بِسْمِ ٱللَّهِ ٱلرَّحْمَـٰنِ ٱلرَّحِيمِ

Carte Ijmāʿ N°5

إِجْمَاعُ أَهْلِ الْمَدِينَةِ وَغَيْرُهُ

L'accord d'une partie de la umma vaut-il ijmāʿ ? · Madīna, ahl al-bayt, les califes, les shaykhayn · Et la divergence d'un seul

La définition exige l'accord du mujtahid de la umma — toute la umma. Que valent alors les accords partiels que l'histoire a investis d'un prestige particulier ? Subkī les énumère et les disqualifie d'un seul mot : ghayr ḥujja — l'ijmāʿ des gens de Médine (contre l'école de Mālik), celui des ahl al-bayt (contre les Shīʿites et leur lecture du verset de la purification), celui des quatre califes, celui des shaykhayn Abū Bakr et ʿUmar (malgré le ḥadīth « iqtadū »), celui des gens des deux sanctuaires (La Mecque et Médine) et des deux métropoles (Kūfa et Baṣra). La raison est chaque fois la même : « ils ne sont pas toute la umma ». À cette série, la carte joint deux masāʾil sœurs : la prétention des Ẓāhirites de réserver l'ijmāʿ aux seuls Ṣaḥāba, et la grande question du quorum — l'accord de presque tous, avec la divergence d'un ou deux mujtahids, est-il un ijmāʿ ? Subkī recense sept positions, et Zarkashī en ajoute deux.

وَأَنَّ إِجْمَاعَ كُلٍّ مِنْ أَهْلِ الْمَدِينَةِ وَأَهْلِ الْبَيْتِ وَالْخُلَفَاءِ الْأَرْبَعَةِ وَالشَّيْخَيْنِ وَأَهْلِ الْحَرَمَيْنِ وَأَهْلِ الْمِصْرَيْنِ ـ الْكُوفَةِ وَالْبَصْرَةِ ـ غَيْرُ حُجَّةٍ ... وَأَنَّهُ لَا بُدَّ مِنَ الْكُلِّ وَعَلَيْهِ الْجُمْهُورُ، وَثَانِيهَا : يَضُرُّ الِاثْنَانِ، وَثَالِثُهَا : الثَّلَاثَةُ، وَرَابِعُهَا : بَالِغُ عَدَدِ التَّوَاتُرِ

« Et que l'ijmāʿ de chacun — des gens de Médine, des gens de la Maison, des quatre califes, des deux shaykhs, des gens des deux sanctuaires et des gens des deux métropoles, Kūfa et Baṣra — n'est pas une preuve… Et qu'il faut la totalité — c'est la position de la majorité ; deuxième avis : deux [opposants] nuisent ; troisième : trois ; quatrième : [seulement] ce qui atteint le nombre du tawātur. »

Source : Jamʿ al-Jawāmiʿ — Tāj al-Dīn al-Subkī · Kitāb al-Ijmāʿ (al-ijmāʿāt al-khāṣṣa) · Tashnīf al-Masāmiʿ pp. 280-282

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Mālik et l'ijmāʿ de Médine — que voulait-il dire ?

L'imam Mālik b. Anas (m. 179 H) tient le ʿamal des gens de Médine pour une preuve — mais Zarkashī recense les lectures divergentes de ses propres disciples : la plupart prennent la thèse au pied de la lettre (l'ijmāʿ de Médine est ḥujja) ; d'autres la réduisent à un tarjīḥ — la transmission médinoise prévaut sur celle des autres en cas de conflit, et al-Shāfiʿī lui-même, dans le qadīm, inclinait à préférer la riwāya des Médinois ; d'autres y voient une simple priorité de suivi sans interdiction de diverger ; d'autres enfin restreignent la thèse aux Ṣaḥāba de Médine, ou aux tābiʿīn et à leurs suivants. La mise au point décisive est d'Ibn Daqīq al-ʿĪd : « Ce que nous tenons pour certain — et rien d'autre n'est exact — c'est que leur savoir fait autorité dans ce qui relève de la transmission [continue] et de ce que l'usage rend manifeste — car si cela avait changé, le changement et son moment se seraient sus — mais non dans les questions d'ijtihād » ; il ajoute qu'il n'est guère de question controversée hors de Médine qui ne l'ait aussi été parmi les Médinois.

