بِسْمِ ٱللَّهِ ٱلرَّحْمَـٰنِ ٱلرَّحِيمِ

Carte Kitāb N°21

حَقِيقَةُ الْأَمْرِ

Ouverture du bāb al-awāmir wa-l-nawāhī · Qu'est-ce qu'un ordre ? · Le mot, la définition, le ʿulūw, l'istiʿlāʾ et l'irāda

Avec cette carte s'ouvre la Famille E du Kitāb al-Kitāb : les ordres et les interdictions. Avant de demander ce que la ṣīgha « ifʿal » signifie, il faut savoir ce qu'est un amr. Subkī procède en deux temps, que Zarkashī appelle les deux maqāms : d'abord le mot « amr » — est-il ḥaqīqa pour la parole qui demande l'acte, pour l'acte lui-même, pour les deux ? — puis la réalité signifiée, que Subkī définit : iqtiḍāʾ fiʿl ghayr kaff madlūl ʿalayh bi-ghayr kaff — l'exigence d'un acte autre qu'une abstention, signifié autrement que par « abstiens-toi ». Chaque mot de cette définition est un verrou, et Zarkashī montre qu'elle contient un ajout de Subkī par rapport à Ibn al-Ḥājib. Suivent trois débats classiques : l'ordre requiert-il une supériorité (ʿulūw) ou une posture de supériorité (istiʿlāʾ) ? Requiert-il une volonté (irāda) ? Et le ṭalab lui-même se définit-il, ou est-il évident de soi ?

الْأَمْرُ : أَمْرٌ، حَقِيقَةٌ فِي الْقَوْلِ الْمَخْصُوصِ، مَجَازٌ فِي الْفِعْلِ. وَحَدُّهُ : اقْتِضَاءُ فِعْلٍ غَيْرِ كَفٍّ، مَدْلُولٍ عَلَيْهِ بِغَيْرِ كُفَّ. وَلَا يُعْتَبَرُ فِيهِ عُلُوٌّ وَلَا اسْتِعْلَاءٌ، وَقِيلَ : يُعْتَبَرَانِ. وَالطَّلَبُ بَدِيهِيٌّ، وَالْأَمْرُ غَيْرُ الْإِرَادَةِ خِلَافًا لِلْمُعْتَزِلَةِ.

« L'amr : [le mot] “amr” est ḥaqīqa pour la parole spécifique [qui demande l'acte], majāz pour l'acte. Sa définition : l'exigence d'un acte autre qu'une abstention, signifié autrement que par “abstiens-toi”. On n'y considère ni supériorité (ʿulūw) ni posture de supériorité (istiʿlāʾ) — certains ont dit : on les considère toutes deux. Le ṭalab est évident de soi, et l'amr est autre que la volonté, contrairement aux Muʿtazilites. »

Source : Jamʿ al-Jawāmiʿ — Tāj al-Dīn al-Subkī · Kitāb al-Kitāb (ḥaqīqat al-amr) · Tashnīf al-Masāmiʿ pp. 144-147

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Pourquoi commencer par la définition

Le bāb des ordres est le cœur opératoire des uṣūl : c'est par l'amr que la sharīʿa oblige. Or toute la suite — le wujūb de la ṣīgha, le fawr, le tikrār, l'ijzāʾ — dépend de ce qu'on a mis dans la définition. Subkī hérite ici d'un débat théologique : pour les Ashʿarites, qui affirment le kalām nafsī (la parole intérieure de l'âme), l'amr est en réalité le ṭalab qui se tient dans l'âme, et la ṣīgha n'en est que l'indicateur ; pour les négateurs du kalām nafsī (Muʿtazilites en tête), l'amr n'est rien d'autre que le lafẓ qui demande l'acte. C'est pourquoi, note Zarkashī, Subkī ouvre sa définition par « iqtiḍāʾ » (exigence) et non par « qawl » (parole) : il se range du côté des muthbitūn. Derrière chaque qayd de la définition se cache ainsi une prise de position — et derrière le refus de l'irāda muʿtazilite, toute la doctrine ashʿarite de l'ordre divin adressé même à celui dont Dieu sait qu'il n'obéira pas.

