Rafʿ ou bayān d'achèvement · La définition choisie · Réponse à Abū Muslim al-Iṣfahānī · Naskh avant l'acte, vers plus lourd, sans substitut
Avec le naskh s'ouvre le dernier grand chapitre du Kitāb al-Kitāb. Première question, la plus métaphysique : qu'est l'abrogation ? Une levée (rafʿ) du ḥukm antérieur — position d'al-Qāḍī, d'al-Ghazālī et de la plupart des vérificateurs — ou un simple bayān de son terme : le ḥukm s'achevait de lui-même, le nāsikh ne fait que le manifester (l'Ustādh Abū Isḥāq, Imām al-Ḥaramayn) ? Subkī tranche pour le rafʿ et en tire sa définition : « la levée du ḥukm sharʿī par un khiṭāb » — chaque mot excluant un faux cas. Suivent les questions de possibilité : pas de naskh par la raison ni par l'ijmāʿ ; le naskh est advenu selon tous les musulmans — contre les juifs qui crient au badāʾ, et avec le cas singulier d'Abū Muslim al-Iṣfahānī, dont la divergence pourrait n'être que de mots ; le naskh d'une obligation avant qu'on ait pu agir est admis par le jumhūr ; et l'on peut abroger vers plus lourd (ʿĀshūrāʾ → Ramaḍān) comme sans substitut — quoique cela, de fait, ne soit jamais arrivé, comme l'a dit al-Shāfiʿī.
Disponible sur ordinateur
« Le naskh : on a divergé sur sa nature — levée ou éclaircissement ? Le choix retenu : la levée du statut légal par un discours [révélé]. Dès lors, point de naskh par la raison, ni par l'ijmāʿ. Sont permis : le naskh de l'acte avant la capacité [de l'accomplir], le naskh vers un substitut plus lourd, et le naskh sans substitut — lequel toutefois n'est pas advenu, conformément à al-Shāfiʿī. Masʾala : le naskh est advenu, selon tous les musulmans ; Abū Muslim l'a appelé takhṣīṣ — on a dit qu'il divergeait : la divergence est de mots. »
Source : Jamʿ al-Jawāmiʿ — Tāj al-Dīn al-Subkī · Kitāb al-Kitāb (ḥaqīqat al-naskh wa-jawāzuh) · Tashnīf al-Masāmiʿ pp. 207-213
Abū Muslim Muḥammad b. Baḥr al-Iṣfahānī (m. 322/934), exégète muʿtazilite, est resté dans les uṣūl comme « celui qui a nié le naskh ». Zarkashī restitue le dossier avec nuance. Première lecture : Abū Muslim n'aurait nié que le naskh dans le Qurʾān, en s'appuyant sur « le faux ne l'atteint ni par-devant ni par-derrière » (Q 41:42) — l'abrogation serait une forme d'invalidation. Deuxième lecture, retenue par Subkī : sa divergence est purement verbale (khulf lafẓī). Abū Muslim considère que tout ḥukm abrogé était, dans la science d'Allah, borné à un terme — exactement comme un ḥukm borné par le lafẓ (« puis complétez le jeûne jusqu'à la nuit ») ; il appelle donc « takhṣīṣ » (une spécification des temps) ce que le jumhūr appelle naskh. La différence : le jumhūr nomme takhṣīṣ la borne énoncée et naskh la borne révélée après coup — mais sur le fond (le ḥukm cesse au terme voulu par Allah de toute éternité, sans badāʾ), tout le monde est d'accord. La vraie ligne de front n'est pas là : elle est face aux juifs, qui déclarent le naskh impossible parce qu'il impliquerait que Dieu « change d'avis » — confusion entre changement de savoir et changement de maṣlaḥa selon les temps.
Traduction : « La plupart des vérificateurs parmi les uṣūliyyūn tiennent qu'il est une levée — ainsi al-Qāḍī et al-Ghazālī : sans la survenue du naskh, le ḥukm serait demeuré, mais il a cessé par la survenue de l'abrogeant. L'Ustādh Abū Isḥāq, Imām al-Ḥaramayn et la plupart des juristes ont soutenu qu'il est un éclaircissement : le premier discours s'est achevé de lui-même à ce moment-là. »
Subkī distingue quatre cas, qui réconcilient le jumhūr et le « refus » d'al-Shāfiʿī dans la Risāla :
« On dit qu'Abū Muslim al-Iṣfahānī "nie le naskh", et que les juifs le nient aussi. Pourquoi Subkī traite-t-il si différemment ces deux négations — qualifiant la première de divergence purement verbale (khulf lafẓī) et réfutant la seconde par l'argument de la maṣlaḥa changeante ? Qu'est-ce qui, au fond, sépare les deux positions ? »