Retourner le qiyās contre son auteur · Les deux objections du fin escrimeur · Concéder le dalīl en maintenant le litige
Voici les deux objections les plus élégantes du jadal. Le qalb (retournement) : le muʿtariḍ ne touche ni à la ʿilla ni à l'aṣl du mustadill — il prend son qiyās tel quel et montre qu'il prouve contre lui. Même aṣl, même jāmiʿ, conclusion inverse : « ton témoin dépose pour moi ». Subkī en dresse la typologie : qalb pour établir la thèse du muʿtariḍ (la vente du fuḍūlī, l'iʿtikāf), qalb pour détruire la thèse du mustadill — expressément (le masḥ de la tête) ou par implication (le khiyār al-ruʾya dans la vente de la chose absente) — et le qalb al-musāwāt, contesté par al-Qāḍī. Le qawl bi-l-mūjab (concession du conclu) : le muʿtariḍ accorde tout ce que le dalīl établit… et montre que le litige reste entier — le dalīl a prouvé autre chose que le point disputé. Son témoin coranique : ﴾وَلِلَّهِ الْعِزَّةُ وَلِرَسُولِهِ وَلِلْمُؤْمِنِينَ﴿ — oui, le plus puissant expulsera le plus vil : la prémisse des hypocrites est concédée, leur conclusion renversée. S'y rattache une règle d'or du débat : le muʿtariḍ est cru sur son maʾkhadh — il connaît mieux que personne le fondement de sa propre doctrine.
Disponible sur ordinateur
« Parmi [les qawādiḥ] : le qalb — la prétention que ce dont [le mustadill] a argumenté, dans cette question et sous cette face, dépose contre lui et non pour lui, à supposer qu'il soit valide ; de là vient qu'il est compatible avec la concession de sa validité. On a dit : c'est une concession absolue de la validité ; on a dit : une invalidation absolue… Et parmi elles : le qawl bi-l-mūjab — son témoin : ﴾La puissance appartient à Allah, à Son Messager et aux croyants﴿ en réponse à ﴾le plus puissant en expulsera certes le plus vil﴿ — et c'est la concession du dalīl avec maintien du litige. »
Source : Jamʿ al-Jawāmiʿ — Tāj al-Dīn al-Subkī · Kitāb al-Qiyās (al-qalb wa-l-qawl bi-l-mūjab) · Tashnīf al-Masāmiʿ pp. 333-336
La définition de Subkī est ciselée, et Zarkashī en démonte chaque pièce : « dans la question » — exclut le dalīl retourné dans une autre question, qui ne serait pas un qalb ; « sous cette face » — exclut le retournement par une autre lecture du même texte (le mustadill argue de la ḥaqīqa, le muʿtariḍ du majāz) ; « s'il est valide » — le qalb fonctionne par concession conditionnelle, d'où la compatibilité avec le taslīm. Al-Āmidī distinguait : le dalīl qui dépose contre lui seulement — rare dans les qiyās, fréquent dans les textes, comme le ḥadīth « le khāl hérite de qui n'a pas d'héritier » que le Shāfiʿite retourne contre le Ḥanafite : c'est une négation emphatique, comme « la faim est la provision de qui n'a pas de provision » — et celui qui dépose contre lui et pour lui. Sur la nature du qalb, trois lectures s'affrontent : concession de validité (alors c'est une muʿāraḍa, réglée par tarjīḥ), invalidation absolue (le « témoin véreux » : qui dépose pour toi et contre toi ne vaut rien), ou la voie médiane de Subkī. Et l'enjeu n'est pas académique : selon qu'on le dit muʿāraḍa ou iʿtirāḍ, changent le droit d'ajouter à la ʿilla, l'ordre de présentation et l'accès au tarjīḥ.
« Sur l'avis choisi : il est reçu — muʿāraḍa en cas de concession [de la validité du dalīl], qādiḥ en son absence. » Si le muʿtariḍ concède le jāmiʿ, son qalb est une contre-argumentation par le même qiyās : on en sort par le tarjīḥ ; sinon, c'est une objection qui invalide. Et l'on rapporta : « un témoin véreux — il dépose pour toi et contre toi » (shāhid zūr).
Le Shāfiʿite : « contrat sur le droit d'autrui sans wilāya ni procuration, donc invalide — comme l'achat pour autrui sans son ordre ». Le muʿtariḍ retourne le même qiyās : « disposition du bien d'autrui sans wilāya ni procuration, donc elle ne vaut pas pour celui à qui on l'a rapportée — comme l'achat » : car l'achat non autorisé, justement, vaut — mais pour l'acheteur (le fuḍūlī), non pour celui au nom duquel il a acheté. Même aṣl, conclusion qui établit la thèse adverse et ruine expressément celle du mustadill.