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Vocabulaire essentiel

أَمْر amr
« Ordre ». Au sens propre : la parole spécifique qui demande l'accomplissement d'un acte (« ifʿal » et ses équivalents) ; au sens figuré : l'acte ou l'état de fait (« amr ʿaẓīm »).
اقْتِضَاء iqtiḍāʾ
« Exigence, requête ». Genre de la définition : le ṭalab qui se tient dans l'âme. Il couvre l'amr (exigence d'un acte) et le nahy (exigence d'une abstention).
كَفّ kaff
« Abstention, retenue ». L'acte de retenir son âme d'un fiʿl. Le nahy exige un kaff ; l'amr exige un acte « ghayr kaff ».
عُلُوّ ʿulūw
« Supériorité ». Le fait que celui qui ordonne soit réellement d'un rang supérieur. Attribut de la personne qui parle.
اسْتِعْلَاء istiʿlāʾ
« Posture de supériorité ». Le fait de se donner le ton du supérieur, même sans l'être réellement. Attribut du discours, non de la personne.
الْكَلَامُ النَّفْسِيّ al-kalām al-nafsī
« La parole intérieure ». Doctrine ashʿarite : la parole véritable est le sens qui se tient dans l'âme ; les sons et lettres n'en sont que l'expression.
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Le mot « amr » — ḥaqīqa pour la parole, majāz pour l'acte

Premier maqām : le lafẓ
Quatre positions sur le mot lui-même : la majorité le réserve en propre à la parole qui demande l'acte ; Abū al-Ḥusayn al-Baṣrī y voit un homonyme à quatre branches.
Lafẓ Ḥaqīqa / majāz

On parle du mot, pas de la chose

Zarkashī attire l'attention sur la tournure de Subkī : « al-amr : amrun » — comme on dit « zayd : un nom », « ḍaraba : un verbe ». Il s'agit du mot « amr » en tant que lafẓ, non de son contenu. Sur ce mot, quatre positions :

  • (1) La majorité : « amr » est ḥaqīqa pour le qawl makhṣūṣ — la parole qui demande l'acte (« ifʿal » et ce qui en tient lieu) — et majāz pour l'acte, comme dans ﴾وَمَا أَمْرُ فِرْعَوْنَ بِرَشِيدٍ﴿ ou « zayd fī amrin ʿaẓīm ». Sinon, il faudrait admettre l'ishtirāk, et le majāz vaut mieux que l'homonymie.
  • (2) L'ishtirāk lafẓī entre la parole et l'acte — position que le Maḥṣūl attribue à certains fuqahāʾ, et qu'Ibn Burhān attribue à l'ensemble des savants : le mot a été employé pour les deux, et le principe est la ḥaqīqa.
  • (3) Le tawāṭuʾ : le mot serait posé pour le qadr mushtarak entre parole et acte, pour échapper à la fois à l'ishtirāk et au majāz. Zarkashī signale que ce qawl n'a pas d'auteur connu : al-Āmidī (al-Iḥkām) ne l'a mentionné que par hypothèse, et il s'étonne que Subkī l'ait rapporté comme une position réelle.
  • (4) Abū al-Ḥusayn al-Baṣrī (al-Muʿtamad) : « amr » serait mushtarak entre la parole spécifique, le shaʾn (la situation : ﴾وَمَا أَمْرُ فِرْعَوْنَ بِرَشِيدٍ﴿), la ṣifa (« li-amrin mā yasūdu man yasūdu ») et le shayʾ (« ce corps a bougé li-amrin », c'est-à-dire pour quelque chose).
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Sharḥ al-Zarkashī — Tashnīf al-Masāmiʿ

Texte clé du commentaire
Les deux maqāms de l'amr, et pourquoi Subkī ouvre la définition par « iqtiḍāʾ » : un choix de théologien autant que d'uṣūlī.
Sharḥ Zarkashī

Le passage du Tashnīf — les deux maqāms

الْبَحْثُ فِي الْأَمْرِ فِي مَقَامَيْنِ : أَحَدُهُمَا فِي لَفْظِهِ وَقَدْ سَبَقَ، وَالثَّانِي فِي مَدْلُولِهِ. فَذَهَبَ نُفَاةُ الْكَلَامِ النَّفْسِيِّ إِلَى أَنَّهُ عِبَارَةٌ عَنِ اللَّفْظِ الطَّالِبِ لِلْفِعْلِ، وَذَهَبَ الْمُثْبِتُونَ إِلَى تَفْسِيرِهِ بِالْمَعْنَى الذِّهْنِيِّ، وَهُوَ مَا قَامَ بِالنَّفْسِ مِنَ الطَّلَبِ، وَعَلَيْهِ جَرَى الْمُصَنِّفُ، وَلِهَذَا صَدَّرَ الْحَدَّ بِالِاقْتِضَاءِ دُونَ الْقَوْلِ.

