بِسْمِ ٱللَّهِ ٱلرَّحْمَـٰنِ ٱلرَّحِيمِ

Carte Qiyās N°9

الْعِلَّةُ الْقَاصِرَةُ

La ʿilla qui ne sort pas de l'aṣl · Shāfiʿites contre Ḥanafites · Ses quatre utilités · Le taʿlīl par le nom · La muʿāraḍa : ṭuʿm contre kayl

Une ʿilla qui ne dépasse pas le lieu du naṣṣ — comme la jawhariyya (le caractère de métal monétaire) motivant le ribā dans l'or et l'argent — sert-elle à quelque chose ? Les Ḥanafites la déclarent nulle si elle n'est établie ni par naṣṣ ni par ijmāʿ : sans farʿ, elle est sans fruit. Le jumhūr — dont les trois Imāms — la valide : Subkī lui reconnaît quatre utilités, la quatrième étant l'apport de son propre père, le Shaykh al-Imām Taqī al-Dīn : le surcroît de récompense pour qui obéit en visant la ḥikma. Le débat, on l'a vu carte 5, dérive en droite ligne de la définition de la ʿilla. Gravitent autour : le taʿlīl par le maḥall du ḥukm, son juzʾ propre ou son waṣf inséparable — formes nécessairement qāṣira — ; le taʿlīl par le nom (laqab, dérivé, « blanc ») ; puis la grande mécanique de la muʿāraḍa par une autre ʿilla — le kayl opposé au ṭuʿm dans le ribā — avec les quatre ripostes du mustadill, le taʿaddud al-waḍʿ (l'amān de l'esclave) et l'objection par différence de genre de maṣlaḥa. En clôture : la ʿilla consistant en un māniʿ ou en l'absence d'un sharṭ.

وَالْقَاصِرَةُ مَنَعَهَا قَوْمٌ مُطْلَقًا، وَالْحَنَفِيَّةُ إِنْ لَمْ تَكُنْ بِنَصٍّ أَوْ إِجْمَاعٍ، وَالصَّحِيحُ جَوَازُهَا، وَفَائِدَتُهَا مَعْرِفَةُ الْمُنَاسَبَةِ، وَمَنْعُ الْإِلْحَاقِ، وَتَقْوِيَةُ النَّصِّ، قَالَ الشَّيْخُ الْإِمَامُ: وَزِيَادَةُ الْأَجْرِ عِنْدَ الِامْتِثَالِ لِأَجْلِهَا. وَلَا تَعَدِّيَ لَهَا عِنْدَ كَوْنِهَا مَحَلَّ الْحُكْمِ أَوْ جُزْأَهُ الْخَاصَّ أَوْ وَصْفَهُ اللَّازِمَ.

« La [ʿilla] qāṣira : des gens l'ont interdite absolument ; les Ḥanafites, si elle n'est pas [établie] par un naṣṣ ou un ijmāʿ ; et l'avis correct est sa validité. Son utilité : connaître la convenance [du ḥukm], interdire le rattachement, et renforcer le naṣṣ — le Shaykh al-Imām a dit : et le surcroît de récompense lorsqu'on obéit à cause d'elle. Et elle est sans transitivité lorsqu'elle est le lieu même du ḥukm, sa partie propre ou son attribut inséparable. »

Source : Jamʿ al-Jawāmiʿ — Tāj al-Dīn al-Subkī · Kitāb al-Qiyās (al-ʿilla al-qāṣira wa-mā yalīhā) · Tashnīf al-Masāmiʿ pp. 304-312

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Pourquoi cette masʾala couronne la Famille B

La qāṣira est le test décisif de tout ce qui précède. Si la ʿilla n'était qu'un instrument de transport (position ḥanafite : le ḥukm de l'aṣl tient au naṣṣ), une ʿilla sans farʿ serait un pont sans rive — inutile, donc nulle. Mais si la ʿilla est le muʿarrif auquel le ḥukm est rattaché jusque dans l'aṣl (position shāfiʿite, carte 5), alors la qāṣira travaille : elle révèle la munāsaba et rend le ḥukm aimable à la raison ; elle verrouille l'aṣl contre tout qiyās (savoir que la ʿilla du ribā des nuqūd est leur jawhariyya, c'est savoir qu'on n'y rattachera jamais rien) ; elle prête main-forte au naṣṣ ; et — apport du père de Subkī — elle multiplie la récompense de l'imtithāl éclairé. Les Ḥanafites eux-mêmes concèdent la qāṣira textuelle : l'argument « elle est sans fruit » se retourne alors contre eux — le naṣṣ l'aurait désignée en vain ? Cette carte clôt la Famille B en ouvrant sur les masālik (carte 10) : comment prouver qu'un waṣf est ʿilla.

