La première des preuves · Une définition en quatre critères · Lafẓ, tanzīl, iʿjāz, taʿabbud
Avec cette carte s'ouvre la Porte II — Kitāb al-Kitāb. Pourquoi commencer par le Livre ? Al-Zarkashī répond dès la première ligne du sharḥ : parce que le Kitāb est l'aṣl de toutes les autres preuves légales (aṣl li-sāʾir al-adilla al-sharʿiyya) — la Sunna le confirme, l'ijmāʿ s'y adosse, le qiyās en dérive. Subkī ouvre donc les mabāḥith al-aqwāl (les recherches sur les énoncés) par une définition ciselée : « Le Kitāb, c'est le Qurʾān ; et l'on entend ici par là : l'énoncé révélé à Muḥammad ﷺ pour l'inimitabilité par une sourate de lui, dont la récitation est un acte d'adoration. » Chaque mot de cette définition est un faṣl — un critère qui exclut quelque chose : le kalām nafsī, les révélations antérieures, le ḥadīth (y compris qudsī), le verset abrogé de récitation. Cette carte démonte la définition pièce par pièce, avec le commentaire du Tashnīf al-Masāmiʿ.
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« Le Kitāb, c'est le Qurʾān ; et ce que l'on entend ici par là : l'énoncé verbal (lafẓ) descendu sur Muḥammad ﷺ pour l'inimitabilité (iʿjāz) par une sourate de lui, dont la récitation constitue un acte d'adoration. »
Source : Jamʿ al-Jawāmiʿ — Tāj al-Dīn al-Subkī · Kitāb al-Kitāb (taʿrīf al-Qurʾān) · Tashnīf al-Masāmiʿ pp. 64-65
Zarkashī signale d'abord une finesse de langue : l'article dans « al-Kitāb » est un article de prédominance d'usage (lil-ghalaba). Comme « al-Madīna » désigne, entre toutes les villes, celle du Prophète ﷺ, « al-Kitāb » désigne, entre tous les livres, celui que les musulmans reconnaissent entre eux, celui qu'on apparie à la Sunna quand on dit « le Kitāb et la Sunna ». Ensuite, une distinction capitale : le mot « Qurʾān » a deux acceptions. Tantôt il désigne le signifié de l'énoncé — le sens subsistant en Dieu, le kalām nafsī : c'est l'objet d'étude des mutakallimūn. Tantôt il désigne les énoncés verbaux qui expriment ce sens — ce que vise le verset « accorde-lui asile jusqu'à ce qu'il entende la parole de Dieu » (al-Tawba, 6), car ce qui s'entend, ce sont les expressions : c'est là l'objet d'étude des uṣūliyyūn, des fuqahāʾ et des grammairiens. En écrivant « al-maʿnī bihi hunā » (« ce qu'on entend ici par là »), Subkī précise que l'uṣūlī travaille sur le lafẓ — et c'est tout le programme des mabāḥith al-aqwāl qui s'annonce.
Une bonne définition, pour les uṣūliyyūn formés à la logique, se compose d'un jins (genre : la catégorie large) et de fuṣūl (différences spécifiques : les critères qui resserrent). Chaque mot de Subkī travaille :
Traduction : « Son expression "l'énoncé" (al-lafẓ) tient lieu de genre : par lui sort le [kalām] nafsī. Son expression "le descendu" (al-munazzal) est un premier faṣl : il fait sortir l'énoncé non révélé. Son expression "sur Muḥammad ﷺ" est un deuxième faṣl : il fait sortir ce qui fut révélé à d'autres que lui parmi les prophètes — sur eux la prière et la paix. Et "pour l'iʿjāz" est un troisième faṣl : il fait sortir ce qui fut révélé sans visée d'inimitabilité, comme les aḥādīth. »
Si « lil-iʿjāz » exclut le ḥadīth, encore faut-il que le ḥadīth ne soit pas inimitable. Or al-Ḥalīmī affirme dans son Minhāj que toutes les sciences du Qurʾān se retrouvent dans la Sunna sauf l'iʿjāz, qui est une propriété exclusive du Livre — et c'est pour cela qu'on a autorisé la riwāya bil-maʿnā (transmission du ḥadīth selon le sens), impossible pour le Qurʾān.
Zarkashī met en garde contre une fausse lecture : on pourrait croire que « bi-sūratin minhu » est un critère supplémentaire qui exclurait « ce qui fut révélé pour l'iʿjāz, mais pas par une sourate ». Erreur : une telle chose n'existe pas — il n'y a aucun énoncé révélé au Prophète ﷺ pour l'iʿjāz qui ne le soit pas par une sourate. La mention est donc un bayān lil-wāqiʿ : une description de la réalité, non une exclusion.
Le Qurʾān n'est pas seulement un texte normatif : sa récitation est un acte rituel — valide en prière, récompensée lettre par lettre. C'est ce trait que capture « al-mutaʿabbad bi-tilāwatih ». Zarkashī précise sa fonction : il fait sortir le mansūkh al-tilāwa — le passage dont la récitation a été abrogée.
« Pourquoi Zarkashī refuse-t-il de voir dans "bi-sūratin minhu" un faṣl supplémentaire — un quatrième critère d'exclusion — alors que chacun des autres termes de la définition exclut bel et bien quelque chose ? Et quelle erreur de lecture cette précision vient-elle prévenir ? »