L'absolu et le conditionné · La grille du ḥaml : union ou différence du ḥukm et du sabab · Avec l'annexe du ẓāhir et des taʾwīl excessifs
Le couple muṭlaq/muqayyad est au singulier ce que ʿāmm/khāṣṣ est au pluriel : « tout ce qui a précédé dans les masāʾil du khāṣṣ et du ʿāmm y court », dit le matn — plus une masʾala, qui fait la gloire du chapitre : le port de l'absolu sur le conditionné (ḥaml al-muṭlaq ʿalā al-muqayyad). Subkī définit d'abord le muṭlaq — « ce qui dénote la quiddité sans condition » — en croisant le fer avec al-Āmidī et Ibn al-Ḥājib qui y voyaient la nakira ; al-Zarkashī, pour une fois, donne tort au matn : « ce qu'ils ont fait vaut mieux que ce qu'a fait l'auteur ». Puis la grille : même jugement et même cause (la raqaba des kaffāras) → on porte, le muqayyad étant un bayān ; causes différentes (ẓihār absolu, meurtre conditionné par l'īmān) → Abū Ḥanīfa refuse, les nôtres portent — par le lafẓ ou par qiyās selon l'attribution ; deux conditionnements contradictoires (jeûne continu / fractionné) → l'absolu demeure absolu : le qaḍāʾ de Ramaḍān n'exige pas la continuité. En annexe, le ẓāhir et le muʾawwal : la galerie des taʾwīl excessifs — dont les soixante pauvres devenus soixante mudd.
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« Le muṭlaq : ce qui dénote la quiddité sans condition. Masʾala : le muṭlaq et le muqayyad sont comme le ʿāmm et le khāṣṣ — avec ce surcroît : si leur jugement et leur cause sont identiques, qu'ils sont tous deux affirmatifs et que le conditionné survient après le temps de mise en œuvre de l'absolu, il est abrogeant ; sinon, l'absolu est porté sur lui. Si la cause diffère, Abū Ḥanīfa a dit : on ne porte pas ; on a dit : on porte par le lafẓ ; et al-Shāfiʿī — qu'Allāh l'agrée — a dit : par qiyās. Quant à l'absolu conditionné par deux [textes] contradictoires, on se passe d'eux deux, à moins qu'un qiyās ne le rende plus digne de l'un. »
Source : Jamʿ al-Jawāmiʿ — Tāj al-Dīn al-Subkī · Kitāb al-Kitāb (al-muṭlaq wa-l-muqayyad) · Tashnīf al-Masāmiʿ pp. 196-201
Toute la doctrine du ḥaml se lit dans un seul mot qurʾānique : raqaba — l'esclave à affranchir en expiation. Pour le meurtre involontaire, le texte la conditionne : ﴾فَتَحْرِيرُ رَقَبَةٍ مُؤْمِنَةٍ﴿ ; pour le ẓihār, il la laisse absolue : ﴾فَتَحْرِيرُ رَقَبَةٍ مِنْ قَبْلِ أَنْ يَتَمَاسَّا﴿. Les causes diffèrent (un homicide, une parole) ; le jugement est le même (affranchir). Faut-il exiger l'īmān aussi dans le ẓihār ? Abū Ḥanīfa : non — porter l'absolu sur le conditionné en de telles conditions serait abolir ce que l'iṭlāq donnait, et un qiyās n'abroge pas. Les Shāfiʿites : oui — la majorité de l'école par le lafẓ même (la langue du Législateur est une, l'absolu se lit à la lumière de son conditionné), al-Āmidī attribuant à Shāfiʿī la voie du qiyās (un jāmiʿ est requis) — attribution que Zarkashī corrige : « les compagnons de Shāfiʿī connaissent mieux son madhhab ». Mais le ḥaml a ses limites : il n'invente pas de khaṣla — le silence de l'āya du meurtre sur l'iṭʿām ne se comble pas par le ẓihār —, et il capitule devant deux conditionnements contradictoires : le qaḍāʾ de Ramaḍān reste libre, ni continu comme le ẓihār, ni fractionné comme la tamattuʿ.
Traduction : « Si le conditionné survient après le temps de mise en œuvre de l'absolu, il est abrogeant ; s'il ne survient pas après, trois doctrines — la plus correcte : porter l'absolu sur le conditionné, par conciliation des deux preuves, le conditionné étant un exposé (bayān) de l'absolu — c'est-à-dire que le visé par l'absolu est le conditionné — et non son abrogation, que l'absolu précède ou suive. »
﴾فَعِدَّةٌ مِنْ أَيَّامٍ أُخَرَ﴿ — le rattrapage de Ramaḍān est absolu. Or les jeûnes conditionnés tirent dans deux sens : le ẓihār exige la continuité (﴾مُتَتَابِعَيْنِ﴿), la tamattuʿ impose le fractionnement (﴾وَسَبْعَةٍ إِذَا رَجَعْتُمْ﴿). Verdict :
« Les Shāfiʿites exigent l'īmān de la raqaba du ẓihār en la portant sur celle du meurtre — pourquoi refusent-ils alors d'exiger le tatābuʿ dans le qaḍāʾ de Ramaḍān en le portant sur le jeûne du ẓihār, et d'ajouter l'iṭʿām à la kaffāra du meurtre en la portant sur celle du ẓihār ? Trois ḥaml, un accepté, deux refusés : quelles sont les deux raisons techniques ? »