La définition miroir de l'amr · Ordonner, est-ce interdire le contraire ? · Le dawām du nahy et les sens de « lā tafʿal »
Après l'amr, son ombre portée : le nahy. Mais avant la définition, Subkī traite la question charnière qui relie les deux : l'ordre d'une chose est-il interdiction de son contraire ? Chez les partisans du kalām nafsī, quatre positions s'affrontent — de l'identité pure (al-Ashʿarī, al-Bāqillānī : le ṭalab unique de l'âme est à la fois amr et nahy) au refus complet (Imām al-Ḥaramayn, al-Ghazālī, Ibn al-Ḥājib : le contraire est maskūt ʿanhu). Vient ensuite la définition, miroir exact de celle de l'amr : iqtiḍāʾ kaff ʿan fiʿl, lā bi-qawl : kuffa — l'exigence d'une abstention, signifiée autrement que par « abstiens-toi » : car « kuffa », « amsik », « dhar », « daʿ » sont des ordres par leur mode de signification, même si leur contenu est un kaff. Deux différences capitales avec l'amr suivent : le nahy muṭlaq exige le dawām — on n'a « cessé » que si l'on cesse toujours — et sa ṣīgha « lā tafʿal » connaît elle aussi son éventail de sens : taḥrīm, karāha, irshād, duʿāʾ, bayān al-ʿāqiba, taqlīl, yaʾs. Enfin, le nahy peut porter sur plusieurs choses : ensemble (jamʿan), séparément (tafrīqan) ou chacune absolument (jamīʿan).
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« Le nahy : l'exigence d'une abstention d'un acte, [signifiée] autrement que par la parole “abstiens-toi”. Son exigence est la permanence, tant qu'il n'est pas restreint à une occurrence — et l'on a dit : absolument. Sa forme est employée pour l'interdiction, la réprobation, la guidance, l'invocation, l'exposé de la conséquence, l'amoindrissement, le mépris et le désespoir [infligé]. »
Source : Jamʿ al-Jawāmiʿ — Tāj al-Dīn al-Subkī · Kitāb al-Kitāb (ḥaqīqat al-nahy) · Tashnīf al-Masāmiʿ pp. 154-157
Le nahy n'est pas un simple amr inversé : deux asymétries le distinguent, qui structurent toute la carte. Première asymétrie — le temps : l'amr nu se satisfait d'une occurrence (la marra est ḍarūriyya), tandis que le nahy nu exige le dawām : celui qui s'abstient du vin une heure puis en boit n'a pas obéi à « n'en bois pas » — l'abstention n'est réalisée que si elle est continue. Al-Māzarī rapporte même un quasi-accord sur ce point. Seconde asymétrie — la force : dans la question du ḍidd, al-Bāqillānī (Taqrīb) juge la dalāla du nahy sur son exigible plus forte que celle de l'amr : interdire, c'est viser la mafsada, et le soin du Législateur à écarter les corruptions prime son soin à procurer les avantages. C'est cette même priorité du darʾ al-mafāsid qui expliquera, carte 26, que le nahy entraîne si volontiers la nullité de l'acte. La symétrie des définitions cache donc une hiérarchie des fonctions.
Le matn la restreint avec deux qayds : l'amr nafsī portant sur un objet déterminé (muʿayyan), et le contraire wujūdī (positif). Car le wājib muwassaʿ et le mukhayyar échappent à la règle, et l'ordre d'une chose est interdiction de son abandon sans aucun débat — le débat porte sur les contraires positifs : ordonner la station debout interdit-il de s'asseoir ?
Traduction : « L'exigence (iqtiḍāʾ) est le genre, puisqu'elle englobe l'amr ; et son annexion au kaff exclut l'amr, qui est exigence d'un acte… Le bilan : “abstiens-toi”, “retiens-toi”, “tiens”, “laisse”, “délaisse” et leurs semblables sont des ordres par concordance (muṭābaqa), bien qu'ils exigent une abstention — et ils ne sont des interdictions que par implication (taḍammun), en vertu du principe que l'ordre d'une chose est interdiction de son contraire de manière incluse. »
Si le nahy est restreint à une occurrence, on s'y tient — sans débat. S'il est muṭlaq, son exigence est le dawām : l'abstention de l'interdit, en tout temps. Pourquoi cette différence avec l'amr ? Parce que l'abstention n'est réalisée que par la continuité : celui qui s'abstient du vin le matin et en boit le soir n'a pas « cessé de boire » — l'intihāʾ exigé ne s'obtient que total. L'amr, lui, se réalise dans une occurrence.
« L'énoncé “amsik ʿan al-kalām” (retiens-toi de parler) est-il un amr ou un nahy selon la définition de Subkī ? Et pourquoi le nahy muṭlaq exige-t-il le dawām alors que l'amr muṭlaq se satisfait d'une occurrence — la différence vient-elle du lafẓ ou de la nature de la chose exigée ? »