Ce que doit être le ḥukm de départ · Muttafaq ʿalayh, non dévié, non composé · Et les conditions-miroirs du ḥukm du farʿ
Le qiyās transporte un ḥukm ; encore faut-il que ce ḥukm de départ soit transportable. Cette carte rassemble les conditions du ḥukm al-aṣl et leurs miroirs côté farʿ. Côté aṣl : le ḥukm ne doit pas être maʿdūl bihi ʿan sanan al-qiyās (dévié du cours de l'analogie, comme les ʿarāyā exceptées du ribā) ; son dalīl ne doit pas couvrir déjà le farʿ (sinon, pourquoi l'un serait-il aṣl plutôt que l'autre ?) ; il doit être agréé — entre toute la umma ou, selon l'aṣaḥḥ, entre les deux adversaires — d'où la théorie du qiyās murakkab, le qiyās « composé », jugé irrecevable. Côté farʿ : son ḥukm doit recevoir la ʿilla en entier (d'où le qiyās al-adwan : la pomme sur le blé), correspondre au ḥukm de l'aṣl en essence ou en genre, ne pas être déjà établi par un naṣṣ — sauf pour « l'entraînement du regard » — et ne pas être antérieur au ḥukm de l'aṣl (le wuḍūʾ ne se prouve pas par le tayammum). Enfin, trois conditions exigées par certains sont rejetées : ni naṣṣ global préalable, ni absence de naṣṣ concordant, ni certitude du ḥukm de l'aṣl.
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« [Parmi les conditions :] que le ḥukm soit agréé — on a dit : entre la umma, et l'avis le plus correct : entre les deux adversaires, sans qu'il soit requis que la umma soit en désaccord… Et [le ḥukm du farʿ] ne doit pas être établi par un texte concordant — contrairement à qui admet deux dalīls — ni par un texte discordant, sauf pour l'exercice du regard ; ni être antérieur au ḥukm de l'aṣl. »
Source : Jamʿ al-Jawāmiʿ — Tāj al-Dīn al-Subkī · Kitāb al-Qiyās (ḥukm al-aṣl wa-shurūṭuh) · Tashnīf al-Masāmiʿ pp. 296-299
Deux logiques gouvernent cette série. Une logique démonstrative : le qiyās ne prouve que si son point d'appui est ferme — un ḥukm contesté par l'adversaire obligerait le qāʾis à le prouver d'abord, et la disputation glisserait « d'une masʾala à une autre » ; un ḥukm dévié du cours de l'analogie (exception, taʿabbud pur) n'a pas de maʿnā transportable. Une logique d'économie : si le dalīl de l'aṣl couvre déjà le farʿ, ou si le farʿ a déjà son naṣṣ, le qiyās est superflu — au mieux un exercice (tajribat al-naẓar), un entraînement de l'esprit. Al-Zarkashī précise chaque frontière : ce qui n'est pas « entré » dans la règle n'en est pas « sorti » ; deux dalīls peuvent converger sur un même ḥukm pour en augmenter la force ; et le qiyās demeure, face au naṣṣ contraire, structurellement second.
On ne fait pas de qiyās sur un ḥukm « dévié du cours de l'analogie », car la taʿdiya (le transport du maʿnā) y est impraticable. Zarkashī précise la définition : le maʿdūl bihi est ce qui est sorti du maʿnā, non le maʿnā lui-même. D'où deux cas :
Traduction : « C'est pourquoi nous disons : lorsque le naṣṣ et le qiyās s'opposent, le naṣṣ est préféré — or ils ne s'opposent que s'ils sont tous deux valides [en eux-mêmes]. L'utilité du qiyās est alors l'entraînement et la gymnastique de l'esprit dans les masāʾil — rien d'autre. »
Si le ḥukm de l'aṣl peut être nié par l'adversaire, le qāʾis devra l'établir d'abord — et la disputation deviendra un déplacement « d'une masʾala à une autre ». D'où la condition, puis le débat sur son périmètre :
Exemple canonique : prouver l'obligation de la niyya dans le wuḍūʾ par qiyās sur le tayammum — or le tayammum ne fut prescrit qu'après la Hijra, le wuḍūʾ avant : le ḥukm du farʿ serait établi avant que n'existe la ʿilla, puisque l'aṣl est postérieur.
« Dans le qiyās murakkab al-aṣl (les bijoux de la femme adulte rattachés à ceux de la fillette), montrez précisément pourquoi “l'accord des deux adversaires sur le ḥukm de l'aṣl” ne suffit pas à faire aboutir le qiyās : quelles sont les deux échappatoires dont dispose toujours l'adversaire, et en quoi diffèrent-elles dans le murakkab al-waṣf (le taʿlīq du ṭalāq avant le nikāḥ) ? »