بِسْمِ ٱللَّهِ ٱلرَّحْمَـٰنِ ٱلرَّحِيمِ

Carte Kitāb N°40

حَقِيقَةُ النَّسْخِ وَجَوَازُهُ

Rafʿ ou bayān d'achèvement · La définition choisie · Réponse à Abū Muslim al-Iṣfahānī · Naskh avant l'acte, vers plus lourd, sans substitut

Avec le naskh s'ouvre le dernier grand chapitre du Kitāb al-Kitāb. Première question, la plus métaphysique : qu'est l'abrogation ? Une levée (rafʿ) du ḥukm antérieur — position d'al-Qāḍī, d'al-Ghazālī et de la plupart des vérificateurs — ou un simple bayān de son terme : le ḥukm s'achevait de lui-même, le nāsikh ne fait que le manifester (l'Ustādh Abū Isḥāq, Imām al-Ḥaramayn) ? Subkī tranche pour le rafʿ et en tire sa définition : « la levée du ḥukm sharʿī par un khiṭāb » — chaque mot excluant un faux cas. Suivent les questions de possibilité : pas de naskh par la raison ni par l'ijmāʿ ; le naskh est advenu selon tous les musulmans — contre les juifs qui crient au badāʾ, et avec le cas singulier d'Abū Muslim al-Iṣfahānī, dont la divergence pourrait n'être que de mots ; le naskh d'une obligation avant qu'on ait pu agir est admis par le jumhūr ; et l'on peut abroger vers plus lourd (ʿĀshūrāʾ → Ramaḍān) comme sans substitut — quoique cela, de fait, ne soit jamais arrivé, comme l'a dit al-Shāfiʿī.

النَّسْخُ : اخْتُلِفَ فِي أَنَّهُ رَفْعٌ أَوْ بَيَانٌ، وَالْمُخْتَارُ رَفْعُ الْحُكْمِ الشَّرْعِيِّ بِخِطَابٍ ؛ فَلَا نَسْخَ بِالْعَقْلِ، وَلَا بِالْإِجْمَاعِ. وَيَجُوزُ نَسْخُ الْفِعْلِ قَبْلَ التَّمَكُّنِ، وَالنَّسْخُ بِبَدَلٍ أَثْقَلَ، وَبِلَا بَدَلٍ لَكِنْ لَمْ يَقَعْ وِفَاقًا لِلشَّافِعِيِّ. مَسْأَلَةٌ : النَّسْخُ وَاقِعٌ عِنْدَ كُلِّ الْمُسْلِمِينَ، وَسَمَّاهُ أَبُو مُسْلِمٍ تَخْصِيصًا، فَقِيلَ : خَالَفَ، فَالْخُلْفُ لَفْظِيٌّ.

« Le naskh : on a divergé sur sa nature — levée ou éclaircissement ? Le choix retenu : la levée du statut légal par un discours [révélé]. Dès lors, point de naskh par la raison, ni par l'ijmāʿ. Sont permis : le naskh de l'acte avant la capacité [de l'accomplir], le naskh vers un substitut plus lourd, et le naskh sans substitut — lequel toutefois n'est pas advenu, conformément à al-Shāfiʿī. Masʾala : le naskh est advenu, selon tous les musulmans ; Abū Muslim l'a appelé takhṣīṣ — on a dit qu'il divergeait : la divergence est de mots. »

Source : Jamʿ al-Jawāmiʿ — Tāj al-Dīn al-Subkī · Kitāb al-Kitāb (ḥaqīqat al-naskh wa-jawāzuh) · Tashnīf al-Masāmiʿ pp. 207-213

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Abū Muslim al-Iṣfahānī, le négateur qui n'en était (peut-être) pas un

Abū Muslim Muḥammad b. Baḥr al-Iṣfahānī (m. 322/934), exégète muʿtazilite, est resté dans les uṣūl comme « celui qui a nié le naskh ». Zarkashī restitue le dossier avec nuance. Première lecture : Abū Muslim n'aurait nié que le naskh dans le Qurʾān, en s'appuyant sur « le faux ne l'atteint ni par-devant ni par-derrière » (Q 41:42) — l'abrogation serait une forme d'invalidation. Deuxième lecture, retenue par Subkī : sa divergence est purement verbale (khulf lafẓī). Abū Muslim considère que tout ḥukm abrogé était, dans la science d'Allah, borné à un terme — exactement comme un ḥukm borné par le lafẓ (« puis complétez le jeûne jusqu'à la nuit ») ; il appelle donc « takhṣīṣ » (une spécification des temps) ce que le jumhūr appelle naskh. La différence : le jumhūr nomme takhṣīṣ la borne énoncée et naskh la borne révélée après coup — mais sur le fond (le ḥukm cesse au terme voulu par Allah de toute éternité, sans badāʾ), tout le monde est d'accord. La vraie ligne de front n'est pas là : elle est face aux juifs, qui déclarent le naskh impossible parce qu'il impliquerait que Dieu « change d'avis » — confusion entre changement de savoir et changement de maṣlaḥa selon les temps.

