Les trois grandes prépositions · Ilṣāq, ẓarfiyya, ibtidāʾ al-ghāya · Combien de tête faut-il essuyer au wuḍūʾ ?
Trois prépositions concentrent à elles seules une part énorme du fiqh : la bāʾ, fī et min. La bāʾ a pour sens-mère l'ilṣāq (adhérence) — Sībawayh ne lui en connaissait pas d'autre — mais Subkī en énumère une douzaine, dont le plus disputé : le tabʿīḍ (partition). De lui dépend la réponse à une question d'ablutions vieille de mille ans : « wa-msaḥū bi-ruʾūsikum » impose-t-il d'essuyer toute la tête (Mālik), une partie quelconque (al-Shāfiʿī), ou un quart (Abū Ḥanīfa) ? Fī pose la contenance (ẓarfiyya) du temps et du lieu — avec ses retombées sur le ṭalāq différé. Min ouvre la limite (ibtidāʾ al-ghāya), découpe (tabʿīḍ), précise (tabyīn) et — capital pour le bāb des généralités — rend textuel le ʿumūm de l'indéfini nié. Al-Zarkashī arbitre ici entre Sībawayh, Ibn Jinnī, al-Aṣmaʿī, Ibn Mālik, le Fakhr al-Rāzī et Ibn Daqīq al-ʿĪd.
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« La bāʾ exprime l'adhérence, au propre ou au figuré, la transitivité, l'instrument, la causalité, l'accompagnement, la contenance, la substitution, la contrepartie, le dépassement, le serment, la limite et la corroboration — et de même la partition, conformément à al-Aṣmaʿī et Ibn Mālik. Fī exprime les deux contenances [lieu et temps], l'accompagnement, la cause, la position au-dessus, et les sens de bāʾ, ilā et min. Min exprime le point de départ de la limite le plus souvent, la partition, la spécification, la cause, la substitution et la textualisation de la généralité. »
Source : Jamʿ al-Jawāmiʿ — Tāj al-Dīn al-Subkī · Kitāb al-Kitāb (ḥurūf al-jarr : bāʾ, fī, min) · Tashnīf al-Masāmiʿ pp. 122-143
Pour chaque préposition, les uṣūliyyūn cherchent le sens-mère (umm al-maʿānī) dont les autres dérivent. Pour la bāʾ, c'est l'ilṣāq : Sībawayh ne lui a reconnu que lui, et les Maghrébins disaient « la bāʾ ne s'en sépare jamais — il arrive seulement qu'il se présente seul ou accompagné d'un sens supplémentaire ». ʿAbd al-Qāhir al-Jurjānī affine : l'ilṣāq de « j'ai saisi la corde bi-ma main » est réel ; celui de « je suis passé bi-Zayd » est élargi (le passage adhère au lieu proche de Zayd, dit Ibn Jinnī ; al-Zamakhsharī : « j'ai fait adhérer mon passage à un endroit proche de lui »). Cette discipline du sens-mère a une fonction de méthode : tout emploi qui s'éloigne du waḍʿ premier doit être justifié — par une ʿalāqa, un usage attesté des Arabes, ou un taḍmīn (le verbe absorbe le sens d'un autre). C'est elle qui interdit de poser un tabʿīḍ par simple commodité d'école.
Traduction : « De même la partition [est un sens de la bāʾ], conformément à al-Aṣmaʿī et Ibn Mālik, qui arguent de Sa parole : "une source bi-laquelle boivent les serviteurs d'Allah" — c'est-à-dire : de laquelle ; et on en a tiré : "essuyez bi-vos têtes". Un groupe l'a nié, dont Ibn Jinnī, et ils ont ramené les preuves des partisans au taḍmīn [le verbe "boire" incluant le sens de "se désaltérer de"]. »
« Reconstituez le raisonnement complet des trois écoles sur "wa-msaḥū bi-ruʾūsikum" : que doit signifier la bāʾ pour que (a) tout masḥ partiel suffise, (b) l'intégralité soit due, (c) le quart soit requis ? Puis exposez l'objection d'Ibn Jinnī et la réponse d'Ibn Daqīq al-ʿĪd sur la valeur d'une négation en matière de langue. »