بِسْمِ ٱللَّهِ ٱلرَّحْمَـٰنِ ٱلرَّحِيمِ

Carte Qiyās N°11

الْمُنَاسَبَةُ وَالْإِخَالَةُ

Le cinquième maslak — takhrīj al-manāṭ · Ḍarūrī, ḥājī, taḥsīnī · Muʾaththir, mulāʾim, mulghā, mursal — et les maṣāliḥ mursala

Cœur doctrinal des masālik, la munāsaba — dite aussi ikhāla, et son extraction takhrīj al-manāṭ — est la voie par laquelle le mujtahid détermine la ʿilla en exhibant une appropriation entre le waṣf et le ḥukm : ainsi l'iskār pour l'interdiction du khamr, étendue au nabīdh — l'exemple même du qiyās que combattirent les Ẓāhirites. Subkī construit ici une double cartographie. D'abord par force du maqṣūd : le munāsib est ḍarūrī (les cinq — pour Subkī, six — nécessités), ḥājī ou taḥsīnī, chacun avec ses compléments (mukammilāt). Ensuite par témoignage du Législateur : le waṣf considéré (muʿtabar) — muʾaththir ou mulāʾim —, le waṣf invalidé (mulghā) — l'exemple fameux du roi à qui l'on prescrit deux mois de jeûne plutôt qu'un affranchissement trop facile —, et le waṣf laissé sans témoignage : le mursal, dont Mālik fait une preuve et que les Shāfiʿites n'admettent qu'encadré. Al-Zarkashī y ajoute la question de l'inkhirām : la munāsaba se brise-t-elle par une mafsada équivalente ?

الْخَامِسُ : الْمُنَاسَبَةُ وَالْإِخَالَةُ، وَيُسَمَّى اسْتِخْرَاجُهَا تَخْرِيجَ الْمَنَاطِ، وَهُوَ تَعْيِينُ الْعِلَّةِ بِإِبْدَاءِ مُنَاسَبَةٍ مَعَ الِاقْتِرَانِ وَالسَّلَامَةِ عَنِ الْقَوَادِحِ، كَالْإِسْكَارِ. وَالْمُنَاسِبُ ضَرُورِيٌّ فَحَاجِيٌّ فَتَحْسِينِيٌّ، وَالضَّرُورِيُّ كَحِفْظِ الدِّينِ فَالنَّفْسِ فَالْعَقْلِ فَالنَّسَبِ فَالْمَالِ وَالْعِرْضِ. ثُمَّ إِنَّ الْمُنَاسِبَ إِنِ اعْتُبِرَ بِنَصٍّ أَوْ إِجْمَاعٍ عَيْنُ الْوَصْفِ فِي عَيْنِ الْحُكْمِ فَالْمُؤَثِّرُ، وَإِنْ لَمْ يُعْتَبَرْ بِهِمَا بَلْ بِتَرْتِيبِ الْحُكْمِ عَلَى وَفْقِهِ وَلَوْ بِاعْتِبَارِ جِنْسِهِ فِي جِنْسِهِ فَالْمُلَائِمُ، وَإِنْ لَمْ يُعْتَبَرْ : فَإِنْ دَلَّ الدَّلِيلُ عَلَى إِلْغَائِهِ فَلَا يُعَلَّلُ بِهِ، وَإِلَّا فَهُوَ الْمُرْسَلُ.

« La cinquième [voie] : la munāsaba — l'ikhāla — dont l'extraction se nomme takhrīj al-manāṭ : c'est la détermination de la ʿilla en exhibant une appropriation, avec la concomitance et l'indemnité des vices invalidants — comme l'enivrement. Le munāsib est nécessaire, puis relevant du besoin, puis de l'embellissement ; le nécessaire : comme la préservation de la religion, puis de la vie, puis de la raison, puis de la filiation, puis des biens — et de l'honneur. Puis le munāsib : si le waṣf même est considéré dans le ḥukm même par un naṣṣ ou un ijmāʿ, c'est le muʾaththir ; s'il n'est pas considéré par eux mais par l'ordonnancement du ḥukm conformément à lui — fût-ce son genre dans son genre — c'est le mulāʾim ; et s'il n'est pas considéré : si une preuve montre son invalidation, on ne motive pas par lui ; sinon, c'est le mursal. »

Source : Jamʿ al-Jawāmiʿ — Tāj al-Dīn al-Subkī · Kitāb al-Qiyās (al-munāsaba wa-l-ikhāla) · Tashnīf al-Masāmiʿ pp. 317-322

