La ʿilla qui ne sort pas de l'aṣl · Shāfiʿites contre Ḥanafites · Ses quatre utilités · Le taʿlīl par le nom · La muʿāraḍa : ṭuʿm contre kayl
Une ʿilla qui ne dépasse pas le lieu du naṣṣ — comme la jawhariyya (le caractère de métal monétaire) motivant le ribā dans l'or et l'argent — sert-elle à quelque chose ? Les Ḥanafites la déclarent nulle si elle n'est établie ni par naṣṣ ni par ijmāʿ : sans farʿ, elle est sans fruit. Le jumhūr — dont les trois Imāms — la valide : Subkī lui reconnaît quatre utilités, la quatrième étant l'apport de son propre père, le Shaykh al-Imām Taqī al-Dīn : le surcroît de récompense pour qui obéit en visant la ḥikma. Le débat, on l'a vu carte 5, dérive en droite ligne de la définition de la ʿilla. Gravitent autour : le taʿlīl par le maḥall du ḥukm, son juzʾ propre ou son waṣf inséparable — formes nécessairement qāṣira — ; le taʿlīl par le nom (laqab, dérivé, « blanc ») ; puis la grande mécanique de la muʿāraḍa par une autre ʿilla — le kayl opposé au ṭuʿm dans le ribā — avec les quatre ripostes du mustadill, le taʿaddud al-waḍʿ (l'amān de l'esclave) et l'objection par différence de genre de maṣlaḥa. En clôture : la ʿilla consistant en un māniʿ ou en l'absence d'un sharṭ.
Disponible sur ordinateur
« La [ʿilla] qāṣira : des gens l'ont interdite absolument ; les Ḥanafites, si elle n'est pas [établie] par un naṣṣ ou un ijmāʿ ; et l'avis correct est sa validité. Son utilité : connaître la convenance [du ḥukm], interdire le rattachement, et renforcer le naṣṣ — le Shaykh al-Imām a dit : et le surcroît de récompense lorsqu'on obéit à cause d'elle. Et elle est sans transitivité lorsqu'elle est le lieu même du ḥukm, sa partie propre ou son attribut inséparable. »
Source : Jamʿ al-Jawāmiʿ — Tāj al-Dīn al-Subkī · Kitāb al-Qiyās (al-ʿilla al-qāṣira wa-mā yalīhā) · Tashnīf al-Masāmiʿ pp. 304-312
La qāṣira est le test décisif de tout ce qui précède. Si la ʿilla n'était qu'un instrument de transport (position ḥanafite : le ḥukm de l'aṣl tient au naṣṣ), une ʿilla sans farʿ serait un pont sans rive — inutile, donc nulle. Mais si la ʿilla est le muʿarrif auquel le ḥukm est rattaché jusque dans l'aṣl (position shāfiʿite, carte 5), alors la qāṣira travaille : elle révèle la munāsaba et rend le ḥukm aimable à la raison ; elle verrouille l'aṣl contre tout qiyās (savoir que la ʿilla du ribā des nuqūd est leur jawhariyya, c'est savoir qu'on n'y rattachera jamais rien) ; elle prête main-forte au naṣṣ ; et — apport du père de Subkī — elle multiplie la récompense de l'imtithāl éclairé. Les Ḥanafites eux-mêmes concèdent la qāṣira textuelle : l'argument « elle est sans fruit » se retourne alors contre eux — le naṣṣ l'aurait désignée en vain ? Cette carte clôt la Famille B en ouvrant sur les masālik (carte 10) : comment prouver qu'un waṣf est ʿilla.
Traduction : « La ʿilla qāṣira est celle qui ne dépasse pas le lieu du naṣṣ mais s'y limite. Si son caractère de ʿilla est connu par un naṣṣ ou un ijmāʿ, le taʿlīl par elle est permis… S'il est connu autrement — comme motiver le ribā dans les deux métaux monétaires par leur jawhariyya — les Ḥanafites concluent à sa nullité, et le jumhūr — dont les trois Imāms — à sa validité. »
Les deux adversaires conviennent que le blé est ribawī. Le Shāfiʿite motive par le ṭuʿm et rattache la pomme ; le Ḥanafite objecte : la ʿilla est peut-être le kayl — également munāsib — et alors la pomme n'est pas ribawiyya. Le muʿāriḍ ici n'est pas contraire dans l'aṣl (les deux awṣāf y cohabitent) ; « mais il aboutit au désaccord » dans le farʿ, objet de la disputation. S'attacher à l'un en délaissant l'autre sans préférence serait du taḥakkum — de l'arbitraire.
« Les Ḥanafites admettent la qāṣira établie par naṣṣ ou ijmāʿ mais rejettent la mustanbaṭa, au motif qu'une ʿilla sans farʿ est sans utilité. Montrez (a) pourquoi cette concession ruine leur propre argument, et (b) comment les quatre utilités énumérées par Subkī se rattachent une à une à la définition de la ʿilla comme muʿarrif (carte 5). »