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Vocabulaire essentiel

نَسْخ naskh
La levée (rafʿ) du statut légal par un discours révélé postérieur. Définition choisie par Subkī sur la base de la thèse du rafʿ.
رَفْع / بَيَان rafʿ / bayān
Les deux lectures du naskh : levée d'un ḥukm qui aurait duré, ou simple manifestation du terme qu'il avait depuis toujours.
بَدَاء badāʾ
« Apparition d'un avis nouveau » — un savoir qui surgirait en Dieu après ignorance. Impossible pour Allah : c'est l'argument central contre les juifs.
قَبْلَ التَّمَكُّنِ qabla l-tamakkun
« Avant la capacité » : abroger une obligation avant que le mukallaf ait pu (ou eu le temps de) l'accomplir. Admis par le jumhūr — cas du sacrifice d'Ismāʿīl.
بَدَلٌ أَثْقَلُ badal athqal
Substitut plus lourd. ʿĀshūrāʾ abrogé par Ramaḍān, la réclusion des fornicatrices par le ḥadd : le naskh peut aggraver.
الْخُلْفُ اللَّفْظِيّ al-khulf al-lafẓī
Divergence de mots, non de fond. Verdict de Subkī sur le « refus » du naskh par Abū Muslim : il dit takhṣīṣ là où nous disons naskh.
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Rafʿ ou bayān — la querelle des deux images

Que fait exactement le nāsikh ?
Le nāsikh lève-t-il un ḥukm qui aurait duré, ou révèle-t-il le terme que le ḥukm portait depuis toujours ? Et ce débat est-il purement verbal ?
Ḥaqīqa Rafʿ / bayān

Les deux thèses et le nœud du débat

  • Rafʿ (la plupart des vérificateurs, al-Qāḍī, al-Ghazālī) : sans la survenue du nāsikh, le ḥukm serait demeuré ; il a cessé par la survenue de l'abrogeant. Le second dalīl est cause de la disparition du premier.
  • Bayān (l'Ustādh Abū Isḥāq, Imām al-Ḥaramayn, la plupart des fuqahāʾ) : le premier khiṭāb s'achevait de lui-même à ce moment — il était borné, dans la science d'Allah, à un terme ; le dalīl nouveau ne fait que manifester ce terme.
  • L'objection des seconds : le ḥukm remonte au kalām d'Allah, qui est qadīm (éternel) — et l'éternel ne se « lève » pas. Réponse : ce qui est levé n'est pas l'essence du ḥukm mais son taʿalluq — son rattachement aux actes des mukallafīn. Tous s'accordent : le ḥukm antérieur a cessé quant à son rattachement, non quant à son essence.
  • Le point résiduel : la cessation du premier s'impute-t-elle à l'existence du second (alors il le « lève »), ou le premier « s'est achevé » de lui-même ? Zarkashī compare : c'est l'analogue du débat de kalām sur la disparition des accidents (par soi ou par le contraire), et du débat de fiqh sur al-zāʾil al-ʿāʾid (ce qui disparaît puis revient : comme s'il n'avait jamais disparu, ou jamais existé ?). D'où l'erreur de qui croit le débat purement verbal : il a des répondants réels en kalām et en fiqh.
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Sharḥ al-Zarkashī — Tashnīf al-Masāmiʿ

Texte clé du commentaire
Le passage qui distribue les camps du rafʿ et du bayān, et l'analyse du taʿalluq qui réconcilie ce qui peut l'être.
Sharḥ Zarkashī

Le passage du Tashnīf

أَكْثَرُ الْمُحَقِّقِينَ مِنَ الْأُصُولِيِّينَ عَلَى أَنَّهُ رَفْعٌ، وَبِهِ قَالَ الْقَاضِي وَالْغَزَالِيُّ، وَمَعْنَاهُ أَنَّهُ لَوْلَا طَرَيَانُ النَّسْخِ لَبَقِيَ الْحُكْمُ، إِلَّا أَنَّهُ زَالَ لِطَرَيَانِ النَّاسِخِ. وَذَهَبَ الْأُسْتَاذُ أَبُو إِسْحَاقَ وَإِمَامُ الْحَرَمَيْنِ وَأَكْثَرُ الْفُقَهَاءِ إِلَى أَنَّهُ بَيَانٌ، وَمَعْنَاهُ أَنَّ الْخِطَابَ الْأَوَّلَ انْتَهَى بِذَاتِهِ فِي ذَلِكَ الْوَقْتِ.