Traduction : « L'examen de l'amr se fait en deux stations : la première concerne son lafẓ — elle a précédé — et la seconde son signifié. Les négateurs du kalām nafsī ont soutenu qu'il désigne le lafẓ qui demande l'acte ; ceux qui l'affirment l'ont interprété par le sens mental, c'est-à-dire le ṭalab qui se tient dans l'âme. C'est la voie suivie par l'auteur — et c'est pourquoi il a ouvert la définition par “l'exigence” (iqtiḍāʾ) et non par “la parole” (qawl). »

Ce que le commentaire ajoute

  • L'iqtiḍāʾ comme genre : « l'exigence d'un acte » englobe l'amr et le nahy — car le kaff exigé par le nahy est lui aussi un acte. Les qayds suivants font le tri.
  • Ce que l'iqtiḍāʾ exclut : il écarte ce qui n'est pas exigence — l'ibāḥa dans ﴾وَإِذَا حَلَلْتُمْ فَاصْطَادُوا﴿, le taʿjīz dans ﴾فَأْتُوا بِسُورَةٍ﴿ : la ṣīgha y est impérative, mais il n'y a pas d'amr véritable, faute d'iqtiḍāʾ.
  • Le qayd « madlūl ʿalayh bi-ghayr kaff » : Zarkashī souligne que Subkī l'a ajouté à Ibn al-Ḥājib. Objection contre ce dernier : « kuffa nafsaka ʿan kadhā » est un amr (un ordre de s'abstenir) bien que son contenu soit un kaff. La solution de Subkī : ce qui compte, c'est le mode de signification. Si le kaff est signifié par « kuffa », « amsik » et leurs semblables, c'est un amr ; s'il est signifié par « lā tafʿal », c'est un nahy.
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La définition décortiquée — chaque qayd est un verrou

Iqtiḍāʾ fiʿl ghayr kaff madlūl ʿalayh bi-ghayr kaff
Genre et différences : ce que chaque terme inclut, ce qu'il exclut, et l'ajout de Subkī contre Ibn al-Ḥājib.
Définition Qayd par qayd

Lecture analytique

  • « Iqtiḍāʾ » (exigence) : le genre. Il pose que l'amr est le ṭalab nafsī, non la ṣīgha — et il exclut l'ibāḥa, le taʿjīz, le tahdīd : partout où la forme impérative apparaît sans exigence réelle, il n'y a pas d'amr.
  • « fiʿl » (d'un acte) : l'amr porte sur un faire — par opposition au pur néant. Même le kaff, étant un acte de l'âme, reste dans le champ : d'où la nécessité du qayd suivant.
  • « ghayr kaff » (autre qu'une abstention) : exclut le nahy, dont l'exigible est précisément le kaff al-nafs ʿan al-fiʿl.
  • « madlūl ʿalayh bi-ghayr kaff » (signifié autrement que par « kuffa ») : le raffinement propre de Subkī. Sans lui, « kuffa nafsaka ʿan kadhā » — qui est un amr — sortirait de la définition. L'acte exigé par l'amr est un acte particulier : celui qui est signifié autrement que par le verbe « kuffa » et ses équivalents.
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ʿUlūw et istiʿlāʾ — l'ordre a-t-il besoin d'un rang ?

Quatre madhāhib
Le plus correct : ni l'un ni l'autre ne conditionne l'amr. Les Muʿtazilites exigent le ʿulūw ; al-Rāzī, al-Āmidī et Ibn al-Ḥājib exigent l'istiʿlāʾ.
Conditions 4 positions

La distinction préalable

Le ʿulūw est le fait que l'ordonnant soit en lui-même d'un degré supérieur : c'est un attribut accidentel de la personne. L'istiʿlāʾ est le fait de se poser en supérieur — par hauteur, ton ou prétention — même si l'on ne l'est pas en réalité : c'est un attribut du discours. Quatre positions :