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Pourquoi ce maslak est le cœur du qiyās

Avec la munāsaba, on quitte les voies où la cause est donnée (ijmāʿ, naṣṣ, īmāʾ) pour celle où elle est extraite par le regard — « c'est l'istinbāṭ qiyāsī sur lequel la divergence fut immense, et que rejetèrent les gens du Ẓāhir », note Zarkashī. Le nom même est parlant : ikhāla, car en considérant le waṣf « on conjecture » (yukhālu) qu'il est la cause ; takhrīj al-manāṭ, car le mujtahid « fait sortir » ce à quoi le ḥukm est suspendu. C'est ici que les uṣūl rejoignent les maqāṣid al-sharīʿa : les cinq nécessités — religion, vie, raison, filiation, biens — auxquelles Subkī, après al-Ṭūfī, ajoute l'honneur (al-ʿirḍ), protégé par le ḥadd du qadhf, en s'appuyant sur le sermon de l'adieu : « vos sangs, vos biens et votre honneur vous sont sacrés ». Zarkashī cite aussi une fāʾida d'ʿIzz al-Dīn b. ʿAbd al-Salām tirée de ses Fawāʾid — preuve que la lignée maqāṣidienne (Ghazālī → ʿIzz al-Dīn → Subkī père et fils) traverse tout ce chapitre.

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Vocabulaire essentiel

الْمُنَاسَبَةُ / الْإِخَالَةُ munāsaba / ikhāla
L'appropriation entre waṣf et ḥukm, telle que l'ordonnancement du second sur le premier réalise un maqṣūd (obtenir un bien, repousser un mal).
الْمَظِنَّةُ al-maẓinna
Le siège présumé de la ḥikma : quand celle-ci est cachée ou insaisissable, on suspend le ḥukm à son corrélat apparent — le voyage pour la mashaqqa.
الْمُؤَثِّرُ al-muʾaththir
Le munāsib dont le waṣf même est attesté dans le ḥukm même par naṣṣ ou ijmāʿ — le plus fort des muʿtabar.
الْمُلَائِمُ al-mulāʾim
Le munāsib attesté indirectement : waṣf même dans le genre du ḥukm, genre dans le ḥukm même, ou genre dans le genre.
الْمُلْغَى al-mulghā
Le waṣf approprié en apparence mais que le Législateur a invalidé — il est exclu du taʿlīl par accord.
الْمُرْسَلُ al-mursal
Le waṣf « laissé sans attache » : ni considéré ni invalidé par le Législateur — d'où les maṣāliḥ mursala et leur célèbre controverse.
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Définir le munāsib — quatre définitions, une maẓinna

Le concept et son outil
Quatre définitions concurrentes du munāsib ; et quand la ḥikma est cachée ou insaisissable, on lui substitue sa maẓinna.
Taʿrīf Maẓinna

Les quatre définitions rapportées par Zarkashī

  • (a) « Ce qui convient aux actes des êtres raisonnables selon l'usage » — comme on dit : cette perle convient à cette perle. Définition que Subkī met en tête : elle évite de « motiver » les actes d'Allah — fidèle à la position ashʿarite du refus du taʿlīl obligatoire
  • (b) « Ce qui apporte un profit ou repousse un dommage » — entendu pour le serviteur, le Seigneur étant exalté au-dessus du profit et du dommage ; définition retenue seule par le Minhāj d'al-Bayḍāwī
  • (c) Abū Zayd al-Dabūsī : « ce que les esprits, si on le leur soumettait, accueilleraient avec acceptation » — d'où sa conséquence : utilisable par le mujtahid (nāẓir), mais fragile en disputation, l'adversaire pouvant répondre « mon esprit ne l'accueille pas » ; al-Ḥākim corrige : le critère est l'accueil des esprits sains et des natures droites
  • (d) Al-Āmidī et Ibn al-Ḥājib : « un waṣf apparent et saisissable (ẓāhir munḍabiṭ) dont l'ordonnancement du ḥukm sur lui réalise rationnellement ce qui peut être un maqṣūd du Législateur » — obtention d'une maṣlaḥa ou rejet d'une mafsada
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Les degrés de réalisation du maqṣūd

Certain, probable, douteux, improbable
Le but du ḥukm s'obtient avec certitude (bayʿ), probabilité (qiṣāṣ), à égalité (ḥadd du buveur) ou contre toute attente (nikāḥ de la femme ménopausée).
Marātib Maqṣūd