Traduction : « La plupart des vérificateurs parmi les uṣūliyyūn tiennent qu'il est une levée — ainsi al-Qāḍī et al-Ghazālī : sans la survenue du naskh, le ḥukm serait demeuré, mais il a cessé par la survenue de l'abrogeant. L'Ustādh Abū Isḥāq, Imām al-Ḥaramayn et la plupart des juristes ont soutenu qu'il est un éclaircissement : le premier discours s'est achevé de lui-même à ce moment-là. »

Ce que le sharḥ ajoute au matn

  • Le terrain d'entente : tous concèdent que le ḥukm est qadīm en son essence (rattaché au kalām divin) et que c'est son taʿalluq qui cesse ; tous concèdent qu'à l'arrivée du second ḥukm, le premier n'est plus. Le différend est une question d'imputation : « levé par le second » ou « achevé par soi ».
  • Les deux parallèles : en kalām — les accidents (aʿrāḍ) disparaissent-ils d'eux-mêmes ou par survenue du contraire ? en fiqh — al-zāʾil al-ʿāʾid : la chose disparue qui revient reprend-elle son statut comme si elle n'avait jamais disparu ? Qui répond « le retour manifeste la continuité » pense le naskh comme bayān ; qui répond « la disparition a levé le statut » le pense comme rafʿ.
  • Conclusion de Zarkashī : « par là apparaît l'illusion de qui a cru le différend purement verbal » — la querelle des images est une querelle d'ontologie du ḥukm.
2

La définition — « rafʿ al-ḥukm al-sharʿī bi-khiṭāb »

Chaque mot exclut un faux cas
« Ḥukm sharʿī » exclut la permission originelle ; « bi-khiṭāb » exclut la mort, le sommeil… et fonde le refus du naskh par ʿaql ou ijmāʿ.
Définition Quyūd

L'anatomie de la définition

  • « Rafʿ al-ḥukm al-sharʿī » : exclut la levée du mubāḥ bi-ḥukm al-aṣl (le permis par statut originel), qui n'est pas un ḥukm sharʿī. D'où la réfutation de ce qu'on rapporte de Mālik : la parole en ṣalāt aurait été « permise puis abrogée » — non : cette permission initiale ne venait d'aucun khiṭāb, sa cessation n'est pas un naskh. De même, l'institution première d'une obligation, qui « lève » l'exemption rationnelle (barāʾat al-dhimma), n'est pas un naskh.
  • « Bi-khiṭāb » : exclut la levée du ḥukm par le sommeil, l'inattention, la folie, la mort — cessations de fait, sans discours abrogeant. Le mot couvre le naskh par le lafẓ et par le mafhūm, puisque le naskh par mafhūm est admis (voir carte 41).
  • Premier tanbīh — le naskh par l'acte : objection : les imams comptent comme naskh l'abandon par le Prophète ﷺ du wuḍūʾ après la viande cuite — un acte, sans khiṭāb ! Réponse de Subkī (citée par Zarkashī) : l'acte ne lève pas par lui-même, il indique un naskh antérieur — le nāsikh nommé tel dans « le plus récent de ses paroles et actes abroge » désigne ce qui révèle le naskh, non ce qui l'opère. Zarkashī note que cette glose s'écarte de l'apparence des propos de l'école.
  • Second tanbīh — le « mutaʾakhkhir » d'Ibn al-Ḥājib : Ibn al-Ḥājib ajoutait « par un khiṭāb postérieur », pour exclure « priez à chaque zawāl jusqu'à la fin du mois ». Subkī le supprime : la borne énoncée dans le même discours n'est pas une levée du tout — le ḥukm n'est établi qu'avec la fin du discours. « Bi-khiṭāb » suffit, le nāsikh étant nécessairement postérieur à ce qu'il lève.
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Ni par la raison, ni par l'ijmāʿ

Contre al-Rāzī ; la vraie fonction de l'ijmāʿ
« Qui perd ses deux jambes voit abrogé leur lavage » (al-Rāzī) : formule fautive. Et l'ijmāʿ ne lève rien — il révèle un nāsikh qu'il contient.
Sources exclues ʿAql / ijmāʿ

