Briser le pont entre aṣl et farʿ · « La chose la plus juriste qui court dans le naẓar » · L'opposition par une autre ʿilla — dans l'aṣl ou dans le farʿ
Le farq est, pour al-Shīrāzī, « la chose la plus juriste qui court dans le naẓar : par lui se connaît le fiqh de la question ». Le muʿtariḍ ne nie rien — il montre que l'aṣl possède un maʿnā propre que le farʿ n'a pas (ou inversement) : le pont du jamʿ s'effondre. Subkī le ramène à la muʿāraḍa : opposition d'une autre ʿilla dans l'aṣl (le ḥukm y a une autre cause) ou dans le farʿ (un māniʿ ou une cause inverse s'y trouve) — beaucoup d'anciens exigeaient les deux à la fois. Est-il qādiḥ ? Un suʾāl ou deux ? Imām al-Ḥaramayn donne la clé : son but propre n'est pas d'opposer mais de contredire le jamʿ. La carte couvre aussi l'amont et l'aval du farq : en amont, les quatre qadḥ de la munāsaba (l'opposition d'une mafsada, l'inaptitude de l'ifḍāʾ — avec le célèbre débat sur l'interdiction perpétuelle par muṣāhara —, le défaut d'inḍibāṭ, le défaut de ẓuhūr), tous résolus « par le bayān » ; en aval, la divergence des ḍābiṭ entre aṣl et farʿ (les faux témoins condamnés à mort valent-ils le contraignant ?) et la question des aṣl multiples : suffit-il au muʿtariḍ de séparer le farʿ d'un seul d'entre eux ?
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« Parmi [les qawādiḥ] : le farq — il revient à la muʿāraḍa dans l'aṣl ou dans le farʿ ; on a dit : aux deux ensemble. L'avis correct est qu'il est qādiḥ, même si l'on a dit qu'il constitue deux questions… Et parmi elles : l'attaque contre la munāsaba, contre l'aptitude du ḥukm à conduire au but visé, contre la délimitation [du waṣf] et contre sa manifestation — leur réponse à toutes : l'exposition (bayān). »
Source : Jamʿ al-Jawāmiʿ — Tāj al-Dīn al-Subkī · Kitāb al-Qiyās (al-farq wa-l-muʿāraḍa) · Tashnīf al-Masāmiʿ pp. 336-338 et 341-342
Exemple directeur (Zarkashī) : le Ḥanafite, sur le tabyīt de l'intention — « jeûne déterminé, donc il s'acquitte par une intention formée avant le zénith, comme le surérogatoire ». Le farq : « le maʿnā de ton aṣl n'est pas le tien : le nafl est bâti sur la facilité, d'où la tolérance de l'intention tardive — rien de tel dans le farḍ ». L'aṣl avait sa raison propre ; le pont est coupé. Subkī, en ramenant le farq à la muʿāraḍa, s'épargne d'en définir le régime : il suit celui de la muʿāraḍa — dans l'aṣl (autre ʿilla du ḥukm) ou dans le farʿ (māniʿ ou cause contraire). Beaucoup d'anciens exigeaient la double opposition : qui ne sépare que d'un côté n'a pas « fait le farq ». Mais Imām al-Ḥaramayn voit plus profond : le farq contient une muʿāraḍa sans s'y réduire — « son secret et sa pointe propre, c'est de contredire le principe même du jamʿ ». D'où l'enjeu du débat « un suʾāl ou deux » (Ibn Surayj : deux — opposition à la ʿilla de l'aṣl, puis à celle du farʿ) : si c'est un suʾāl au but unique (couper le jamʿ), il est reçu absolument ; si c'est deux, on a cumulé des questions de rangs différents — et certains le rejettent pour cela.
Traduction : « Imām al-Ḥaramayn mentionne que [le farq], bien qu'il comporte une muʿāraḍa, n'a pas pour visée l'opposition : son but est la contradiction du jamʿ. Le propos du farq est donc au-delà de la muʿāraḍa — sa propriété et son secret, c'est de contredire le principe même de la mise en commun. »
L'exemple : « les témoins du faux dans un procès capital : ils ont causé volontairement la mort, donc qiṣāṣ — comme celui qui contraint (mukrih) ». Le muʿtariḍ : le ḍābiṭ du farʿ est la shahāda, celui de l'aṣl l'ikrāh — l'égalité des deux enveloppes dans la garde de la ḥikma n'est pas acquise, le rattachement chancelle. Au fond, dit Zarkashī, cela revient à nier la présence de la ʿilla de l'aṣl dans le farʿ — « défaut de confiance dans le jāmiʿ ».
« Pourquoi Zarkashī juge-t-il le farq qādiḥ "absolument" lorsqu'il opère dans le farʿ, mais suspendu au débat sur le taʿlīl bi-ʿillatayn lorsqu'il opère dans l'aṣl ? Illustrez avec l'exemple du tabyīt (le nafl "bâti sur la facilité"). »