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Vocabulaire essentiel

عِلَّةٌ قَاصِرَة ʿilla qāṣira
ʿIlla « limitée » : qui ne dépasse pas le lieu du naṣṣ (la jawhariyya des nuqūd). S'oppose à la mutaʿaddiya, transitive.
جَوْهَرِيَّة jawhariyya
Le caractère de métal précieux monétaire propre à l'or et l'argent : ʿilla qāṣira type du ribā des nuqūd — déduite, donc contestée par les Ḥanafites.
مَحَلُّ الْحُكْمِ maḥall al-ḥukm
Le substrat même du ḥukm (« l'or est ribawī parce qu'il est or ») : taʿlīl nécessairement qāṣir, admis par la majorité.
تَعْلِيلٌ بِالاسْمِ taʿlīl bi-l-ism
Motiver par le nom (laqab) : admis selon le ṣaḥīḥ — Shāfiʿī l'a pratiqué (« c'est une urine, semblable à l'urine humaine »).
تَعَدُّدُ الْوَضْعِ taʿaddud al-waḍʿ
Riposte de l'objecteur : produire un substitut (khalaf) au waṣf que le mustadill vient d'invalider — la ʿilla se trouve « posée » sur deux bases.
مَانِع / اِنْتِفَاءُ شَرْطٍ māniʿ / intifāʾ sharṭ
Empêchement (l'abuwwa pour le qiṣāṣ) ou absence de condition (l'iḥṣān pour le rajm) : peuvent servir de ʿilla à un ḥukm négatif.
1

Le débat : Shāfiʿites contre Ḥanafites

Validité de la qāṣira
Trois positions : interdite absolument (al-Qāḍī ʿAbd al-Wahhāb étend le khilāf) ; nulle sauf par naṣṣ ou ijmāʿ (Ḥanafites) ; valide (jumhūr, dont les trois Imāms) — avec le retournement de l'argument du « sans fruit ».
Khilāf Jawhariyya

Les positions et l'argument central

  • Si la qāṣira est établie par naṣṣ ou ijmāʿ : le taʿlīl est valide — accord rapporté par plusieurs, dont al-Qāḍī Abū Bakr [al-Bāqillānī] ; mais al-Qāḍī ʿAbd al-Wahhāb étend le khilāf jusque-là : c'est le « manaʿahā qawmun muṭlaqan » du matn
  • Si elle est déduite (mustanbaṭa) : comme la jawhariyya pour le ribā des nuqūd — les Ḥanafites la déclarent nulle, le jumhūr (dont les trois Imāms : Mālik, Shāfiʿī, Aḥmad) la valide, « car elle convient au ḥukm »
  • L'argument ḥanafite : valide, elle serait utile ; or elle est sans utilité — le ḥukm de l'aṣl tient à autre chose qu'elle [au naṣṣ], et elle n'a pas de farʿ puisqu'elle est limitée
  • Le double retournement : (a) l'argument est contredit par la qāṣira textuelle, qu'ils admettent : si « sans fruit » valait, le naṣṣ qui la désigne serait vain et l'ijmāʿ fautif — impensable ; (b) l'utilité ne se réduit pas à fonder un ilḥāq : elle est quadruple (bloc 3)
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Sharḥ al-Zarkashī — Tashnīf al-Masāmiʿ

Texte clé du commentaire
La définition de la qāṣira, l'exemple de la jawhariyya, et la réfutation en règle de l'argument ḥanafite.
Sharḥ Zarkashī

Le passage du Tashnīf — la qāṣira définie et disputée

الْعِلَّةُ الْقَاصِرَةُ هِيَ الَّتِي لَمْ تَتَعَدَّ مَحَلَّ النَّصِّ بَلْ هِيَ مُقْتَصِرَةٌ عَلَيْهِ، إِنْ عُرِفَتْ عِلِّيَّتُهَا بِنَصٍّ أَوْ إِجْمَاعٍ جَازَ التَّعْلِيلُ بِهَا... وَإِنْ عُرِفَتْ عِلِّيَّتُهَا بِغَيْرِهِمَا كَتَعْلِيلِ الرِّبَا فِي النَّقْدَيْنِ بِجَوْهَرِيَّتِهِمَا، فَذَهَبَ الْحَنَفِيَّةُ إِلَى بُطْلَانِهَا، وَذَهَبَ الْجُمْهُورُ — مِنْهُمُ الْأَئِمَّةُ الثَّلَاثَةُ — إِلَى الصِّحَّةِ.