Deux exclusions raisonnées

  • Pas de naskh par le ʿaql : les deux termes du naskh — abrogeant et abrogé — doivent être sharʿī. Al-Rāzī écrit dans le Maḥṣūl que celui dont les jambes sont coupées voit « abrogé » le lavage des jambes : formule madkhūla (défectueuse), dit Subkī — il n'y a là aucun khiṭāb ; la cessation d'un ḥukm par disparition de sa cause (l'incapacité lève l'astreinte) ne se nomme pas naskh. Zarkashī adoucit : la querelle est ici « facile », car elle revient à une question de dénomination.
  • Pas de naskh par l'ijmāʿ : l'ijmāʿ ne se noue qu'après la mort du Prophète ﷺ — or après lui, plus de naskh ; et de son vivant, l'ijmāʿ n'est pas une instance séparée. Si donc un ijmāʿ contredit un naṣṣ antérieur, il ne l'abroge pas : il contient (yataḍammanu) un nāsikh — le mustanad, le dalīl sur lequel les mujtahids se sont accordés. C'est ainsi qu'il faut entendre la parole d'al-Shāfiʿī, rapportée par al-Bayhaqī dans al-Madkhal : le naskh « s'établit par l'ijmāʿ comme par le khabar » — s'établit (preuve), non s'opère (cause).
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Le naskh est advenu — juifs, badāʾ et Abū Muslim

Wāqiʿ ʿinda kull al-muslimīn
Le naskh ne suppose aucun « changement d'avis » divin : la maṣlaḥa change avec les temps, non la science d'Allah. Et la dissidence d'Abū Muslim fond à l'analyse.
Wuqūʿ Badāʾ

La réponse au badāʾ et le cas Abū Muslim

  • L'objection juive : abroger, c'est revenir sur sa parole — donc badāʾ, apparition d'un savoir nouveau, impossible pour Dieu. Réponse : la maṣlaḥa — à supposer qu'on en tienne compte — varie selon les temps et les états, comme un remède utile à une heure et nocif à une autre. Ce n'est pas un savoir qui apparaît, c'est une convenance qui se renouvelle — et Allah savait de toute éternité l'une et l'autre.
  • Abū Muslim al-Iṣfahānī : on lui prête la négation du naskh. Première lecture : il ne l'aurait nié que dans le Qurʾān (à cause de Q 41:42). Seconde lecture, retenue : sa divergence est lafẓī — il tient tout ḥukm abrogé pour borné dans la science d'Allah, comme s'il était borné par le lafẓ, et nomme l'ensemble takhṣīṣ (des temps). Pour lui, aucune différence entre « complétez le jeûne jusqu'à la nuit » et « jeûnez » absolument, quand Allah sait qu'Il dira ensuite « ne jeûnez pas la nuit ». Le jumhūr nomme le premier takhṣīṣ et le second naskh : aucune divergence de sens.
  • Naskh de tout ḥukm ? (annexe, p. 213) : pour nos compagnons, tout ḥukm sharʿī peut être abrogé ; les Muʿtazila exceptent ce qui est bon ou mauvais par soi (connaissance d'Allah, justice — sur la base du taḥsīn ʿaqlī) ; al-Ghazālī refuse le naskh de toutes les obligations à la fois, car il faudrait connaître le nāsikh — ce qui est encore un taklīf. Le mukhtār : possible — mais tous s'accordent que ce n'est pas advenu.
5

Le naskh avant le tamakkun

Abroger avant qu'on ait pu agir
Le jumhūr l'admet — « la parole de tous les gens du vrai » selon al-Qāḍī ; al-Ṣayrafī et la plupart des Ḥanafites refusent. Et une précision de Subkī sur la formulation.
Jawāz Tamakkun

Le débat et sa formulation exacte

  • La thèse : Allah peut ordonner une chose puis l'abroger avant que le mukallaf ait pu l'accomplir. Le jumhūr l'admet — al-Qāḍī, dans al-Taqrīb : « c'est la parole de tous les gens du vrai ». Exemples canoniques : l'ordre d'immoler Ismāʿīl, abrogé avant l'exécution ; les cinquante prières de la nuit du Miʿrāj, ramenées à cinq avant toute accomplissement.
  • Les opposants : al-Ṣayrafī et la plupart des Ḥanafites (rapporté par Ibn al-Samʿānī) : abroger avant l'action montrerait que l'ordre n'avait pas de finalité — soupçon de ʿabath (vanité) ou de badāʾ. Réponse : la finalité peut être l'épreuve même de la résolution (al-ʿazm), comme pour Ibrāhīm — l'obéissance s'éprouve dans l'acceptation, avant tout acte.
  • La précision de formulation : Abū al-Ḥusayn (suivi d'Ibn al-Ḥājib) formule : « naskh avant le temps de l'acte ». Mieux vaut dire, note Zarkashī : « avant qu'un laps suffisant pour l'accomplir se soit écoulé » — pour couvrir le cas où le temps est entré mais où sa mesure ne s'est pas encore écoulée : ce cas appartient bien au débat, et la formule de Subkī (« qabla l-tamakkun ») l'embrasse.
6

