Faut-il suivre le plus savant (al-aʿlam) ? · S'attacher à un madhhab — et peut-on en sortir ? · L'interdit de courir après les facilités
Une fois posé que le ʿāmmī doit suivre, une cascade de questions pratiques s'ouvre : doit-il chercher le plus savant, ou peut-il suivre un mujtahid moindre (taqlīd al-mafḍūl) ? Entre celui qui l'emporte en science et celui qui l'emporte en scrupule, lequel choisir ? Peut-on suivre un mujtahid mort — question dont dépend l'existence même des madhhabs constitués ? Doit-on s'attacher à une école déterminée, et celui qui s'y est attaché peut-il en sortir ? Subkī répond avec des positions nettes : le mafḍūl peut être suivi par qui le croit éminent ou égal ; la science prime le waraʿ ; les madhhabs « ne meurent pas avec leurs maîtres » ; l'attachement à un madhhab cru supérieur ou égal s'impose — point sur lequel al-Nawawī, cité par al-Zarkashī, oppose un démenti fameux : le dalīl n'impose aucun tamadhhub, pourvu qu'on ne glane pas les rukhaṣ. Car c'est là la ligne rouge de toute la masʾala : tatabbuʿ al-rukhaṣ, composer sa religion en choisissant dans chaque école ce qu'elle a de plus léger.
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« Le taqlīd du moins éminent : [trois avis,] le troisième — l'avis choisi — étant qu'il est permis à celui qui le croit éminent ou égal [aux autres] ; de là, il n'est pas obligatoire de rechercher le plus probant ; mais s'il croit à la prééminence de l'un d'eux, celui-ci s'impose… Et l'avis le plus correct est que la chasse aux facilités (tatabbuʿ al-rukhaṣ) est interdite — Abū Isḥāq al-Marwazī a divergé. »
Source : Jamʿ al-Jawāmiʿ — Tāj al-Dīn al-Subkī · Kitāb al-Ijtihād (al-tamadhhub wa-tatabbuʿ al-rukhaṣ) · Tashnīf al-Masāmiʿ pp. 385-389
Cette carte est, historiquement, la plus lourde de conséquences de la Famille B : elle contient la justification uṣūlite du régime des écoles constitué après le IVᵉ siècle. Trois verrous le tiennent : (1) le taqlīd du mort est valide — sans quoi suivre al-Shāfiʿī ou Abū Ḥanīfa serait impossible ; (2) on n'est pas tenu de rechercher partout le plus savant — sans quoi tout muqallid devrait refaire une enquête planétaire avant chaque acte ; (3) la liberté de choisir trouve sa limite unique dans le tatabbuʿ al-rukhaṣ — sans quoi le droit se dissoudrait dans la convenance. Al-Zarkashī fait entendre ici les voix discordantes : l'Imām al-Rāzī qui refusait tout taqlīd du mort, Aḥmad et Ibn Surayj qui imposaient l'arjaḥ, et surtout al-Nawawī qui, contre « le propos des aṣḥāb », jugeait que rien n'oblige à se tenir à une école — soupçonnant que ceux qui l'imposent craignent simplement le glanage des facilités.
Soit deux muftīs : l'un plus savant, l'autre plus scrupuleux. Le matn tranche : وَالرَّاجِحُ عِلْمًا فَوْقَ الرَّاجِحِ وَرَعًا فِي الْأَصَحِّ — « celui qui l'emporte en science passe avant celui qui l'emporte en waraʿ, selon l'avis le plus correct ».
Le ʿāmmī doit-il, d'emblée, épouser un madhhab déterminé — avant même tout taqlīd particulier ? Ibn Burhān rapporte deux wajhs :
La règle : là où l'on autorise la sortie du madhhab, elle est conditionnée : ne pas tatabbuʿ al-rukhaṣ — choisir dans chaque école ce qui est le plus commode pour soi. Sinon, l'interdiction est catégorique (qaṭʿan) : une religion à la carte n'est plus une obéissance, c'est le désir érigé en législateur.
Traduction : « L'un des gens de précaution a dit : celui qui est éprouvé par le waswās, le doute, le découragement ou le désespoir — le mieux pour lui est de prendre le plus léger et les rukhaṣ, de peur que son mal n'augmente et qu'il ne sorte de la Loi. Et celui dont la religion est faible et le laisser-aller grand — qu'il prenne le plus lourd et la ʿazīma, de peur que son mal n'augmente et qu'il ne glisse dans la permissivité totale. »
« Le matn présente Abū Isḥāq al-Marwazī comme divergeant sur l'interdiction du tatabbuʿ al-rukhaṣ. Pourquoi Zarkashī juge-t-il cette présentation inexacte, sur quelle source s'appuie-t-il — et quel est alors le véritable objet du désaccord entre al-Marwazī et Ibn Abī Hurayra ? »