Les degrés de clarté du manṭūq · Naṣṣ : un sens unique · Ẓāhir : un sens prépondérant · Le taʾwīl, proche ou éloigné
Avec cette carte s'ouvre la Famille B du Kitāb al-Kitāb : le bāb al-manṭūq wa-l-mafhūm. Al-Zarkashī explique pourquoi Subkī commence par là : argumenter par le Qurʾān — texte arabe — suppose de connaître les divisions de la langue, et la première de toutes est celle qui distingue ce que le mot dit à l'endroit même de la parole (manṭūq) de ce qu'il fait comprendre à l'endroit du silence (mafhūm). Le manṭūq lui-même n'est pas homogène : tantôt le mot ne porte qu'un seul sens possible — c'est le naṣṣ, comme le nom propre « Zayd » ; tantôt il porte un sens prépondérant à côté d'un sens faible — c'est le ẓāhir, comme « asad » (lion / homme courageux). Et lorsqu'un dalīl conduit à délaisser le sens prépondérant pour le sens faible, on obtient le muʾawwal. Al-Zarkashī enrichit la définition du naṣṣ par son étymologie, ses trois emplois techniques (dont le fameux « naṣṣa al-Shāfiʿī ʿalā kadhā ») et plusieurs précisions critiques sur le matn.
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« Le manṭūq est ce que le mot indique à l'endroit même de la parole. Il est naṣṣ s'il livre un sens qui n'en tolère pas d'autre — comme “Zayd” — et ẓāhir s'il tolère [aussi] un sens non prépondérant — comme “le lion”. »
Source : Jamʿ al-Jawāmiʿ — Tāj al-Dīn al-Subkī · Kitāb al-Kitāb (al-manṭūq : naṣṣ wa-ẓāhir) · Tashnīf al-Masāmiʿ pp. 69-70
Al-Zarkashī ouvre le bāb par une vue d'ensemble : le lafẓ se divise selon plusieurs considérations (iʿtibārāt). Selon le sens visé : manṭūq et mafhūm ; selon la demande exprimée par essence : amr et nahy ; selon les accidents du signifié : ʿāmm, khāṣṣ, muṭlaq, muqayyad ; selon la clarté ou l'obscurité : mujmal et mubayyan ; selon la levée ou le maintien des statuts : nāsikh et mansūkh. Subkī suit exactement cet ordre — et Zarkashī souligne la cohérence du plan : le lafẓ précède tout, et le naskh, extérieur au lafẓ, vient en dernier. Il en tire même une pointe critique : le choix d'Ibn al-Ḥājib de retarder le manṭūq n'était pas approprié (« laysa bi-munāsib »). Notre carte traite donc la toute première articulation : les degrés de clarté du manṭūq.
Le manṭūq est « ce que le mot indique fī maḥall al-nuṭq » — c'est-à-dire, glose Zarkashī, sans autre intermédiaire. Exemple canonique : l'interdiction de dire « fi » aux parents, indiquée par ﴿فَلَا تَقُلْ لَهُمَا أُفٍّ﴾ — c'est du manṭūq, le verset le dit. En revanche, l'interdiction de les frapper n'est pas dite : elle est comprise « à l'endroit du silence » (fī maḥall al-sukūt) — c'est le mafhūm, qui sera traité aux cartes 6 et suivantes.
Le naṣṣ est le mot qui livre un sens n'en tolérant aucun autre — comme le nom propre « Zayd », qui désigne la personne elle-même sans alternative. Zarkashī juge que c'est là « la meilleure de ses définitions » (aḥsanu ḥudūdih).
Traduction : « Sache que le naṣṣ s'emploie selon trois considérations. La première : l'opposé du ẓāhir — et c'est le sens visé ici. La deuxième : ce qui indique un sens de manière certaine tout en tolérant un autre sens avec lui — comme les formules de généralité [dont la dalāla sur le sens de base est certaine, et sur chaque individu, simplement apparente]. La troisième : ce qui indique un sens apparent ; c'est l'emploi dominant chez les fuqahāʾ, comme lorsqu'ils disent : “al-Shāfiʿī a énoncé (naṣṣa) ceci”, ou : “nous avons pour nous le naṣṣ et le qiyās” — entendant par naṣṣ le Livre et la Sunna, absolument. »
Le ẓāhir est le mot qui livre un sens tout en tolérant un autre sens, mais non prépondérant (iḥtimālan marjūḥan). « Asad » indique d'abord le fauve : cette dalāla l'emporte sur celle de « l'homme courageux ». Le sens visé par « ẓāhir », précise Zarkashī, est celui vers lequel l'esprit se précipite (mā yatabādaru al-dhihnu ilayh).
Le système naṣṣ / ẓāhir appelle son complément : que se passe-t-il quand un dalīl impose de quitter le sens prépondérant ? Le ẓāhir ainsi porté sur son sens marjūḥ devient muʾawwal. La doctrine, telle que la synthétise l'école, tient en trois règles :
L'istidlāl par le Qurʾān — texte arabe — exige de connaître les divisions de la langue. Zarkashī les énumère et montre que l'ordre du Jamʿ al-Jawāmiʿ les suit fidèlement :
« Lorsqu'un shāfiʿīte écrit : “naṣṣa al-Shāfiʿī ʿalā kadhā”, affirme-t-il que la formule de l'imam ne tolère aucun autre sens ? Sinon, lequel des trois emplois du mot naṣṣ est en jeu — et pourquoi la confusion entre ces emplois engendrerait-elle de faux débats ? »