Vers plus lourd, et sans substitut

Badal athqal · bi-lā badal
ʿĀshūrāʾ → Ramaḍān, réclusion → ḥadd : le naskh peut aggraver. Sans substitut : possible mais jamais advenu — les quatre cas de figure de Subkī.
Jawāz Badal

Le naskh vers plus lourd

  • Exemples : le jeûne de ʿĀshūrāʾ abrogé par celui de Ramaḍān, plus exigeant ; la réclusion des fornicatrices dans les maisons (Q 4:15) abrogée par le ḥadd. L'aggravation est donc advenue, pas seulement possible.
  • Les opposants : certains au nom de la raison, d'autres au nom du samʿ — dont Ibn Dāwūd ; Ibn Barhān rapporte qu'on l'attribue à al-Shāfiʿī : attribution inexacte. Quant au naskh vers plus léger ou équivalent : aucun différend.

Le naskh sans substitut — la grille de Subkī

Subkī distingue quatre cas, qui réconcilient le jumhūr et le « refus » d'al-Shāfiʿī dans la Risāla :

  • (1) Sa possibilité : admise — seuls quelques Muʿtazila refusent, en définissant le naskh comme « levée et transfert ».
  • (2) Son advenue sans aucun substitut — telle que la situation redevienne comme avant la Loi : cela ne s'est pas produit, et nul ne devrait le contester.
  • (3) Son advenue avec substitut au sens large : c'est le seul mode advenu — soit institution d'un ḥukm contraire (la Kaʿba après Bayt al-Maqdis), soit déclaration de permission de ce qui était obligatoire (l'aumône avant l'entretien avec le Prophète ﷺ, Q 58:12-13, « abrogée » : la permission de ne plus donner est le badal). C'est exactement le sens d'al-Shāfiʿī : on passe toujours d'un ḥukm sharʿī à un ḥukm sharʿī.
  • (4) L'exigence d'un substitut « fondateur d'un ordre nouveau » : condition que d'aucuns prêtent à al-Shāfiʿī — à tort : qui la lui attribue n'a pas compris ce qu'il entendait par badal.
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À retenir

5 principes essentiels
Le socle conceptuel du naskh — à fixer avant d'étudier ses voies.
  • Le naskh est une levée (rafʿ) du rattachement du ḥukm, non un simple bayān de son terme — et le débat n'est pas verbal (parallèles en kalām et en fiqh)
  • Définition : rafʿ al-ḥukm al-sharʿī bi-khiṭāb — exclut la permission originelle (réponse à Mālik), les cessations de fait, et le « mutaʾakhkhir » superflu d'Ibn al-Ḥājib
  • Ni le ʿaql (contre al-Rāzī et son amputé) ni l'ijmāʿ n'opèrent de naskh — ils le révèlent ; l'ijmāʿ contraire « contient » un nāsikh
  • Le naskh est advenu sans badāʾ : la maṣlaḥa change, pas la science d'Allah ; la dissidence d'Abū Muslim est un khulf lafẓī
  • Avant le tamakkun : permis (Ismāʿīl, les 50 prières) ; vers plus lourd : advenu (ʿĀshūrāʾ → Ramaḍān) ; sans substitut : possible mais jamais advenu (al-Shāfiʿī)
?

Question de révision

Tester sa compréhension
Une question simple pour vérifier la maîtrise de la masʾala.

Question

« On dit qu'Abū Muslim al-Iṣfahānī "nie le naskh", et que les juifs le nient aussi. Pourquoi Subkī traite-t-il si différemment ces deux négations — qualifiant la première de divergence purement verbale (khulf lafẓī) et réfutant la seconde par l'argument de la maṣlaḥa changeante ? Qu'est-ce qui, au fond, sépare les deux positions ? »

🧠 Grille mnémotechnique

1
ḤAQĪQA
rafʿ > bayān
taʿalluq levé, pas l'essence
2
DÉFINITION
bi-khiṭāb
ni ʿaql ni ijmāʿ
3
WUQŪʿ
sans badāʾ
Abū Muslim : khulf lafẓī
4
JAWĀZ
3 extensions
tamakkun · athqal · bi-lā badal