Quatre rangs — et la position de Subkī

  • (1) Réalisation certaine : le bayʿ — la vente valide produit la propriété, son maqṣūd, à coup sûr
  • (2) Réalisation probable : le qiṣāṣ pour la dissuasion (inzijār) — il raréfie le meurtre sans l'empêcher toujours
  • (3) Réalisation et non-réalisation à égalité : le ḥadd du buveur pour la préservation de la raison — ceux qui s'abstiennent et ceux qui s'y risquent s'équivalent à peu près (exemple d'Ibn al-Ḥājib ; le Badīʿ juge même qu'il n'y a pas d'exemple rigoureux)
  • (4) Non-réalisation prépondérante : le nikāḥ de l'āyisa (femme ménopausée) au regard du maqṣūd de procréation — possible rationnellement, improbable selon l'usage

Le tranchement : les deux premiers rangs fondent le taʿlīl par accord ; pour les troisième et quatrième, al-aṣaḥḥ chez Subkī — avec Ibn al-Ḥājib — est la validité : la preuve en est le qaṣr accordé au voyageur de luxe (mutaraffih), chez qui la mashaqqa fait défaut — le simple iḥtimāl du maqṣūd suffit donc.

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Ḍarūrī, ḥājī, taḥsīnī — les maqāṣid et leurs mukammilāt

La hiérarchie des intérêts
Les six nécessités (avec l'ajout subkien du ʿirḍ), le rang du besoin, l'embellissement — et les compléments de chaque degré.
Maqāṣid Ḍarūriyyāt

Les trois degrés

  • Le ḍarūrī : ce dont la perte ruine un pilier de la vie religieuse ou sociale. Les cinq protections classiques avec leurs sanctions : le dīn (répression de l'apostasie et des propagandistes de l'innovation), la nafs (qiṣāṣ), le ʿaql (ḥadd du buveur), le nasab (ḥadd du zinā), le māl (peine du voleur et du brigand). Subkī ajoute un sixième : le ʿirḍ (l'honneur), protégé par le ḥadd du qadhf — appui : le sermon de l'adieu (« vos sangs, vos biens et votre honneur vous sont sacrés ») ; al-Ṭūfī l'avait également retenu. Zarkashī discute son rang : au niveau des biens, au-dessous, ou gradué — les atteintes touchant les filiations étant plus graves que celles touchant les biens
  • Son mukammil : la surenchère protectrice — le ḥadd pour la petite quantité d'enivrant (le peu détruit déjà une part de la raison), la répression de l'innovation, l'interdiction du regard et du toucher pour le nasab
  • Le ḥājī : la vente, le louage, le qirāḍ — leur perte ne ruine aucune nécessité, mais le besoin y appelle. Imām al-Ḥaramayn éleva même le bayʿ au rang de ḍarūra ; et certains ḥājī montent au nécessaire : le louage d'une nourrice pour l'enfant. Son mukammil : le khiyār dans la vente, institué pour la réflexion
  • Le taḥsīnī : deux espèces — celui qu'aucune règle établie ne contrarie (priver l'esclave de l'aptitude à témoigner : la shahāda est un rang éminent qui ne sied pas à sa condition) ; et celui qu'une règle contrarie (la kitāba : embellissement reçu malgré la règle qu'on ne vend pas son bien contre son propre bien)
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Muʾaththir, mulāʾim, mulghā, mursal

Le témoignage du Législateur
Considéré par naṣṣ/ijmāʿ (muʾaththir), par concordance (mulāʾim — trois figures), invalidé (mulghā — le roi affranchisseur), ou laissé libre (mursal).
Taqsīm Iʿtibār

La grille waṣf × ḥukm

Tout se joue sur deux axes : le waṣf est-il considéré en son espèce (ʿayn) ou en son genre (jins), et dans l'espèce ou le genre du ḥukm ?

  • Muʾaththir — ʿayn dans ʿayn, par naṣṣ ou ijmāʿ : par naṣṣ, le toucher du membre pour le ḥadath (« man massa dhakarahu fa-l-yatawaḍḍaʾ ») ; par ijmāʿ, le ṣighar pour la tutelle des biens. La causalité est si établie qu'on se dispense de chercher la munāsaba
  • Mulāʾim — par simple ordonnancement concordant, trois figures : (a) ʿayn du waṣf dans le jins du ḥukm : le ṣighar fondant la tutelle de mariage, par concordance avec la tutelle des biens ; (b) jins du waṣf dans le ʿayn du ḥukm : la mashaqqa (genre) opérant dans la dispense de prière — totale pour la menstruée, partielle pour le voyageur ; (c) jins dans jins : le ḥadd du buveur aligné sur le ḥadd du qadhf — l'ivresse étant maẓinna de la calomnie, le genre « maẓinna » a opéré dans le genre « ḥurma »
  • Hiérarchie interne : l'effet de l'espèce dans le genre prime celui du genre dans l'espèce, qui prime le genre dans le genre
  • Mulghā : invalidé par le Législateur — aucun taʿlīl possible, par accord
  • Mursal : ni considéré ni invalidé — c'est le terrain des maṣāliḥ mursala, traité au bloc suivant
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Sharḥ al-Zarkashī — Tashnīf al-Masāmiʿ