Le Ḥanafite : « séjour en un lieu déterminé, donc pas une qurba par lui-même — comme la station de ʿArafa » ; son but caché : faire du jeûne une condition de l'iʿtikāf, qu'il ne peut énoncer faute d'aṣl. Le Shāfiʿite retourne : « séjour en un lieu déterminé, donc le jeûne n'y est pas une condition — comme la station de ʿArafa ». Le qalb atteint la cible réelle sans détruire la lettre de la thèse adverse — il « brise l'intention » du qiyās.
Le Ḥanafite : « organe du wuḍūʾ, donc on ne se contente pas du minimum que couvre le nom [du masḥ] — comme le visage ». Le Shāfiʿite retourne : « organe du wuḍūʾ, donc son essuyage n'est pas fixé au quart — comme le visage ». Même aṣl (le visage), même jāmiʿ (organe du wuḍūʾ) : la conclusion détruit mot pour mot la doctrine ḥanafite du quart.
Le Ḥanafite, pour la vente de la chose absente : « contrat commutatif, donc valide malgré l'ignorance de la contre-valeur — comme le nikāḥ ». Le Shāfiʿite retourne : « … donc le khiyār al-ruʾya n'y est pas requis — comme le nikāḥ ». Or quiconque valide cette vente impose le khiyār al-ruʾya : le khiyār est le lāzim de la validité. Nier le lāzim, c'est nier le malzūm — la validité tombe par implication.
Subkī y rattache — « contrairement à al-Qāḍī [al-Bāqillānī] » — le retournement par l'égalité. Le Ḥanafite : « purification par un liquide, donc sans niyya requise — comme l'élimination de la najāsa ». Réplique : « alors que solide et liquide y soient à égalité quant à la niyya — comme pour la najāsa » ; or l'égalité, dans le farʿ, donne le contraire de sa thèse [le tayammum exigeant la niyya de l'aveu de tous]. Reçu par la majorité — al-Ustādh Abū Isḥāq, Imām al-Ḥaramayn, al-Shīrāzī — rejeté par al-Qāḍī et Ibn al-Samʿānī : on n'y peut énoncer le ḥukm de la ʿilla, l'aṣl donnant une négation et le farʿ une affirmation. Subkī retient la recevabilité : le jāmiʿ est l'égalité elle-même, et elle est commune.
Traduction : « Al-mūjab, avec fatḥa sur le jīm : dire ce que le dalīl du mustadill a établi et exigé — tandis que le mūjib, avec kasra, est le dalīl qui exige le ḥukm… De cela relève la noble āya : c'est-à-dire — il est vrai, ce qu'ils disent, que le plus puissant expulsera le plus vil ; mais le litige demeure : car la puissance appartient à Allah, à Son Messager et aux croyants — c'est donc Allah et Son Messager qui vous expulseront. »
Le Shāfiʿite, sur le meurtre à l'objet contondant : « meurtre par ce qui tue ordinairement, donc il ne s'oppose pas au qiṣāṣ — comme le feu ». Le Ḥanafite : « concédé ! la non-opposition n'est pas notre litige et n'implique pas le qiṣāṣ : le litige porte sur l'obligation du qiṣāṣ — qui n'est ni la non-opposition ni son corollaire ». Le dalīl a conclu un point voisin du litige, non le litige.
Même question : « la disparité dans le moyen n'empêche pas le qiṣāṣ — comme la disparité dans la fin ». Le Ḥanafite : « concédé encore ! mais détruire ce māniʿ supposé n'établit pas l'obligation : il resterait à exclure tout autre māniʿ, à vérifier toutes les conditions et l'existence du muqtaḍī — et mon école ne fonde d'ailleurs pas son refus sur la disparité du moyen ». Détruire ce qu'on croit être le fondement adverse ne suffit pas.
Le mustadill tait une prémisse non notoire par peur du manʿ : « tout ce qui est qurba requiert la niyya, comme la ṣalāt » — en taisant « or le wuḍūʾ est une qurba ». Le muʿtariḍ : « concédé — mais une seule prémisse ne conclut pas » : qawl bi-l-mūjab. S'il l'avait énoncée, il ne s'exposait plus qu'au manʿ de la ṣughrā ou de la kubrā. Si la mineure est notoire, elle vaut énoncée — l'objection ne porte plus.
« Dans le débat sur le meurtre au muthaqqal, le Ḥanafite répond une fois par le qawl bi-l-mūjab ("concédé, mais le litige demeure") ; dans la vente de la chose absente, le Shāfiʿite répond par le qalb ("ton aṣl, le nikāḥ, dépose contre toi"). Qu'est-ce qui distingue fondamentalement ces deux gestes — et pourquoi le qalb interdit-il au muʿtariḍ de nier la ʿilla dans l'aṣl ou le farʿ, selon al-Hindī ? »