Comment les mots signifient-ils ? · Le waḍʿ, fondement de toute la sémantique des uṣūl · L'origine de la langue : tawqīf divin ou convention humaine
Avec cette carte s'ouvre la Famille C du Kitāb al-Kitāb : avant d'interpréter le Qurʾān, il faut savoir comment un mot signifie. Subkī commence par un éloge : l'institution des mots (ḥudūth al-mawḍūʿāt al-lughawiyya) est une grâce divine (luṭf), car elle permet d'exprimer ce qui est dans les consciences mieux que le geste ou l'exemple. Il définit ensuite le waḍʿ — « faire du mot un indice du sens » — puis enchaîne les grandes questions : faut-il une affinité naturelle (munāsaba) entre le mot et son sens, comme le prétend ʿAbbād ? Le mot est-il posé pour la réalité extérieure (khārijī) ou pour le concept mental (dhihnī) ? Et surtout : qui a institué la langue — Dieu par révélation (tawqīf) ou les hommes par convention (iṣṭilāḥ) ? Al-Zarkashī, dans le Tashnīf al-Masāmiʿ, déploie l'éventail complet des positions, d'Ibn Fūrak aux Muʿtazilites, avant de valider le choix de Subkī : la suspension du jugement catégorique (al-waqf ʿan al-qaṭʿ).
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« Parmi les grâces [divines] : l'avènement des institutions langagières — les mots indiquant les sens —, connues par la transmission massive ou individuelle, ou par déduction rationnelle à partir de la transmission. Le waḍʿ est le fait d'instituer le mot comme indice du sens. On n'exige pas d'affinité entre le mot et le sens, contrairement à ʿAbbād. Le mot est posé pour le sens extérieur, non pour le sens mental, contrairement à l'Imām [al-Rāzī]. Les langues sont d'institution divine, Dieu les ayant enseignées par révélation, par création des sons ou par science nécessaire… L'avis choisi est la suspension de tout jugement catégorique : le tawqīf n'est que présumé. »
Source : Jamʿ al-Jawāmiʿ — Tāj al-Dīn al-Subkī · Kitāb al-Kitāb (al-waḍʿ wa-l-dalāla) · Tashnīf al-Masāmiʿ pp. 83-89
Tout le droit révélé passe par des mots : impératifs, négations, termes généraux ou particuliers. Si l'on ignore comment un mot porte un sens, toute la suite — ḥaqīqa, majāz, ʿāmm, khāṣṣ — flotte dans le vide. Subkī ouvre donc par une thèse théologique : la langue est un luṭf, une grâce qui rapproche les serviteurs de l'obéissance, car les créatures ont besoin de se communiquer « ce qui est dans leurs consciences, pour leur vie d'ici-bas (les transactions) et leur vie dernière (la connaissance et les statuts) ». Zarkashī souligne la précision du vocabulaire : Subkī dit ḥudūth (avènement) et non iḥdāth (production) comme Ibn al-Ḥājib — car ce dernier terme suggérerait que la langue est purement conventionnelle, alors que ḥudūth reste neutre entre tawqīf et iṣṭilāḥ. Chaque mot du matn est pesé pour ne pas préjuger des débats qui suivent.
Le waḍʿ, explique Zarkashī, c'est préparer (tahyiʾa) le mot à produire son sens lorsque le locuteur l'emploie : si je dis « zayd s'est levé », le lever est compris — parce qu'une institution préalable relie ces sons à ce sens. Subkī privilégie la parole sur le geste (ishāra) et l'exemple (mithāl) : elle est plus utile (elle couvre l'absent, l'abstrait, l'inexistant) et plus aisée (elle suit le souffle naturel).
Traduction : « La raison pour laquelle [l'avènement de la langue] compte parmi les grâces : le besoin des créatures de s'informer mutuellement de ce qui est dans leurs consciences — pour leur subsistance, en vue des transactions, et pour leur devenir dernier, en vue de la connaissance et des statuts. [Dieu] a donc institué pour eux les mots pour leurs sens et les leur a fait connaître, selon la thèse du tawqīf ; ou bien Il les a rendus capables d'instituer les mots pour leurs sens, selon la thèse de l'iṣṭilāḥ. »
Zarkashī manie constamment cette tripartition héritée des logiciens — par exemple lorsqu'il objecte à al-Rāzī que si les mots étaient posés pour les concepts mentaux, leur dalāla sur le réel extérieur ne serait « ni muṭābaqa ni taḍammun » ; ou lorsqu'il précise que le dérivé n'indique la qualité de l'essence « ni par muṭābaqa ni par taḍammun », mais que ses concomitants s'indiquent par iltizām.
Corollaire posé par le matn : il n'est pas nécessaire que chaque sens dispose d'un mot propre — les variétés de parfums, noté Zarkashī d'après le Maḥṣūl, n'ont pas reçu de noms, alors que le majāz prouve qu'un même mot doit servir plusieurs sens : les sens sont indéfinis, les mots finis. On n'institue un mot que lorsque le besoin de communication l'exige (li-ajl al-ifhām bi-l-mukhāṭaba).
La « khamr » est nommée pour la fermentation (takhmīr) ; le nabīdh fermente aussi : peut-on étendre le nom par analogie, avec toutes les conséquences juridiques (ḥadd, prohibition) ? Tous s'accordent à exclure le qiyās des noms propres et de ce qui se vérifie par istiqrāʾ (le marfūʿ du fāʿil) ; le débat porte sur les noms motivés par une qualité.
« L'Ustādh Abū Isḥāq al-Isfarāyīnī soutient que le quantum initial nécessaire à la communication est forcément tawqīfī, le reste pouvant être conventionnel. Reconstituez son argument : pourquoi une convention purement humaine, sans aucun donné préalable, serait-elle logiquement impossible ? »