Le tawātur, condition du Qurʾān · Les Sept, les Dix et le shādhdh · Déchu comme Qurʾān, valide comme khabar ?
La définition posée (carte 1), Subkī affronte la question de la transmission : qu'est-ce qui, parmi ce qui est rapporté comme « Qurʾān », mérite ce nom ? Sa réponse tient en quatre temps. Premièrement : ce qui n'est transmis que par voie d'āḥād n'est pas du Qurʾān — le tawātur est la condition. Deuxièmement : les Sept lectures sont mutawātira, avec un débat circonscrit sur les modalités de l'adāʾ (madd, imāla, allègement de la hamza). Troisièmement : il est interdit de réciter le shādhdh, et le shādhdh, c'est — selon le Ṣaḥīḥ que retient Subkī avec al-Baghawī et son père le Shaykh al-Imām — ce qui est au-delà des Dix. Quatrièmement, la question la plus féconde en fiqh : le shādhdh, nul comme Qurʾān, vaut-il néanmoins comme khabar dont on tire des règles ? Al-Zarkashī déploie ici les exemples célèbres : la main droite du voleur selon la lecture d'Ibn Masʿūd, et le jeûne consécutif de la kaffāra — « mutatābiʿāt » — dont les Ḥanafites ont fait une obligation.
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« N'est pas [du Qurʾān] ce qui a été transmis par voie d'āḥād, selon l'avis le plus correct. Les Sept [lectures] sont mutawātira — certains ont dit : en ce qui n'est pas du registre de l'exécution (adāʾ), comme l'allongement, l'inflexion et l'allègement de la hamza. La récitation selon le shādhdh n'est pas permise ; et le Ṣaḥīḥ est que [le shādhdh] est ce qui est au-delà des Dix — certains ont dit : au-delà des Sept. Quant à le traiter selon le régime des āḥād [comme khabar], c'est l'avis correct. »
Source : Jamʿ al-Jawāmiʿ — Tāj al-Dīn al-Subkī · Kitāb al-Kitāb (al-qirāʾa al-shādhdha) · Tashnīf al-Masāmiʿ pp. 65-67
Sur « lā mā nuqila āḥādan », Zarkashī fait une remarque de méthode rare : malgré de longues recherches, il n'a trouvé dans aucun livre d'uṣūl ce khilāf formulé de manière aussi absolue. Il propose alors une distinction qui assainit tout le débat : pour ce qui est du Qurʾān quant à son origine (bi-ḥasab aṣlih), le tawātur est exigé sans divergence aucune. Le vrai lieu du khilāf, c'est le Qurʾān quant à son emplacement, sa position et son ordre (bi-ḥasab maḥallihi wa-waḍʿihi wa-tartībih) : faut-il le tawātur aussi pour savoir où se place tel passage, ou la transmission āḥād y suffit-elle ? Zarkashī dit avoir trouvé ce khilāf explicité chez al-Qāḍī Abū Bakr al-Bāqillānī dans al-Intiṣār : des fuqahāʾ et des mutakallimūn ont admis d'établir « ḥukman lā ʿilman » une lecture par khabar wāḥid — ce que les gens du vrai ont réprouvé. Quant aux recueils de lectures shādhdha compilés par les imams, qu'on ne s'y trompe pas : ils ne les rattachent pas au Qurʾān ; ils les consignent pour la langue arabe et pour le tafsīr — comme la lecture de ʿĀʾisha « wa-ṣalāt al-ʿaṣr » éclairant « la prière médiane », ou celle de Saʿd « et s'il a un frère ou une sœur de mère ».
Le Qurʾān est le fondement de la religion et le miracle qui l'atteste : un texte de cette charge ne peut reposer sur une transmission qui laisse place au doute. D'où la règle : ce dont la « coranicité » n'est établie que par des canaux āḥād n'est pas du Qurʾān — quand bien même son contenu serait authentique comme information.
Le « qīla » de Subkī renvoie à Ibn al-Ḥājib : le tawātur des Sept vaudrait pour tout sauf ce qui relève de l'exécution (adāʾ) — l'allongement (madd), l'inflexion (imāla), l'allègement de la hamza ; Abū Shāma y ajoute les mots sur lesquels les lecteurs divergent. Subkī le rapporte avec la formule du doute (ṣīghat al-tamrīḍ), car Zarkashī rectifie :
Les Sept sont connues ; les Trois qui s'y ajoutent sont les lectures de Yaʿqūb, Khalaf et Abū Jaʿfar Yazīd b. al-Qaʿqāʿ. Or ces Trois ne contredisent pas le rasm des Sept. D'où la divergence :
Traduction : « Ce qu'on entend par "le traiter selon le régime des āḥād", c'est s'en prévaloir comme preuve : car la spécificité d'être du Qurʾān est tombée, faute de sa condition — le tawātur —, mais demeure la généralité d'être un khabar. Or al-Shāfiʿī, dans [la transmission d']al-Buwayṭī, a admis sans restriction l'argumentation par la lecture shādhdha, suivi par la majorité des compagnons [du madhhab] ; c'est ainsi qu'ils ont argumenté, pour rendre obligatoire la coupe de la main droite du voleur, par la lecture d'Ibn Masʿūd : "coupez leurs mains droites". »
« Comment le même énoncé — la lecture d'Ibn Masʿūd "fa-qṭaʿū aymānahumā" — peut-il être à la fois interdit de récitation et valide comme preuve pour rendre obligatoire la coupe de la main droite du voleur ? Quelle opération logique permet ce double statut, et qui la conteste ? »