Qu'est-ce que le bayān, par quels moyens s'opère-t-il · Le report du bayān · Jamais au-delà du temps de l'acte ; jusqu'à lui : six positions
Le mujmal appelle sa clé : le bayān. Subkī retient la définition d'Abū Bakr al-Ṣayrafī — « faire passer la chose du registre de l'obscurité au registre de la clarté » — et la défend contre les objections d'Ibn al-Ḥājib et d'Imām al-Ḥaramayn. Trois questions s'enchaînent ensuite. Par quoi le bayān s'opère-t-il ? Par la parole sans conteste, mais aussi par l'acte : « priez comme vous m'avez vu prier », « prenez de moi vos rites ». Par quel degré de preuve ? Le probable (maẓnūn) peut éclaircir le certain (maʿlūm) — position des jamāhīr. Enfin, la grande masʾala : jusqu'à quand le bayān peut-il attendre ? Au-delà du temps de l'acte (waqt al-fiʿl, le « temps du besoin ») : cela ne s'est jamais produit, même si la raison ne l'interdit pas absolument ; jusqu'à lui : c'est permis et advenu selon le jumhūr — contre les Muʿtazila, et avec quatre positions intermédiaires qu'al-Zarkashī démêle patiemment.
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« Le bayān : faire passer la chose du registre de l'obscurité au registre de la clarté. Il n'est obligatoire — par accord unanime — qu'envers celui dont on veut qu'il comprenne. L'avis le plus correct est qu'il peut s'opérer par l'acte, et que le probable peut éclaircir le certain. Masʾala : le report du bayān au-delà du temps de l'acte ne s'est pas produit, bien qu'il soit [rationnellement] possible ; et son report jusqu'à ce temps s'est produit, selon la majorité. »
Source : Jamʿ al-Jawāmiʿ — Tāj al-Dīn al-Subkī · Kitāb al-Kitāb (al-bayān wa-taʾkhīruh) · Tashnīf al-Masāmiʿ pp. 204-207
Muḥammad b. ʿAbd Allāh al-Ṣayrafī (m. 330/942), juriste shāfiʿite de Bagdad, compte parmi les tout premiers uṣūliyyūn après al-Shāfiʿī : on lui doit un commentaire de la Risāla et l'un des premiers traités sur le bayān. Sa définition — reprise par Ibn al-Samʿānī puis choisie par Subkī — a traversé les siècles malgré deux objections fameuses. Ibn al-Ḥājib (suivant al-Qāḍī) objecte : un énoncé clair d'emblée, sans ijmāl préalable, ne « sort » de rien — la définition le manquerait. Réponse de Subkī : al-Ṣayrafī refuse précisément d'appeler bayān ce qui naît clair ; le bayān, acte du mubayyin, ne porte que sur ce qui n'était pas limpide — et pour l'auditeur, même l'énoncé initial lève une ignorance antérieure. Imām al-Ḥaramayn objecte ensuite que « ḥayyiz » (registre) est une métaphore, et que le majāz n'entre pas dans les définitions ; Subkī répond que le majāz manifeste y est admis — sinon nulle définition des uṣūl ne survivrait. Ce même Ṣayrafī reparaîtra plus bas… dans le camp des adversaires du taʾkhīr al-bayān, avant sa rétractation rapportée par l'Ustādh Abū Isḥāq.
Nul ne conteste que le bayān s'opère par la parole. Le débat porte sur l'acte — et l'aṣaḥḥ l'admet, preuve à l'appui : le Prophète ﷺ a éclairci la ṣalāt et le ḥajj en les accomplissant, puis a dit : « ṣallū kamā raʾaytumūnī uṣallī » (priez comme vous m'avez vu prier) et « khudhū ʿannī manāsikakum » (prenez de moi vos rites).
Traduction : « Sache qu'il n'y a aucune divergence sur l'advenue du bayān par la parole — la divergence ne porte que sur l'acte… Quant au report du bayān au-delà du temps de l'acte, il n'est pas advenu, bien qu'il soit possible — en vertu de l'admissibilité [rationnelle] de charger de ce qui ne peut être porté. »
« Subkī écrit que le report du bayān au-delà du temps de l'acte est "ghayr wāqiʿ wa-in jāz" — non advenu, bien que possible. Pourquoi refuse-t-il d'écrire "mumtaniʿ" (impossible) comme Ibn al-Ḥājib ? Et pourquoi remplace-t-il "waqt al-ḥāja" par "waqt al-fiʿl" ? Quelles positions théologiques ces deux retouches engagent-elles ? »