La particularisation du général : qaṣr al-ʿāmm ʿalā baʿḍ afrādih · Définition, objet et limites · Ouverture de la Famille G — bāb al-takhṣīṣ
Avec ce bāb s'ouvre l'atelier le plus fréquenté de tout l'uṣūl al-fiqh : les anciens disaient « mā min ʿāmmin illā wa-qad khuṣṣa » — il n'est presque pas de général qui n'ait été particularisé. Subkī définit le takhṣīṣ comme le qaṣr (restriction) du ʿāmm à une partie de ses individus — et chaque mot de cette définition est pesé : pourquoi qaṣr et non ikhrāj ? pourquoi al-ʿāmm et non le mot général ? pourquoi afrādih et non, comme Ibn al-Ḥājib, musammayātih ? Il précise ensuite ce qui peut recevoir le takhṣīṣ — un statut établi pour une pluralité — puis tranche la question vertigineuse de la limite : jusqu'où peut-on réduire le ʿāmm sans détruire sa langue ? Jusqu'à un seul individu ? Jusqu'au plus petit pluriel ? Al-Zarkashī, dans le Tashnīf al-Masāmiʿ, démonte la mécanique de chaque choix terminologique et arbitre entre cinq écoles. Enfin, la grande bifurcation : le mukhaṣṣiṣ est soit muttaṣil (joint), soit munfaṣil (séparé) — le plan des cartes 33 à 35.
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« Le takhṣīṣ est la restriction du général à une partie de ses individus ; ce qui peut le recevoir est un statut établi pour une pluralité. La vérité est qu'il est permis jusqu'à un seul [individu] si le terme général n'est pas un pluriel, et jusqu'au plus petit pluriel s'il l'est ; on a dit : [jusqu'à un] absolument ; l'interdiction absolue est isolée ; on a dit : interdit sauf à ce qu'il reste un nombre non circonscrit ; on a dit : sauf à ce qu'il reste [un nombre] proche de sa signification. Le mukhaṣṣiṣ est de deux espèces : la première est le joint (muttaṣil), qui compte cinq [types]. »
Source : Jamʿ al-Jawāmiʿ — Tāj al-Dīn al-Subkī · Kitāb al-Kitāb (bāb al-takhṣīṣ) · Tashnīf al-Masāmiʿ pp. 176-180
Le takhṣīṣ est le complément opérationnel du ʿumūm : la Famille F a établi que les formes générales embrassent tous leurs individus ; ce bāb enseigne comment, et jusqu'où, un dalīl peut en retrancher une partie. L'enjeu pratique est immense : la quasi-totalité des généraux du Qurʾān et de la Sunna ont subi quelque particularisation, au point que les uṣūliyyūn ont forgé l'adage « il n'est pas de ʿāmm qui ne soit makhṣūṣ ». Subkī organise la matière en trois temps que nos cartes 32 à 36 suivront : la définition et ses limites (cette carte), les mukhaṣṣiṣāt muttaṣila — istithnāʾ, sharṭ, ṣifa, ghāya, badal (cartes 33-34) —, les mukhaṣṣiṣāt munfaṣila — ʿaql, ḥiss, textes, qiyās... (carte 35) —, puis les masāʾil transversales (carte 36). Al-Zarkashī note que le mukhaṣṣiṣ au sens propre est l'intention du locuteur (irādat al-mutakallim) ; on n'appelle « mukhaṣṣiṣ » le dalīl qui la manifeste que par extension (majāz) — c'est pourtant ce sens dérivé que vise tout le bāb.
Traduction : « Il n'a pas dit : restriction du mot général — afin d'englober ce dont la généralité est coutumière ou rationnelle, et le mafhūm vu plus haut : le takhṣīṣ l'atteint bien qu'il ne soit pas un mot. Et sache qu'il a dit ici qaṣr, puis dans l'istithnāʾ ikhrāj ; on pourrait s'imaginer que la restriction contredit l'extraction — il n'en est rien : le qaṣr est plus général, tout ikhrāj est un qaṣr et non l'inverse ; l'ikhrāj exige une entrée préalable, réelle ou supposée, tandis que le qaṣr peut être tel, ou bien empêcher l'entrée absolument. »
Ce qui reçoit le takhṣīṣ est un statut établi pour une pluralité — que la pluralité vienne du lafẓ, comme ﴾فَاقْتُلُوا الْمُشْرِكِينَ﴿, ou du sens, comme le mafhūm et la « particularisation de la ʿilla » chez qui l'admet. D'où trois exclusions :
Le critère est l'autonomie : le mukhaṣṣiṣ qui subsiste par lui-même est munfaṣil ; celui dont le sens est suspendu au discours qui le précède est muttaṣil.
« Subkī définit le takhṣīṣ par le qaṣr, puis définira l'istithnāʾ par l'ikhrāj. Y a-t-il contradiction ? Et pourquoi a-t-il écrit "qaṣr al-ʿāmm" plutôt que "qaṣr al-lafẓ al-ʿāmm", et "baʿḍ afrādih" plutôt que "baʿḍ musammayātih" comme Ibn al-Ḥājib ? »