Texte clé du commentaire
L'exemple du roi : une fatwā « appropriée » que le Législateur invalide — le mulghā par excellence.
Sharḥ Zarkashī

Le passage du Tashnīf — l'exemple du roi

الثَّانِي : قَدْ يُعْلَمُ أَنَّ الشَّارِعَ أَلْغَاهُ فَلَا يُعَلَّلُ بِهِ بِالِاتِّفَاقِ، كَقَوْلِ بَعْضِهِمْ لِبَعْضِ الْمُلُوكِ — وَقَدْ سَأَلَهُ عَنْ وِقَاعِهِ فِي رَمَضَانَ — فَأَفْتَاهُ بِصَوْمِ شَهْرَيْنِ مُتَتَابِعَيْنِ، وَقَالَ : لَوْ أَفْتَيْتُهُ بِالْعِتْقِ لَاسْتَحْقَرَهُ لِاتِّسَاعِ مَالِهِ، وَانْتَهَكَ حُرْمَةَ الشَّرْعِ كُلَّمَا شَاءَ، فَكَانَتِ الْمَصْلَحَةُ فِي الصَّوْمِ لِيَنْزَجِرَ.

Traduction : « Le deuxième [cas] : on peut savoir que le Législateur a invalidé [le waṣf] — alors on ne motive pas par lui, par accord. Ainsi la parole d'un savant à un roi qui l'interrogeait sur son rapport conjugal en Ramaḍān : il lui prescrivit deux mois de jeûne consécutifs, en disant : "si je lui avais prescrit l'affranchissement, il l'aurait tenu pour peu de chose, vu l'étendue de sa fortune, et il aurait violé la sacralité de la Loi autant qu'il l'aurait voulu ; la maṣlaḥa était donc dans le jeûne, afin qu'il soit dissuadé." »

Pourquoi cette fatwā est rejetée

Le raisonnement du muftī — attribué par la tradition à Yaḥyā b. Yaḥyā al-Laythī devant l'émir d'al-Andalus — est munāsib en apparence : le jeûne dissuade mieux le riche que l'affranchissement. Mais, dit Zarkashī, « bien qu'approprié, le Législateur l'a invalidé » : les textes imposent l'ordre des kaffārāt (affranchissement, puis jeûne, puis nourriture) à tout mukallaf indistinctement, sans différencier riche et pauvre. Substituer la « maṣlaḥa » au tartīb textuel, c'est légiférer contre le texte au nom de l'esprit du texte — exactement ce que le système des masālik veut interdire.

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Les maṣāliḥ mursala — Mālik, Juwaynī, Ghazālī

La controverse du mursal
Mālik l'admet absolument ; l'Imām des deux sanctuaires « faillit » le suivre tout en le dénonçant ; la majorité refuse ; al-Ghazālī encadre : ḍarūriyya, kulliyya, qaṭʿiyya.
Khilāf Maṣlaḥa

Quatre positions

  • (1) Rejet absolu : la position du plus grand nombre — un waṣf sans témoignage du Législateur ne fonde rien
  • (2) Acceptation absolue — Mālik : la maṣlaḥa engendre le ẓann de la causalité. Juwaynī le critique avec véhémence dans le Burhān : « ce que nous récusons de sa doctrine, c'est son laisser-aller dans l'istiṣwāb sans mesure » — jusqu'à lui prêter la maxime terrible : « je tuerais le tiers de la communauté pour préserver ses deux tiers ». Et pourtant, note Subkī, l'Imām « faillit le rejoindre » (kāda yuwāfiquhu) tout en criant au scandale — car lui-même admet le retour aux maṣāliḥ ressemblant à ce qui est attesté, position qu'il fait remonter à al-Shāfiʿī
  • (3) Distinction — al-Abyārī (Sharḥ al-Burhān) : recevable dans les transactions, mariages et litiges où le sens approprié transparaît ; irrecevable dans les ʿibādāt, où l'on ne s'appuie pas sur les significations proches — et ce serait là, dit-il, le vrai madhhab de Mālik
  • (4) Encadrement — al-Ghazālī, repris par al-Bayḍāwī : la maṣlaḥa est reçue si elle est ḍarūriyya (nulle autre voie), kulliyya (touchant la communauté entière), qaṭʿiyya (réalisée à coup sûr). Cas d'école : le tatarrus — les ennemis se font un bouclier de prisonniers musulmans ; les viser, c'est tuer un innocent, mais s'en abstenir livre la communauté entière
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L'inkhirām — la munāsaba brisée par une mafsada