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Vocabulaire essentiel

إِجْمَاعٌ خَاصّ ijmāʿ khāṣṣ
Accord d'un sous-groupe prestigieux de la umma. Règle de Subkī : « ghayr ḥujja » — ils ne sont pas toute la umma.
أَهْلُ الْبَيْت ahl al-bayt
La famille du Prophète ﷺ. Les Shīʿites fondent la ḥujjiyya de leur accord sur le verset de la purification.
الشَّيْخَانِ al-shaykhān
Abū Bakr et ʿUmar. Certains arguent du ḥadīth « iqtadū bi-lladhayna min baʿdī » pour faire de leur accord une ḥujja.
النَّادِر al-nādir
L'opposant isolé face à la masse des mujmiʿūn. Sa divergence empêche-t-elle l'ijmāʿ ? Jusqu'à neuf positions.
الْعَوْل al-ʿawl
Réduction proportionnelle des parts successorales. Le khilāf d'Ibn ʿAbbās à son sujet : exemple type du nādir toléré.
1

La règle — « ils ne sont pas toute la umma »

Le principe qui disqualifie les six
Tous ces accords partiels sont « ghayr ḥujja », car la ʿiṣma est attestée à la umma entière — et c'est le ʿumūm de « mujtahid al-umma » qui le prouve.
Principe Ghayr ḥujja

Une seule raison pour six cas

Zarkashī précise la syntaxe du matn — « ghayr ḥujja » est l'attribut (khabar) de toute l'énumération — puis donne la raison unique : « on sait, du ʿumūm de mujtahid al-umma, que l'ijmāʿ de ceux qui sont cités n'est pas une preuve, car ils ne sont pas toute la umma » (li-annahum laysū kulla al-umma). Les textes de la ʿiṣma visent la communauté entière ; en isoler un fragment, si éminent soit-il, c'est changer de fondement.

  • Les six accords disqualifiés : Médine · ahl al-bayt · les quatre califes · les shaykhayn · les gens des deux ḥaram (La Mecque et Médine) · les gens des deux miṣr (Kūfa et Baṣra)
  • Chacun a eu son défenseur : Mālik pour Médine ; les Shīʿites pour ahl al-bayt ; Abū Ḥāzim le ḥanafite pour les quatre califes ; « un groupe » pour les shaykhayn ; pour les deux derniers, al-Ghazālī rapporte le khilāf d'« une faction » — fondé sur la concentration des Ṣaḥāba dans ces villes, ce qui ramène en réalité ce khilāf à la thèse ẓāhirite (l'ijmāʿ des Ṣaḥāba), « en plus restreint »
  • Une élégance de rédaction : Subkī dit « les quatre califes » là où Ibn al-Ḥājib disait « les quatre imams » — formulation plus claire pour désigner Abū Bakr, ʿUmar, ʿUthmān et ʿAlī, sans équivoque avec les imams éponymes des madhāhib
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Sharḥ al-Zarkashī — Tashnīf al-Masāmiʿ

Texte clé du commentaire
La réfutation de l'argument shīʿite par le verset de la purification : contexte de révélation et grammaire du masculin englobant.
Sharḥ Zarkashī

Le passage du Tashnīf — ahl al-bayt et le verset

وَالثَّانِي خَالَفَ فِيهِ الشِّيعَةُ مُحْتَجِّينَ بِقَوْلِهِ تَعَالَى : ﴿إِنَّمَا يُرِيدُ اللَّهُ لِيُذْهِبَ عَنكُمُ الرِّجْسَ أَهْلَ الْبَيْتِ﴾ فَنَفَى الْخَطَأَ. وَأُجِيبَ : بِأَنَّهَا نَزَلَتْ فِي الْأَزْوَاجِ لِدَفْعِ التُّهْمَةِ عَنْهُنَّ، وَسِيَاقُهَا يَدُلُّ عَلَى ذَلِكَ. فَإِنْ قِيلَ : لَوْ كَانَ الْمُرَادُ الْأَزْوَاجَ لَقِيلَ : عَنْكُنَّ، قُلْنَا : لِأَنَّهُ أَرَادَ مَعَهُنَّ غَيْرَهُنَّ مِنَ الذُّكُورِ كَعَلِيٍّ وَالْحَسَنِ وَالْحُسَيْنِ، وَإِذَا اشْتَمَلَ الْجَمْعُ عَلَى مُذَكَّرٍ وَمُؤَنَّثٍ غُلِّبَ الْمُذَكَّرُ.