Traduction : « La ʿilla qāṣira est celle qui ne dépasse pas le lieu du naṣṣ mais s'y limite. Si son caractère de ʿilla est connu par un naṣṣ ou un ijmāʿ, le taʿlīl par elle est permis… S'il est connu autrement — comme motiver le ribā dans les deux métaux monétaires par leur jawhariyya — les Ḥanafites concluent à sa nullité, et le jumhūr — dont les trois Imāms — à sa validité. »

Trois apports majeurs du commentaire

  • La naqḍ de l'argument « sans fruit » : « ceci est démoli par la qāṣira [établie] par naṣṣ ou ijmāʿ, que l'adversaire concède : si ce qu'ils disent était vrai, le naṣṣ sur elle serait vain (ʿabath) et l'ijmāʿ sur elle une erreur » — l'argument prouve trop, donc rien.
  • Le réglage de la troisième utilité (taqwiyat al-naṣṣ) : al-Qāḍī Abū Bakr la formule (« ainsi vont deux dalīls réunis sur une masʾala : le ḥukm tient à la ʿilla et au naṣṣ ensemble ») ; Zarkashī la précise : elle vaut quand le naṣṣ est ẓāhir — la ʿilla le « fortifie et le protège du taʾwīl », comme demeurant dans son lieu de textualité ; si le naṣṣ est qāṭiʿ, nulle fortification — ce que l'Imām [al-Juwaynī] énonce dans le Burhān.
  • La quatrième utilité — l'apport familial : « le mukallaf vise l'acte à cause d'elle et obtient deux récompenses : celle de viser l'acte par obéissance, et celle de le viser pour sa ʿilla — il accomplit l'ordonné en tant qu'ordre et pour sa ʿilla. Dhakarahu wālid al-muṣannif » — c'est le Shaykh al-Imām Taqī al-Dīn al-Subkī. Et la conclusion : « ces utilités font éclater la fausseté du mot d'Abū Zayd [al-Dabbūsī] le Ḥanafite : elle ne profite ni en science ni en œuvre ».
2

Les quatre utilités de la qāṣira

La réponse du matn
Connaître la munāsaba ; interdire l'ilḥāq ; renforcer le naṣṣ ; et — apport du père de Subkī — le surcroît de récompense.
Fawāʾid 4 utilités

Le détail des quatre

  • (1) Maʿrifat al-munāsaba : connaître la ḥikma du ḥukm le rend « plus propre à l'acceptation et à la soumission » que ce dont on ignore la convenance — le Muqtariḥ conteste : la sababiyya ne fut pas instituée pour cela mais pour le taʿrīf ; à quoi bon spéculer sur des utilités pour lesquelles la chose ne fut pas instituée ?
  • (2) Manʿ al-ilḥāq : savoir la ʿilla qāṣira, c'est savoir que le qiyās sur cet aṣl est fermé — utilité négative mais bien réelle, symétrique de la mutaʿaddiya qui fonde l'ilḥāq
  • (3) Taqwiyat al-naṣṣ : ʿilla et naṣṣ « se prêtent main-forte » — à régler sur le ẓāhir, non le qāṭiʿ (voir bloc Sharḥ)
  • (4) Ziyādat al-ajr ʿinda al-imtithāl : deux récompenses pour qui obéit en visant aussi la ḥikma — apport du Shaykh al-Imām, écho direct de la règle vue carte 6 (les deux ajr du qiṣāṣ)
3

Maḥall, juzʾ khāṣṣ, waṣf lāzim — et le taʿlīl par le nom

Les qāṣira par nécessité
Trois taʿlīl nécessairement non transitifs (« l'or est ribawī parce qu'il est or ») ; et la triple casuistique du nom : laqab, dérivé, « blanc ».
Maḥall Ism