Masʾala de clôture
Une mafsada égale ou supérieure ruine-t-elle la munāsaba ? Oui pour Ibn al-Ḥājib et Subkī ; non pour al-Rāzī et al-Bayḍāwī.
Masʾala Inkhirām

Le débat et son enjeu

Le matn : « la munāsaba se brise (tankharim) par une mafsada concomitante prépondérante ou égale — contrairement à l'Imām [al-Rāzī] ». Si le waṣf porte une maṣlaḥa pure ou prépondérante, sa munāsaba est unanime. Mais s'il entraîne une mafsada égale ou supérieure :

  • Brisure — Ibn al-Ḥājib, al-Ṣafī al-Hindī, Subkī : la raison ne juge plus le waṣf approprié au ḥukm ; il perd tout effet
  • Maintien — al-Rāzī, al-Bayḍāwī : la munāsaba subsiste en soi ; seule la mise en œuvre est suspendue par l'opposant
  • Clé de lecture de Zarkashī : tout dépend du takhṣīṣ al-ʿilla — qui interdit la spécification de la cause doit exiger la prépondérance pour reconnaître la munāsaba ; qui l'autorise, et impute l'absence du ḥukm à un māniʿ malgré le muqtaḍī, doit reconnaître la munāsaba même contrariée
  • Furūʿ : le voyageur qui prend la route longue sans but ne raccourcit pas la prière — la munāsaba (mashaqqa du voyage) est brisée par l'absence de tout gharaḍ légitime
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À retenir

6 principes essentiels
L'armature de la munāsaba — le maslak le plus riche de la liste.
  • La munāsaba (ikhāla, takhrīj al-manāṭ) détermine la ʿilla en exhibant une appropriation, avec concomitance et indemnité des qawādiḥ — paradigme : l'iskār pour le khamr, étendu au nabīdh
  • Si la ḥikma est cachée ou insaisissable, le ḥukm est suspendu à sa maẓinna — le safar pour la mashaqqa
  • Le munāsib se hiérarchise : ḍarūrī (six nécessités avec le ʿirḍ ajouté par Subkī) → ḥājītaḥsīnī, chacun flanqué de ses mukammilāt
  • Par témoignage du Législateur : muʾaththir (ʿayn dans ʿayn par naṣṣ/ijmāʿ) → mulāʾim (trois figures de concordance) → mulghā (l'exemple du roi) → mursal
  • Sur le mursal : Mālik accepte, la majorité refuse, al-Ghazālī encadre (ḍarūriyya kulliyya qaṭʿiyya — le tatarrus) ; Subkī réplique que cette maṣlaḥa-là est en réalité attestée, donc reçue à coup sûr
  • La munāsaba se brise par une mafsada égale ou prépondérante (Ibn al-Ḥājib, Subkī) — contre al-Rāzī ; l'enjeu sous-jacent est le takhṣīṣ al-ʿilla
?

Question de révision

Tester sa compréhension
Une question simple pour vérifier la maîtrise de la grille du munāsib.

Question

« La fatwā donnée au roi (deux mois de jeûne plutôt qu'un affranchissement "trop facile") repose sur une maṣlaḥa réelle : la dissuasion. Pourquoi est-elle néanmoins rejetée par accord, alors que la maṣlaḥa du tatarrus — viser le bouclier humain pour sauver la communauté — est, elle, reçue ? Situez chacune dans la grille muʿtabar / mulghā / mursal. »

🧠 Grille mnémotechnique

1
MUNĀSABA
= takhrīj al-manāṭ
iskār → khamr → nabīdh
2
3 DEGRÉS
ḍarūrī · ḥājī · taḥsīnī
5+1 maqāṣid (ʿirḍ)
3
4 STATUTS
muʾaththir · mulāʾim · mulghā · mursal
le roi → mulghā
4
MURSAL
Ghazālī : 3 conditions
ḍarūriyya kulliyya qaṭʿiyya