Le qiyās est-il une preuve dans la sharīʿa ? · Le consensus dans le dunyawī, la bataille dans le sharʿī · Ẓāhirites, al-Naẓẓām, Shīʿa : la carte des refus
Le qiyās défini (carte 1), il faut le justifier. Subkī procède en deux temps. D'abord un terrain d'accord : dans les affaires de ce monde (médicaments, aliments, voyages), tout le monde raisonne par analogie — al-Rāzī rapporte sur ce point un ittifāq. La bataille porte sur les statuts légaux : là, une cartographie précise des refus s'impose. Certains (une partie des Shīʿa et des Muʿtazila) le déclarent rationnellement impossible ; al-Naẓẓām le dit impossible dans notre sharīʿa en particulier ; Ibn Ḥazm le tient pour interdit par la Loi elle-même ; et de Dāwūd al-Ẓāhirī on rapporte qu'il n'admettrait que le qiyās jalī — attribution que Zarkashī, textes en main, conteste. Face à eux, le jumhūr : le ḥadīth de Muʿādh, la pratique massive et non contestée des ṣaḥāba, et l'argument d'Imām al-Ḥaramayn — les textes sont finis, les cas infinis. Reste une dernière question, délicate : celui qui nie le qiyās sort-il de l'islam ?
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« Il est une preuve (ḥujja) dans les affaires de ce monde — l'Imām [al-Rāzī] a dit : par accord unanime. Quant au reste [les statuts légaux] : un groupe l'a interdit rationnellement (ʿaqlan), Ibn Ḥazm légalement (sharʿan), et Dāwūd [a rejeté] tout qiyās autre que le manifeste (jalī). »
Source : Jamʿ al-Jawāmiʿ — Tāj al-Dīn al-Subkī · Kitāb al-Qiyās (ḥujjiyyat al-qiyās) · Tashnīf al-Masāmiʿ pp. 291-292
La ḥujjiyya du qiyās est l'une des grandes lignes de fracture de l'histoire des uṣūl. Pour le jumhūr — les quatre écoles — le qiyās est le quatrième dalīl, indispensable : Imām al-Ḥaramayn al-Juwaynī va jusqu'à dire que la majeure partie de la sharīʿa en a besoin, tant les textes explicites sont peu nombreux au regard des cas. À l'opposé, l'école ẓāhirite (Dāwūd al-Iṣbahānī, puis Ibn Ḥazm qui composa deux épîtres contre le qiyās) soutient que les textes, pris avec leurs noms et leur langue, couvrent tous les événements — Ibn Ḥazm niant même la valeur du faḥwā al-khiṭāb (l'a fortiori). Zarkashī, citant le Iḥkām d'Ibn Ḥazm et le Taḥṣīl de l'Ustādh Abū Manṣūr al-Baghdādī, corrige au passage l'attribution à Dāwūd de l'acceptation du jalī. Et il conclut avec la voie médiane : les textes règlent la plupart des cas ; pour le reste, le qiyās — surtout le qiyās « fī maʿnā al-aṣl ».
Zarkashī ouvre par une mise au point logique empruntée au Maḥṣūl : si nous savons (avec certitude) que le statut de l'aṣl est causé par tel caractère, et que nous savons que ce caractère existe dans le cas disputé, alors nous savons que le statut s'y trouve — aucun être raisonnable ne le conteste. Le syllogisme certain ne fait débat pour personne.
Traduction : « L'Ustādh Abū Manṣūr [al-Baghdādī] a dit dans le Taḥṣīl : quant à Dāwūd, il a dit : si l'on nous disait "J'ai interdit l'enivrant parce qu'il est sucré", cela n'indiquerait pas l'interdiction d'une autre chose sucrée. » — Autrement dit : même la mention explicite d'un motif ne fonde pas, pour Dāwūd, l'extension du statut à ce qui partage ce motif.
La question prolonge celle, traitée à la fin du Livre de l'ijmāʿ (juste avant notre chapitre, p. 290 du Tashnīf), du statut de celui qui contredit un statut consensuel. Le cadre dégagé là éclaire le cas du négateur du qiyās :
« Quelle différence précise y a-t-il entre le refus du qiyās par al-Naẓẓām et son refus par Ibn Ḥazm — alors que tous deux aboutissent au même rejet pratique ? Et pourquoi Zarkashī juge-t-il que la formule du matn "wa-Dāwūdu ghayra al-jalī" n'est "pas à sa place" ? »