Trois ʿilal sans transitivité possible

  • Le maḥall du ḥukm : « l'or est ribawī parce qu'il est or » ; « le khamr est interdit parce qu'il est jus de raisin fermenté » — la spécificité du lieu ne se retrouve nulle part ailleurs
  • Son juzʾ propre : le « jus de raisin » seul — partie spécifique de la quiddité ; seule la partie commune (jins) est transitive : motiver la licéité du bayʿ par « contrat de permutation »
  • Son waṣf inséparable : la naqdiyya de l'or et de l'argent ; al-Ghazālī (Mustaṣfā) cite le ṣighar pour la wilāya — exemple critiqué : le ṣighar cesse avec l'âge, il ressemble plutôt à la shidda du khamr
  • Statut : taʿlīl admis par les Aktharūn ; al-Hindī le suspend au sort de la qāṣira (qui admet l'une admet l'autre) ; al-Aṣfahānī rapporte les distinctions (le juzʾ sans le maḥall…) ; et al-Rāzī — le permettre dans la qāṣira non dans la mutaʿaddiya — se voit objecter que le taʿlīl par le maḥall est qāṣir par définition : le tafṣīl est sans objet
  • Hiérarchie utile (tanbīh de Zarkashī) : la qāṣira est plus large que le maḥall : le maḥall est ce pour quoi le lafẓ fut posé (khamr, burr) ; la qāṣira, un waṣf logé dans le lieu du naṣṣ sans que le lafẓ l'ait désigné (naqdiyya) — « tout maḥall est ʿilla qāṣira, toute qāṣira n'est pas un maḥall »

Le taʿlīl par le nom : trois ṣuwar

  • Le laqab (nom brut) : Abū Isḥāq al-Shīrāzī (Lumaʿ) l'admet — « tourbe » et « eau » peuvent porter le taʿlīl ; al-Rāzī rapporte un prétendu accord sur l'interdit (le mot « khamr » comme tel n'a aucun effet — si l'on vise le mukhāmir, c'est un taʿlīl par le waṣf). Le ṣaḥīḥ : la validité, retenue par Ibn al-Samʿānī — et Shāfiʿī l'a pratiquée : « [l'urine de l'animal comestible :] c'est une urine, donc semblable à l'urine humaine » ; Aḥmad, au témoignage du Khiṣāl, en a fait autant
  • Le nom dérivé d'un acte : al-sāriq, al-qātil — validité que Subkī donne pour acquise ; accord contesté : le Taqrīb de Sulaym al-Rāzī garde trace d'un refus global
  • Le nom dérivé d'une qualité : al-abyaḍ, al-aswad — Ibn al-Samʿānī : « ce sont des ʿilal de ressemblance formelle (shabah ṣūrī) : les admet qui argue du shabah ṣūrī »
4

La muʿāraḍa par une autre ʿilla — ṭuʿm contre kayl

Le duel des deux awṣāf
L'objecteur oppose un waṣf non contraire mais concurrent (le kayl au ṭuʿm dans le ribā) : le conflit se déplace vers le farʿ — et tout dépend du taʿaddud al-ʿilal.
Muʿāraḍa Ṭuʿm / kayl

La figure et son enjeu

Les deux adversaires conviennent que le blé est ribawī. Le Shāfiʿite motive par le ṭuʿm et rattache la pomme ; le Ḥanafite objecte : la ʿilla est peut-être le kayl — également munāsib — et alors la pomme n'est pas ribawiyya. Le muʿāriḍ ici n'est pas contraire dans l'aṣl (les deux awṣāf y cohabitent) ; « mais il aboutit au désaccord » dans le farʿ, objet de la disputation. S'attacher à l'un en délaissant l'autre sans préférence serait du taḥakkum — de l'arbitraire.