  • (1) Al-aṣaḥḥ — aucun des deux n'est requis : position que le Maḥṣūl rapporte des aṣḥāb shāfiʿites. Il est concevable qu'un inférieur adresse un véritable ṭalab à un supérieur en s'imaginant lui commander : l'amr existe, seule la convenance manque.
  • (2) Les deux sont requis : position tranchée par Ibn al-Qushayrī.
  • (3) Le ʿulūw est requis : les Muʿtazilites, et parmi les Shāfiʿites Abū Isḥāq al-Shīrāzī, Ibn al-Ṣabbāgh et al-Samʿānī. Sans ʿulūw : si le demandeur est un égal, c'est un iltimās ; s'il est inférieur, c'est un suʾāl (demande, prière).
  • (4) L'istiʿlāʾ seul est requis : Abū al-Ḥusayn al-Baṣrī, al-Rāzī, al-Āmidī et Ibn al-Ḥājib.
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L'irāda — l'ordre requiert-il la volonté ?

Le front anti-muʿtazilite
Les Jubbāʾī père et fils conditionnent l'amr à l'irāda ; les fuqahāʾ répondent : la ṣīgha signifie par son waḍʿ, comme tout lafẓ. Ibn Burhān distingue trois irādas.
Irāda Muʿtazila

Le débat

  • Position des fuqahāʾ : l'amr est amr par sa ṣīgha. Cette forme a été posée pour un sens ; elle le signifie donc sans avoir besoin d'une irāda surajoutée — comme tous les lafẓs signifient leurs sens.
  • Position muʿtazilite : Abū ʿAlī al-Jubbāʾī, son fils Abū Hāshim, ʿAbd al-Jabbār et Abū al-Ḥusayn exigent l'irādat al-dalāla : la volonté que le lafẓ signifie le ṭalab. Conséquence : la ṣīgha de tahdīd n'est pas un amr, et celui dont Dieu sait qu'il mourra mécréant ne serait pas « ordonné » de croire — faute de dalāla voulue sur le ṭalab.
  • Leur argument : la même ṣīgha sert au ṭalab et au tahdīd ; il faut un discriminant, et il n'y en a pas d'autre que l'irāda. Réponse : le discriminant existe sans l'irāda — la ṣīgha est ḥaqīqa pour le ṭalab, majāz pour le reste ; cela suffit à départager.

La grille d'Ibn Burhān : trois irādas

  • (1) Irāda d'émettre la ṣīgha — pour exclure le dormeur ; tous la requièrent, sans divergence.
  • (2) Irāda d'orienter le lafẓ vers le sens d'ordre (et non de menace) — les mutakallimūn la requièrent, les fuqahāʾ non : la ṣīgha se porte d'elle-même sur l'amr.
  • (3) Irāda que l'ordonné accomplisse l'acte (l'imtithāl) — pour exclure celui qui ne fait que rapporter ou transmettre. C'est ici le vrai point de rupture avec les Muʿtazilites : pour les Ashʿarites, Dieu peut ordonner ce qu'Il ne veut pas voir advenir.
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Le ṭalab est badīhī — et l'amr n'est pas l'irāda

Deux thèses du matn
Le ṭalab ne se définit pas : il est évident de soi. Et contre les Muʿtazilites : ce qui se tient dans l'âme de l'ordonnant n'est pas la volonté de l'acte.
Ṭalab Amr ≠ irāda

« Wa-l-ṭalab badīhī »

Objection : définir l'amr par l'iqtiḍāʾ (= le ṭalab), c'est définir par plus obscur. Réponse du matn : le ṭalab est badīhī al-taṣawwur — chacun distingue d'instinct le fait de demander un acte, de demander une abstention, et d'énoncer une information : c'est un vécu intérieur, comme la faim et la satiété. Zarkashī nuance en logicien : distinguer une chose d'une autre par évidence ne prouve pas qu'on la connaisse dans son essence par évidence — cela prouve seulement qu'on la connaît par quelque face. Et le fait d'argumenter en faveur de la badāha ne la détruit pas : c'est le taṣawwur qui est immédiat, non la connaissance de son immédiateté.

