Qui peut-on interroger ? · Qui peut répondre sans être mujtahid absolu ? · Quand la fatwā lie-t-elle — et un temps sans mujtahid est-il possible ?
Dernière carte de la Famille B : la rencontre concrète du savant et du commun. Côté mustaftī : qui a-t-on le droit d'interroger ? Celui dont la compétence est connue ou notoire, fût-il juge — jamais l'inconnu (al-majhūl) ; il faut enquêter sur sa science, mais sa droiture apparente suffit, et le ʿāmmī peut même demander le « pourquoi » de la réponse, pour se rassurer. Côté muftī : Subkī ouvre la fatwā, sous conditions, à qui n'est pas mujtahid absolu — le juriste capable de tafrīʿ et de tarjīḥ dans son école. Puis deux questions de vertige : la fatwā reçue lie-t-elle aussitôt, et que faire quand les muftīs divergent ? Et un temps vide de tout mujtahid est-il concevable ? — oui, répond Subkī avec la majorité, contre les Ḥanbalites et Ibn Daqīq al-ʿĪd, mais « cela ne s'est pas produit ». La carte s'achève sur la frontière de la Porte : le taqlīd en uṣūl al-dīn — l'īmān du muqallid est-il valide ? — seuil de la khātima du livre.
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« Il est permis de demander la fatwā à celui dont la compétence est connue, ou présumée par sa renommée de science et de droiture et par le fait qu'il est installé [pour la fatwā] tandis que les gens le consultent — fût-il juge — mais non à l'inconnu. L'avis le plus correct : il est obligatoire d'enquêter sur sa science, et l'on se contente de la droiture apparente et du rapport d'un seul. »
Source : Jamʿ al-Jawāmiʿ — Tāj al-Dīn al-Subkī · Kitāb al-Ijtihād (al-iftāʾ wa-l-istiftāʾ) · Tashnīf al-Masāmiʿ pp. 386-391
Le taqlīd (carte 5) et le tamadhhub (carte 6) restaient des doctrines ; ici, tout devient procédure : comment le ʿāmmī trouve son savant, le vérifie, l'interroge, et ce qui l'engage une fois la réponse reçue. La masʾala règle aussi le versant institutionnel : la hiérarchie des muftīs sous le mujtahid absolu — le mujtahid d'école (aṣḥāb al-wujūh), puis le juriste « fqīh al-nafs » capable de tafrīʿ et de tarjīḥ — hiérarchie qui décrira pendant des siècles la réalité de l'iftāʾ. Enfin, elle ose la question historique : la terre peut-elle se vider de mujtahids ? Zarkashī convoque ici un dossier impressionnant — les Ḥanbalites et le ḥadīth de la ṭāʾifa ẓāhira, Ibn Daqīq al-ʿĪd et son père Majd al-Dīn, Ibn Burhān dans al-Awsaṭ, et l'aveu vertigineux d'Imām al-Ḥaramayn dans al-Burhān : oui, le temps peut se vider des savants, jusqu'à la fatra. Puis le texte bascule vers les ʿaqāʾid : la frontière de l'uṣūl al-fiqh est atteinte.
Le matn : وَلِلْعَامِّيِّ سُؤَالُهُ عَنْ مَأْخَذِهِ اسْتِرْشَادًا، ثُمَّ عَلَيْهِ بَيَانُهُ إِنْ لَمْ يَكُنْ خَفِيًّا — « le ʿāmmī peut l'interroger sur son fondement, en quête de guidance ; et il incombe alors [au muftī] de l'exposer, s'il n'est pas subtil ».
Le point fixe : le ʿāmmī qui a agi sur la parole d'un mujtahid dans un cas donné ne peut plus s'en détourner vers la fatwā d'un autre pour ce cas même — par ijmāʿ, rapporté par Ibn al-Ḥājib, al-Hindī et d'autres. Avant l'acte, en revanche, cinq positions sur le moment où la fatwā devient contraignante :
Traduction : « Ce que nous agréons — et c'est la vérité — est qu'il est possible que [les savants d'une époque] déclinent ; bien plus, il est possible que le temps se vide des savants, que la sharīʿa soit laissée en friche, et que l'affaire aboutisse à la fatra. » — Imām al-Ḥaramayn l'écrit au chapitre de l'ijmāʿ du Burhān, à propos du déclin des savants d'une époque au-dessous du seuil du tawātur, en annonçant un traitement complet « au livre de la fatwā ».
Ayant achevé les masāʾil d'uṣūl al-fiqh, Subkī franchit la frontière : et le taqlīd dans les croyances ? Trois positions classiques : interdiction (le jumhūr — ﴾ Sache qu'il n'est de divinité qu'Allah ﴿ ordonne la connaissance, et le Qurʾān blâme « nous avons trouvé nos pères sur une voie ») ; permission (rapportée d'al-ʿAnbarī — les Salaf recevaient la double shahāda sans jamais demander : « as-tu examiné les preuves ? ») ; obligation du taqlīd et interdiction du naẓar (deux groupes, craignant que la spéculation n'égare).
« Pourquoi exige-t-on d'enquêter sur la science du muftī alors qu'on se contente de sa droiture apparente ? Et pourquoi al-Hindī refuse-t-il qu'on raisonne le cas du majhūl en science sur le modèle du majhūl en ʿadāla (comme on le fait pour le rapporteur de ḥadīth) ? »