Vingt-six emplois recensés · Pour quel sens la forme a-t-elle été posée ? · La thèse du wujūb et le choix de Subkī : le ṭalab jāzim
La carte 21 a établi ce qu'est un amr ; celle-ci examine sa forme. La ṣīgha « ifʿal » est l'un des lafẓs les plus polyvalents de la langue : Subkī en recense vingt-six emplois, du wujūb (﴾وَأَقِيمُوا الصَّلَاةَ﴿) au tahdīd (﴾اعْمَلُوا مَا شِئْتُمْ﴿), en passant par l'irshād, le taʿjīz, la taswiya ou le takwīn. Mais recenser n'est pas trancher : tous s'accordent, rappelle Zarkashī, sur le fait que la forme n'est pas ḥaqīqa pour tous ces sens. Pour lequel a-t-elle été posée ? Le matn aligne douze positions — wujūb (la majorité, et le madhhab rapporté d'al-Shāfiʿī), nadb (Abū Hāshim), qadr mushtarak (al-Māturīdī), ishtirāk, waqf (al-Qāḍī al-Bāqillānī, al-Ghazālī, al-Āmidī)… — avant le choix propre de Subkī, suivant Abū Ḥāmid al-Isfarāyīnī et Imām al-Ḥaramayn : la ṣīgha est ḥaqīqa pour le ṭalab jāzim, et c'est lorsque ce ṭalab émane du Législateur que le wujūb s'ensuit. Une voie médiane qui réconcilie la langue et le sharʿ.
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« Elle est employée pour l'obligation, la recommandation, la permission, la menace, la guidance, la volonté d'être obéi, l'autorisation, l'éducation, l'avertissement, le bienfait rappelé, l'honneur, l'assujettissement, la création, la mise au défi, l'humiliation, l'équivalence, l'invocation, le souhait, le mépris, l'information, le don, la remise de l'affaire, l'étonnement, le démenti, la consultation et la considération. La majorité : elle est ḥaqīqa pour le wujūb — par la langue, le sharʿ ou la raison : trois positions. L'avis choisi, conformément au Shaykh Abū Ḥāmid et à Imām al-Ḥaramayn : elle est ḥaqīqa pour la demande catégorique (ṭalab jāzim) ; si elle émane du Législateur, elle rend l'acte obligatoire. »
Source : Jamʿ al-Jawāmiʿ — Tāj al-Dīn al-Subkī · Kitāb al-Kitāb (ṣīghat al-amr wa-maʿānīhā) · Tashnīf al-Masāmiʿ pp. 147-150
Pourquoi tant d'efforts sur une simple forme verbale ? Parce que l'immense majorité des obligations de la sharīʿa repose sur des impératifs nus : ﴾أَقِيمُوا الصَّلَاةَ﴿, ﴾وَآتُوا الزَّكَاةَ﴿. Si « ifʿal » n'emporte que la recommandation, l'édifice des wājibāt vacille ; si elle est équivoque, chaque impératif exige une enquête avant d'obliger. La position majoritaire — la forme nue emporte le wujūb — est la colonne vertébrale du fiqh appliqué. Mais d'où vient cette force obligeante : du waḍʿ de la langue, d'une institution du sharʿ, ou d'un jugement de la raison ? Le choix de Subkī, hérité d'Abū Ḥāmid al-Isfarāyīnī via al-Māzarī, déplace élégamment le problème : la langue ne donne que le ṭalab jāzim — la demande qui ne laisse pas le choix — et c'est le sharʿ qui, attachant la menace à la désobéissance au Législateur, convertit ce ṭalab en wujūb. Le wujūb naît donc de la rencontre de la langue et du sharʿ.
Traduction : « Ils sont unanimes : la ṣīgha “ifʿal” n'est pas ḥaqīqa pour la totalité de ces sens — le désaccord ne porte que sur certains d'entre eux. Sur quoi, plusieurs positions. La première, celle de la majorité : elle est ḥaqīqa pour le wujūb seulement, majāz pour tout le reste. C'est ce que l'on rapporte d'al-Shāfiʿī — que Dieu soit satisfait de lui — et ses partisans ont divergé : cela vaut-il par la langue, par le sharʿ ou par la raison ? »
Du point de vue de la langue, « ifʿal » est ḥaqīqa pour le ṭalab jāzim : une demande ferme, qui enserre le destinataire dans l'acte sans lui ouvrir d'alternative. Mais que cette demande soit assortie d'une menace en cas d'abandon — ce qui fait le wujūb au sens légal — est une donnée supplémentaire, établie pour les ordres du Législateur par un dalīl extérieur. Le wujūb des awāmir de la sharīʿa procède donc de ce composé : sharʿ + lugha.
Quand la ṣīgha émane du Législateur, nue de qarīna, l'acte devient obligatoire — application de la ḥaqīqa. Mais avant d'avoir vérifié qu'aucune qarīna ne la détourne, doit-on déjà croire que le wujūb est visé ? Subkī répond : il y a ici le même khilāf que pour le ʿāmm — faut-il croire à sa généralité avant d'avoir cherché le mukhaṣṣiṣ ? (question traitée dans les mabāḥith du ʿāmm, Famille F).
« En quoi la position “la ṣīgha est ḥaqīqa pour le ṭalab jāzim” diffère-t-elle réellement de la position majoritaire “elle est ḥaqīqa pour le wujūb” — puisque dans les deux cas, l'impératif du Législateur finit par obliger ? Que gagne-t-on à distinguer ce que donne la langue de ce qu'ajoute le sharʿ ? »