Comment le mot signifie · Muṭābaqa, taḍammun, iltizām · Manṭūq ṣarīḥ et ghayr ṣarīḥ : iqtiḍāʾ, īmāʾ, ishāra
Avant de quitter le manṭūq pour le mafhūm, Subkī démonte la machine de la signification. Premier étage, hérité des logiciens : le mot indique son sens entier par muṭābaqa, une partie de ce sens par taḍammun, et son corrélat mental par iltizām — avec un débat serré : ces dalālāt sont-elles « lexicales » ou « rationnelles » ? Deuxième étage, propre aux uṣūliyyūn : le manṭūq lui-même se dédouble. Tantôt le mot signifie par sa forme même — manṭūq ṣarīḥ ; tantôt il signifie par ce qui accompagne nécessairement l'énoncé — manṭūq ghayr ṣarīḥ, qui se décline en iqtiḍāʾ (un sous-entendu requis pour que l'énoncé soit véridique ou valide), ishāra (une conséquence non visée mais inévitable) et īmāʾ (la suggestion d'une cause — que Subkī renvoie au chapitre du qiyās). Al-Zarkashī illustre chaque catégorie par ses exemples canoniques : « rufiʿa ʿan ummatī… », ﴿وَاسْأَلِ الْقَرْيَةَ﴾, « aʿtiq ʿabdaka ʿannī », et le verset de la nuit du jeûne d'où l'on déduit la validité du jeûne du junub.
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« La dalāla du mot sur son sens [entier] est muṭābaqa ; sur une partie de celui-ci, taḍammun ; sur son corrélat mental, iltizām. Puis, [pour] le manṭūq : si la véridicité ou la validité dépend d'un sous-entendu, c'est une dalāla d'iqtiḍāʾ ; si elle n'en dépend pas et que [le mot] indique une chose non visée, c'est une dalāla d'ishāra. »
Source : Jamʿ al-Jawāmiʿ — Tāj al-Dīn al-Subkī · Kitāb al-Kitāb (dalālāt al-manṭūq) · Tashnīf al-Masāmiʿ pp. 70-72
Zarkashī ouvre la masʾala de l'iqtiḍāʾ par une distinction structurante : le mot indique le sens par deux voies. Soit par sa forme même (bi-ṣīghatihi) — c'est le manṭūq ṣarīḥ, le régime ordinaire étudié à la carte 4. Soit par l'accompagnement d'une chose que le locuteur a en vue sans l'exprimer, se dispensant de la dire en disant son corrélat — c'est le manṭūq ghayr ṣarīḥ, qui « se divise en dalāla d'iqtiḍāʾ et d'ishāra ». Cette page du Tashnīf est l'une des plus utilisées du bāb : c'est elle qui permet de classer correctement des inférences aussi différentes que la levée du statut de l'erreur (« rufiʿa ʿan ummatī »), le sous-entendu « les habitants » dans ﴿وَاسْأَلِ الْقَرْيَةَ﴾, la propriété implicite dans « affranchis ton esclave pour moi », et le jeûne du junub déduit du verset de la nuit du Ramaḍān. Quatre inférences, deux mécanismes, une seule grille.
Le mot indique son sens posé, ou non. S'il l'indique en entier : muṭābaqa — « insān » sur « animal rationnel ». Sinon, il indique soit une partie du sens : taḍammun — « insān » sur « animal » seul ou « rationnel » seul —, soit une chose extérieure au sens mais qui lui est liée : iltizām — « insān » sur « capable d'écrire » ou « de rire ».
Zarkashī formule le principe : le mot indique le sens par deux voies — par sa forme même (bi-ṣīghatihi), ou par l'accompagnement d'une chose que le locuteur a en vue : il se dispense alors de l'exprimer en exprimant son corrélat.
Traduction : « L'iqtiḍāʾ : c'est ce qui est compris à l'occasion du mot sans être énoncé par lui, mais qui relève de la nécessité de ce qui est énoncé : soit que le locuteur ne puisse être véridique sans lui, soit que ce qui est énoncé ne puisse s'établir rationnellement sans lui, soit que son établissement soit impossible en droit sans lui. »
Si la validité ou la véridicité ne dépend pas d'un sous-entendu, mais que l'énoncé indique une chose qui n'était pas visée par lui — un de ses « accompagnements » — la dalāla est dite ishāra : le texte la montre comme du coin de l'œil.
Ibn al-Ḥājib ajoute ici une troisième dalāla du manṭūq ghayr ṣarīḥ : la dalālat al-tanbīh wa-l-īmāʾ — comprendre qu'un waṣf est la ʿilla du ḥukm qui lui est accolé, notamment lorsque le ḥukm suit le waṣf avec le fāʾ de succession immédiate (fāʾ al-taʿqīb). Exemple type de la tradition : « Affranchis un esclave ! » dit à celui qui vient d'avouer son rapport en plein jour de Ramaḍān — l'ordre suggère que la transgression est la cause de la kaffāra.
« La validité du jeûne du junub, déduite du verset de la nuit du jeûne, relève de l'ishāra et non de l'iqtiḍāʾ. Justifiez ce classement en appliquant le critère du matn : de quoi “la véridicité ou la validité” de l'énoncé dépend-elle dans chaque cas ? Que deviendrait le verset si l'on retirait le sens inféré ? »