« Wa-l-amr ghayr al-irāda »

Tous s'accordent : l'amr indique le ṭalab. Le désaccord porte sur la nature de ce ṭalab. Pour les Muʿtazilites, c'est l'irāda de l'acte ordonné ; pour les Ashʿarites, un attribut distinct qui se tient dans l'âme. Trois preuves :

  • L'ordre sans volonté : l'īmān des mécréants est ordonné par ijmāʿ ; or pour certains d'entre eux, Dieu a annoncé qu'ils ne croiraient pas — leur foi est donc impossible, et l'impossible ne peut être voulu de Dieu. L'amr subsiste là où l'irāda manque.
  • Le ṭalab avec aversion : on peut exiger ce qu'on répugne à voir advenir — le ṭalab coexiste avec la karāha, l'irāda non.
  • L'argument du ḥudūth : si l'amr était l'irāda de l'acte, les ordres divins seraient liés au moment d'advenue de l'acte voulu — conséquence inacceptable pour la parole éternelle.
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L'amr a-t-il une ṣīgha propre ? Le débat sur al-Ashʿarī

Pont vers la carte 22
Chez les partisans du kalām nafsī : la forme « ifʿal » est-elle dédiée à l'ordre ? Le waqf attribué à al-Ashʿarī, et la délimitation d'Imām al-Ḥaramayn.
Ṣīgha Waqf / ishtirāk

La question et ses contours

Cette masʾala n'a de sens que chez les muthbitūn du kalām nafsī : si l'amr est le ṭalab de l'âme, la ṣīgha « ifʿal » lui est-elle spécialement dédiée ? On rapporte d'al-Ashʿarī la négation : « ifʿal » serait flottant entre l'ordre, la menace et ses autres emplois. Deux lectures de cette négation : le waqf (on ignore pour quel sens la forme a été posée) ou l'ishtirāk (la forme est commune à tous ses emplois, comme un lafẓ mushtarak).

  • Imām al-Ḥaramayn et al-Ghazālī délimitent : le doute d'al-Ashʿarī ne porte que sur la ṣīgha « ifʿal », tiraillée en langue entre de nombreux emplois ; mais « amartuka », « anta maʾmūr », « awjabtu » sont indiscutablement des formules d'ordre.
  • Al-Āmidī conteste cette délimitation : pour al-Ashʿarī, l'amr est le ṭalab qui se tient dans l'âme, sans ṣīgha qui lui soit propre — on l'exprime par toutes expressions et indications, moyennant les qarīnas.
  • Les autres muthbitūn : l'amr a bien une ṣīgha dédiée, comprise dès qu'elle est nue de qarīna déviante : « ifʿal », « li-yafʿal » et leurs équivalents dans toutes les langues — tandis que « amartuka » relève de l'ikhbār, non de l'inshāʾ.
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À retenir

5 principes essentiels
Le socle de toute la Famille E — à fixer avant les sens de la ṣīgha.
  • Deux maqāms : le mot « amr » (ḥaqīqa pour le qawl makhṣūṣ, majāz pour l'acte) et son signifié (le ṭalab nafsī chez les Ashʿarites)
  • La définition de Subkī : iqtiḍāʾ fiʿl ghayr kaff madlūl ʿalayh bi-ghayr kaff — le dernier qayd est son ajout contre Ibn al-Ḥājib (cas de « kuffa nafsaka »)
  • Al-aṣaḥḥ : ni ʿulūw ni istiʿlāʾ ne conditionnent l'amr — réfutation d'al-Bayḍāwī par ﴾فَمَاذَا تَأْمُرُونَ﴿
  • Contre les Jubbāʾī : la ṣīgha signifie le ṭalab par son waḍʿ, sans irāda surajoutée — seule l'irāda d'émettre le lafẓ fait l'unanimité
  • Le ṭalab est badīhī ; et l'amr est autre que l'irāda — preuve : l'ordre de croire adressé à qui ne croira jamais
?

Question de révision

Tester sa compréhension
Une question simple pour vérifier la maîtrise de la définition.

Question

« Pourquoi le qayd “madlūl ʿalayh bi-ghayr kaff” est-il nécessaire dans la définition de Subkī, alors qu'elle contient déjà “ghayr kaff” ? Quel contre-exemple visait-il, et en quoi cela corrige-t-il la définition d'Ibn al-Ḥājib ? »

🧠 Grille mnémotechnique

1
LE MOT
amr
ḥaqīqa : qawl · majāz : fiʿl
2
LA DÉFINITION
iqtiḍāʾ fiʿl
ghayr kaff + madlūl bi-ghayr kaff
3
CONDITIONS
ʿulūw / istiʿlāʾ
aṣaḥḥ : aucune des deux
4
IRĀDA
amr ≠ irāda
ordre de croire ≠ volonté qu'on croie