  • Le soubassement : exiger l'absence du muʿāriḍ non contraire dépend du taʿaddud al-ʿilal (carte 7) — « ṣarraḥa bihi Imām al-Ḥaramayn wa-l-Āmidī » : qui nie le cumul doit éliminer le concurrent ; qui l'admet peut les laisser coexister
  • Conséquence subkienne : Subkī niant le cumul, le simple tarjīḥ suffit : « deux awṣāf aptes à la ʿilliyya : nous nous attachons au plus digne et destituons l'autre » — là où Ibn al-Ḥājib (« lā yakfī rujḥān al-muʿayyan ») exige plus, en cohérence avec son admission du cumul
  • Équité de la charge : l'objecteur n'a pas à prouver l'absence de son waṣf dans le farʿ (sauf, selon un avis, s'il a explicité le farq — il a alors à honorer son engagement), ni à produire un aṣl attestant l'iʿtibār de son waṣf — il ne prétend rien : il bloque
  • Pour la ʿilla mustanbaṭa, en amont : pas de muʿāriḍ munāfin dans l'aṣl (deux awṣāf aux exigences inverses s'y neutralisent sans tarjīḥ — le ṣawm « ʿayn » contre le ṣawm « farḍ » pour le tabyīt) ; quant au muʿāriḍ dans le farʿ, le « qīla » du matn le rétrograde : son absence conditionne le ḥukm dans le farʿ, non la ṣiḥḥa de la ʿilla — « il n'est en rien des qawādiḥ de la ʿilla, bien qu'il soit des qawādiḥ du qiyās » ; Subkī avouait : « rien dans le livre ne m'a été plus ardu que cette masʾala »
5

Les ripostes du mustadill — et les contre-ripostes

Le manuel du disputant
Quatre voies de défense (manʿ, qadḥ, muṭālaba, istiqlāl) ; le taʿaddud al-waḍʿ (l'amān de l'esclave) ; l'objection par différence de genre de maṣlaḥa (le lāʾiṭ et le zānī).
Munāẓara 4 ripostes

Les quatre voies du mustadill

  • (1) Manʿ — nier le waṣf adverse dans l'aṣl : au kayl opposé au ṭuʿm du melon : « je ne concède pas qu'il soit mukīl — la référence est l'usage du temps du Prophète ﷺ, où il se vendait au poids ou à l'unité »
  • (2) Qadḥ — invalider le waṣf adverse : il est caché, non délimité, non apparent, non positif… (les conditions de la carte 6 deviennent des armes)
  • (3) Muṭālaba bi-l-taʾthīr : exiger la preuve de l'efficience du waṣf adverse — voie fermée si le mustadill a établi le sien par sabr : la simple possibilité adverse suffit alors à ruiner le sabr, à lui d'y répondre
  • (4) Bayān al-istiqlāl : montrer par un ẓāhir ou un ijmāʿ que son waṣf opère seul en quelque cas — pourvu qu'il ne vise pas le taʿmīm, sinon il prouverait par le naṣṣ et sortirait du qiyās
  • La voie piégée : « le ḥukm existe là où ton waṣf manque » — suffisante si la ṣūra invoquée contient le waṣf du mustadill (elle détruit l'inʿikās adverse) ; sinon, elle se retourne : pour Subkī, le mustadill « s'est coupé lui-même » (inqiṭāʿ), avouant que sa propre ʿilla manque aussi d'inʿikās

Deux figures avancées

  • Taʿaddud al-waḍʿ : l'amān donné par un esclave : « amān d'un musulman doué de raison, donc valide — comme celui du libre » ; l'objecteur érige la ḥurriyya en partie de la ʿilla ; le mustadill l'ilghāʾ par le cas de l'esclave autorisé à combattre (les Ḥanafites en admettent l'amān) ; l'objecteur produit alors un khalaf : l'idhn y remplace la ḥurriyya comme maẓinna de la disponibilité d'esprit — « l'utilité de l'ilghāʾ s'évanouit » (formule que Subkī préfère au « fasada al-ilghāʾ » d'Ibn al-Ḥājib), sauf au mustadill d'ilghāʾ le khalaf à son tour — mais ni en alléguant son quṣūr (la qāṣira est valide !), ni — s'il a concédé la maẓinna — la faiblesse de son maʿnā
  • Ikhtilāf jins al-maṣlaḥa : « le lāʾiṭ a introduit un farj dans un farj désiré par nature, interdit par la Loi : ḥadd, comme le zānī » — objection : le ḍābiṭ est un, mais la ḥikma diffère (préserver des turpitudes ici, préserver les filiations là) ; or les genres de maṣlaḥa peuvent peser différemment aux yeux de la Loi ; réponse : destituer la spécificité de l'aṣl pour ne garder que le commun — ou montrer que la maṣlaḥa du farʿ égale ou dépasse celle de l'aṣl : le zinā ruine la filiation, le liwāṭ ruine la procréation même
6