Traduction : « Le deuxième [accord particulier] : les Shīʿites y ont divergé, arguant de Sa parole : "Allah veut seulement écarter de vous la souillure, ô gens de la Maison" — la faute serait ainsi niée [à leur sujet]. On a répondu : le verset est descendu au sujet des épouses, pour écarter d'elles le soupçon, et son contexte l'indique. Si l'on objecte : s'il visait les épouses, il dirait ʿankunna [au féminin] — nous répondons : c'est qu'Il a visé, avec elles, d'autres qu'elles parmi les hommes, comme ʿAlī, al-Ḥasan et al-Ḥusayn ; or quand un pluriel embrasse masculin et féminin, le masculin l'emporte — comme dans : "Vous étonnez-vous de l'ordre d'Allah ? Miséricorde d'Allah et bénédictions sur vous, gens de la Maison." »

L'argumentaire en trois temps

  • L'argument adverse : le verset « écarte le rijs » des ahl al-bayt → il leur nie l'erreur → leur accord est infaillible → ḥujja.
  • Réponse contextuelle : le siyāq (versets aux épouses du Prophète ﷺ, sourate al-Aḥzāb) montre qu'il s'agit d'écarter la tuhma des épouses — un propos d'honneur, pas un brevet d'infaillibilité doctrinale.
  • Réponse grammaticale : le masculin pluriel ʿankum s'explique par l'inclusion de ʿAlī, al-Ḥasan et al-Ḥusayn aux côtés des épouses — règle du taghlīb — et le parallèle coranique (Hūd, 73) le confirme.
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Les califes, les shaykhayn et le ḥadīth « iqtadū »

Le prestige n'est pas la ʿiṣma
L'accord des quatre califes (Abū Ḥāzim) et celui d'Abū Bakr et ʿUmar (« imitez les deux d'après moi ») : pourquoi ces textes prouvent l'excellence, non la ḥujjiyya.
Califes Iqtadū

Deux prétentions, une même réponse

  • Les quatre califes : Abū Ḥāzim, parmi les Ḥanafites, a soutenu la ḥujjiyya de leur accord — appuyé notamment sur le ḥadīth du devoir de suivre « ma sunna et la sunna des califes bien guidés ». Réponse : ces textes établissent leur éminence et la légitimité de leur voie, non l'infaillibilité de leur accord en tant que tel ; eux-mêmes admettaient qu'on diverge d'eux par ijtihād.
  • Les shaykhayn : « un groupe » s'est fondé sur la parole prophétique « اقْتَدُوا بِاللَّذَيْنِ مِنْ بَعْدِي أَبِي بَكْرٍ وَعُمَرَ » — « prenez exemple sur les deux qui viennent après moi : Abū Bakr et ʿUmar ». Réponse classique : l'ordre d'imiter vaut recommandation de leur guidance, il ne fait pas de leur accord une source du droit ; sinon les Ṣaḥāba n'auraient jamais divergé d'eux — or ils l'ont fait.
  • Ḥaramayn et miṣrayn : le motif allégué — la concentration des Ṣaḥāba dans ces quatre villes — révèle, dit Zarkashī, que ce khilāf « revient en réalité » à la thèse ẓāhirite réservant l'ijmāʿ aux Ṣaḥāba, « sauf qu'il est plus restreint qu'elle ».
3

Les Ẓāhirites — l'ijmāʿ réservé aux Ṣaḥāba ?

Khilāfan li-l-Ẓāhiriyya
Pour Dāwūd et Ibn Ḥazm, seul l'ijmāʿ des Ṣaḥāba fait preuve ; Subkī : les preuves de la ḥujjiyya ne distinguent pas entre les époques.
Époques Ẓāhiriyya

La thèse et ses raisons

  • La règle de Subkī : « l'ijmāʿ n'est pas propre aux Ṣaḥāba » — car les preuves de sa ḥujjiyya « ne distinguent pas entre une époque et une autre ».
  • La thèse ẓāhirite, par Ibn Ḥazm lui-même (cité dans le Tashnīf) : « Dāwūd et nos compagnons tiennent que l'ijmāʿ est l'ijmāʿ des Ṣaḥāba seulement » — car l'ijmāʿ procède d'un tawqīf (un enseignement reçu), et les Ṣaḥāba sont ceux qui ont assisté au tawqīf.
  • Leurs deux raisons pour les générations suivantes : (a) elles ne peuvent certes s'accorder sur une erreur — le ḥadīth « une partie de ma communauté ne cessera de faire triompher la vérité » l'en préserve — mais (b) l'étendue des contrées et le nombre rendent impossible de recenser leurs avis : « qui prétend [y être parvenu], son mensonge n'échappe à personne ».
  • Lien avec la carte 1 : Subkī avait déjà désamorcé l'argument — le khilāf ne tient pas aux époques en elles-mêmes mais aux gens de l'époque ; et la carte 2 a répondu à l'argument du recensement impossible.
4

