭiʿ et un maẓnūn » — et la coïncidence d'un ijmāʿ avec un khabar ne prouve pas que ce khabar soit son mustanad (contre Abū ʿAbd Allāh al-Baṣrī).
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« Et il lui faut nécessairement un fondement — sinon le qayd de l'ijtihād n'aurait pas de sens… Et il peut procéder d'un qiyās — contre qui en interdit la possibilité, ou la survenance absolument, ou [pour le seul qiyās] subtil… Et aucun dalīl ne s'oppose à lui — car il n'y a pas d'opposition entre deux [dalīl] décisifs, ni entre un décisif et un conjectural. »
Source : Jamʿ al-Jawāmiʿ — Tāj al-Dīn al-Subkī · Kitāb al-Ijmāʿ (mustanad al-ijmāʿ) · Tashnīf al-Masāmiʿ pp. 284-289
L'hypothèse d'un ijmāʿ né sans fondement a pourtant été envisagée : « un groupe a dit : il est possible qu'il survienne par coïncidence heureuse (muṣādafa) — qu'Allah dirige la umma vers le juste choix sans appui sur un mustanad ; mais ils ont concédé que cela n'est pas advenu », comme le rapporte al-Āmidī. La position des Jamāhīr est plus radicale : l'ijmāʿ sans dalīl est impossible en droit, par un argument a fortiori — si le Prophète ﷺ lui-même ne dit rien que sur waḥy, comment la umma dirait-elle quelque chose sans dalīl ? Et par cohérence interne : la définition (carte 1) exige des mujtahids ; or l'ijtihād est précisément l'opération qui va du dalīl à la norme — « sinon le qayd de l'ijtihād n'aurait aucune utilité ». Conséquence pratique majeure : derrière chaque ijmāʿ il y a un texte ou une analogie, même non transmis jusqu'à nous ; l'ijmāʿ ne crée pas le droit, il scelle une lecture du droit.
Traduction : « La doctrine des Jamāhīr est que l'ijmāʿ ne peut survenir que d'un fondement légal. Ils disent : si le Prophète ﷺ ne dit ce qu'il dit que sur révélation, la communauté est plus digne encore de ne dire ce qu'elle dit que sur preuve. Et une fois établi que l'ijmāʿ ne se conclut que sur une preuve, il n'y a aucune divergence sur le fait qu'il se conclut à partir du Livre et de la Sunna. »
Zarkashī déroule alors une analyse remarquable : que change l'ijmāʿ une fois posé sur son texte ?
Les savants divergent sur la dīa du kitābī : comme celle du musulman ? la moitié ? le tiers seulement ? Faute de dalīl tranchant, al-Shāfiʿī retient le tiers — le moindre des avis — approuvé par al-Qāḍī et beaucoup d'autres.
Un ijmāʿ se trouve conforme au contenu d'un khabar parvenu jusqu'à nous. Peut-on en conclure que ce khabar est le mustanad de l'ijmāʿ — et, par ricochet, que l'ijmāʿ authentifie le khabar ?
« Pour la dīa du kitābī, al-Shāfiʿī retient le tiers — le moindre des avis. Pour le quorum de la jumuʿa, il ne retient pas trois — le moindre des avis. Expliquez, avec l'analyse d'al-Ghazālī (ijmāʿ sur le minimum + barāʾa aṣliyya contre le surplus), pourquoi cette différence de traitement n'est pas une incohérence. »