Māniʿ, intifāʾ sharṭ — et deux conditions rejetées

Clôture de la série
La ʿilla d'un ḥukm négatif peut être un empêchement (l'abuwwa) ou l'absence d'une condition (l'iḥṣān) sans qu'on doive prouver le muqtaḍī ; et l'on n'exige ni conformité au Ṣaḥābī ni certitude de la ʿilla dans le farʿ.
Māniʿ Sharṭ

Le māniʿ et l'absence de sharṭ comme ʿilla

  • Les exemples : le qiṣāṣ n'est pas dû au père qui tue son enfant — māniʿ : l'abuwwa ; le rajm n'est pas appliqué — sharṭ manquant : l'iḥṣān
  • La question : qui motive ainsi un ḥukm négatif doit-il prouver d'abord que le muqtaḍī (la cause positive : le meurtre, le zinā) existait ? Al-Rāzī et Subkī : non — contre le jumhūr ; sans muqtaḍī, l'absence du ḥukm s'explique d'elle-même, dira-t-on… mais le taʿlīl par le māniʿ reste intelligible
  • La pointe de Zarkashī : l'adversaire peut requalifier — « ce que vous nommez māniʿ est chez moi le muqtaḍī du ḥukm négatif : le meurtre du père est, par sa spécificité, ce qui exige la non-obligation » ; « le khilāf, à l'examen, retourne au verbal »

Deux exigences écartées (rappel des « fausses conditions »)

  • La non-contrariété au madhhab du Ṣaḥābī : exigée par certains — bāṭil : il n'est pas ḥujja, et le fût-il, point prouvé qu'il prime le qiyās
  • La certitude de la ʿilla dans le farʿ : exigée par certains — bāṭil : c'est une prémisse du qiyās parmi d'autres, le ẓann y suffit comme partout
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À retenir

6 principes essentiels
La qāṣira et la muʿāraḍa — clôture de la Famille B.
  • La qāṣira établie par naṣṣ ou ijmāʿ : valide même chez les Ḥanafites ; la mustanbaṭa (jawhariyya) : nulle chez eux, valide chez le jumhūr — le ṣaḥīḥ
  • Ses quatre utilités : munāsaba, manʿ al-ilḥāq, taqwiyat al-naṣṣ (ẓāhir), et la ziyādat al-ajr du Shaykh al-Imām — contre le mot d'Abū Zayd
  • Le taʿlīl par le maḥall, le juzʾ khāṣṣ ou le waṣf lāzim est nécessairement qāṣir — et admis ; par le nom : ṣaḥīḥ pour le laqab (pratique de Shāfiʿī), acquis pour le dérivé d'acte, shabah ṣūrī pour le dérivé de qualité
  • La muʿāraḍa non contraire (kayl contre ṭuʿm) déplace le conflit vers le farʿ ; son traitement dépend du taʿaddud al-ʿilal — pour Subkī, le simple tarjīḥ du waṣf suffit
  • Ripostes du mustadill : manʿ, qadḥ, muṭālaba (sauf sabr), istiqlāl ; gare au taʿaddud al-waḍʿ et à l'ikhtilāf jins al-maṣlaḥa
  • Un māniʿ (abuwwa) ou un sharṭ manquant (iḥṣān) peut motiver le ḥukm négatif sans preuve du muqtaḍī (Rāzī, Subkī) — khilāf au fond verbal
?

Question de révision

Tester sa compréhension
Une question simple pour vérifier la maîtrise — clôture de la Famille B.

Question

« Les Ḥanafites admettent la qāṣira établie par naṣṣ ou ijmāʿ mais rejettent la mustanbaṭa, au motif qu'une ʿilla sans farʿ est sans utilité. Montrez (a) pourquoi cette concession ruine leur propre argument, et (b) comment les quatre utilités énumérées par Subkī se rattachent une à une à la définition de la ʿilla comme muʿarrif (carte 5). »

🧠 Grille mnémotechnique

1
QĀṢIRA
jawhariyya
Ḥanafites ✗ · jumhūr ✓
2
4 FAWĀʾID
+ ziyādat al-ajr
apport du Shaykh al-Imām
3
MUʿĀRAḌA
ṭuʿm vs kayl
tarjīḥ suffit (Subkī)
4
RIPOSTES
du mustadill
manʿ · qadḥ · muṭālaba · istiqlāl