La divergence d'un seul — lā budda min al-kull

Sept positions (plus deux)
Faut-il l'accord de tous ? Le jumhūr dit oui. Les autres tolèrent un opposant, deux, jusqu'au seuil du tawātur — ou requalifient l'accord majoritaire en simple ḥujja.
Quorum 7+2 avis

Le tableau des positions

  • (1) Il faut la totalité — le jumhūr et Subkī : un seul opposant suffit à empêcher l'ijmāʿ, car la ʿiṣma appartient au tout.
  • (2) Deux opposants nuisent, pas un seul · (3) trois, pas moins — l'opposition vraiment collective seule compte.
  • (4) Seuil du tawātur : si la minorité atteint le nombre du tawātur, pas d'ijmāʿ sans elle ; sinon, l'ijmāʿ se conclut — rapporté par al-Ghazālī et al-Āmidī ; al-Qāḍī, dans Mukhtaṣar al-Taqrīb, dit que c'est l'avis authentiquement établi d'Ibn Jarīr [al-Ṭabarī].
  • (5) Critère de la légitimité reconnue (al-Jurjānī le ḥanafite, rapporté par al-Sarakhsī d'Abū Bakr al-Rāzī) : si la communauté a toléré l'ijtihād du divergent — comme le khilāf d'Ibn ʿAbbās sur le ʿawl — son désaccord compte ; si elle le lui a reproché — comme sur la mutʿa et le ribā al-faḍl — non.
  • (6) L'opposant isolé ne nuit que dans les uṣūl al-dīn, pas dans les autres sciences.
  • (7) L'accord de presque tous n'est pas un ijmāʿ, mais c'est une ḥujja — le tarjīḥ d'Ibn al-Ḥājib : « si l'opposant est rarissime face à la multitude, ce n'est pas un ijmāʿ qaṭʿan — mais l'apparence est que c'est une ḥujja, tant il est improbable que le vrai soit du côté de l'isolé ». Al-Hindī ajoute : ceux qui disent « ijmāʿ » l'entendent sans doute d'un ijmāʿ ẓannī.
  • (8) et (9), ajoutés par Zarkashī : c'est à la fois ijmāʿ et ḥujja ; ce n'est ni l'un ni l'autre — mais mieux vaut suivre la majorité, sans que la divergence soit ḥarām.
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À retenir

5 principes essentiels
Les accords partiels et le quorum — l'ossature de la Famille B.
  • Tous les accords partiels — Médine, ahl al-bayt, 4 califes, shaykhayn, ḥaramayn, miṣrayn — sont « ghayr ḥujja » : ils ne sont pas toute la umma
  • Mālik sur Médine : lectures multiples de ses disciples ; arbitrage d'Ibn Daqīq al-ʿĪd — autorité dans le naql continu, non dans l'ijtihād
  • Contre les Shīʿites : le verset de la purification vise les épouses (contexte) et le masculin s'explique par le taghlīb (ʿAlī, al-Ḥasan, al-Ḥusayn inclus)
  • L'ijmāʿ n'est pas réservé aux Ṣaḥāba (contre Dāwūd et les Ẓāhirites) : les preuves de la ḥujjiyya ne distinguent pas les époques
  • Quorum : le jumhūr exige la totalité ; parmi les autres positions, retenir surtout celle d'Ibn al-Ḥājib — l'accord avec un opposant rarissime n'est pas un ijmāʿ qaṭʿī, mais c'est une ḥujja
?

Question de révision

Tester sa compréhension
Une question sur l'exemple-type du nādir.

Question

« Selon le critère d'al-Jurjānī (5ᵉ position), pourquoi le désaccord d'Ibn ʿAbbās sur le ʿawl empêche-t-il l'ijmāʿ, alors que son avis sur la mutʿa ou celui qui tolérait le ribā al-faḍl ne l'empêcheraient pas ? Quel est le critère exact qui sépare les deux cas ? »

🧠 Grille mnémotechnique

1
RÈGLE
ghayr ḥujja
« ils ne sont pas toute la umma »
2
MADĪNA
vs Mālik
naql : oui · ijtihād : non (Ibn Daqīq al-ʿĪd)
3
AHL AL-BAYT
vs Shīʿa
siyāq des épouses + taghlīb
4
NĀDIR
7+2 avis
jumhūr : al-kull · Ibn al-Ḥājib : ḥujja