Wāw, fāʾ, thumma, ḥattā, aw, bal · Coordination, ordre et succession · Quand une lettre décide de l'ordre des ablutions
Avec cette carte s'ouvre la Famille D du Kitāb al-Kitāb : les ḥurūf al-maʿānī, ces particules dont la connaissance — dit al-Zarkashī en tête de section — est indispensable au faqīh. Subkī les passe en revue par ordre alphabétique, et nous commençons par les particules de coordination (ʿaṭf). L'enjeu n'est pas grammatical mais juridique : la wāw impose-t-elle un ordre (et donc le tartīb des ablutions) ? La fāʾ exige-t-elle l'immédiateté (et donc le suivi sans délai de l'imam) ? Thumma implique-t-elle un délai (et donc deux dirhams pour qui dit « un dirham thumma un dirham ») ? Ḥattā inclut-elle son terme (et donc le jour de la rupture dans le jeûne juré) ? Chaque réponse engage des chapitres entiers de fiqh. Al-Zarkashī mobilise ici les sommités de la grammaire — Sībawayh, al-Farrāʾ, Ibn Mālik, Ibn al-Ḥājib, Abū Ḥayyān — pour fixer le sens « par défaut » de chaque particule.
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« La wāw exprime la simple réunion (muṭlaq al-jamʿ) ; on a dit : l'ordre ; on a dit : la simultanéité. La fāʾ coordonne pour l'ordre réel et l'ordre d'énonciation, pour la succession immédiate — en toute chose selon sa mesure — et pour la causalité. Thumma est une particule de coordination exprimant l'association et le délai selon l'avis correct, et l'ordre — contrairement à al-ʿAbbādī. Ḥattā marque le terme de la limite le plus souvent, la cause, et rarement l'exception. »
Source : Jamʿ al-Jawāmiʿ — Tāj al-Dīn al-Subkī · Kitāb al-Kitāb (ḥurūf al-ʿaṭf) · Tashnīf al-Masāmiʿ pp. 118-144
Al-Zarkashī ouvre la section en précisant l'objet : « Le sens visé par ḥurūf ici n'est pas le strict partenaire de l'ism et du fiʿl chez les grammairiens — la liste de Subkī contient aussi des noms (ay, idh, kull, man, mā…) et des adverbes. On a appliqué le mot ḥarf à l'ensemble parce que ce sont des parties du discours : du genre de l'emploi de la partie pour le tout. » Ce sont, dit-il, « les particules dont le faqīh a besoin » : car l'essentiel du Qurʾān et de la Sunna est articulé par elles. Une fatwa peut basculer selon que la wāw ordonne ou non, que min découpe une partie ou désigne le tout. La méthode de Subkī est constante : pour chaque particule, le sens premier (waḍʿ), les sens dérivés, puis les divergences — Sībawayh contre al-Farrāʾ, les Baṣriens contre les Kūfiens — car derrière chaque divergence grammaticale se profile une divergence de fiqh.
Traduction : « Au sujet de la wāw de coordination, il y a plusieurs doctrines, dont la plus correcte est qu'elle exprime la simple réunion — c'est-à-dire qu'elle n'indique ni ordre ni simultanéité. Si tu dis : "Zayd et ʿAmr se sont levés", trois sens sont possibles : qu'ils se soient levés en même temps, que le premier nommé se soit levé d'abord, ou que le second nommé se soit levé d'abord. »
Zarkashī distingue quatre ḥattā : jārra (« ḥattā maṭlaʿi al-fajr »), ʿāṭifa (« les pèlerins sont arrivés, ḥattā les piétons »), ibtidāʾiyya (ouvrant une phrase neuve), nāṣiba du verbe (= ilā an, ou = kay pour la cause).
« Un homme reconnaît : "Je dois à Untel un dirham thumma un dirham", un autre : "Je dois à Untel un dirham wa-un dirham". Doivent-ils la même somme ? Justifiez à partir des sens respectifs de thumma et de la wāw, et expliquez pourquoi al-ʿAbbādī faisait exception sur ce point précis. »