Ẓāhir, muʾawwal, mujmal et mubayyan · Le taʾwīl et ses conditions · Les causes de l'ijmāl dans le mot simple et dans la phrase
Ouverture de la Famille H du Kitāb al-Kitāb : après le ʿāmm/khāṣṣ et le muṭlaq/muqayyad, voici la dernière paire de qualifications de l'énoncé avant le naskh. Le ẓāhir est le mot qui supporte deux sens dont l'un est prépondérant ; le taʾwīl consiste à le détourner vers le sens minoritaire — opération légitime si et seulement si un dalīl la fonde. Le mujmal, lui, est l'énoncé dont l'indication ne s'éclaircit pas : les deux sens s'équilibrent et l'on attend un mubayyan qui tranche. Al-Zarkashī, dans le Tashnīf al-Masāmiʿ, déploie un inventaire savoureux des causes de l'ijmāl : ambiguïté du mot posé pour deux réalités (qarʾ, shafaq), pronom au référent incertain, exception indéterminée, adjectif flottant… Il discute aussi deux questions de fond : le mujmal existe-t-il vraiment dans le Qurʾān et la Sunna (contre Dāwūd al-Ẓāhirī), et que faire quand le sens sharʿī d'un mot est impraticable (« le ṭawāf autour de la Maison est une ṣalāt »).
Disponible sur ordinateur
« Le ẓāhir est ce qui supporte deux sens ou plus, en étant prépondérant dans l'un d'eux. Le taʾwīl est le fait de porter le ẓāhir sur le sens possible minoritaire : s'il est porté en vertu d'un dalīl, il est valide ; en vertu de ce que l'on croit être un dalīl, il est vicié ; sans rien du tout, c'est un jeu, non un taʾwīl. Le mujmal est ce dont l'indication ne s'éclaircit pas. L'avis le plus correct est qu'il survient dans le Livre et la Sunna, et que la désignation sharʿī est plus claire que la désignation linguistique. »
Source : Jamʿ al-Jawāmiʿ — Tāj al-Dīn al-Subkī · Kitāb al-Kitāb (al-mujmal wa-l-mubayyan) · Tashnīf al-Masāmiʿ pp. 203-204
Tout le Kitāb al-Kitāb jusqu'ici a classé les énoncés selon leur clarté décroissante : le naṣṣ ne supporte qu'un sens ; le ẓāhir en supporte deux mais penche ; le mujmal n'indique plus rien tant qu'un bayān n'est pas venu. Le couple mujmal/mubayyan n'est donc pas une catégorie de plus — c'est le degré zéro de la dalāla, le point où le texte appelle un secours extérieur. Al-Zarkashī rapporte ici une distinction fine de l'imām Taqī al-Dīn (dans son Sharḥ al-Muqtaraḥ) entre le mujmal et le mushtarak (homonyme) : le mushtarak exige deux sens égaux au niveau du waḍʿ (la position linguistique), tandis que le mujmal exige deux possibilités égales au niveau du fahm (la compréhension) — peu importe que l'un des sens soit propre et l'autre figuré. L'ijmāl est donc une affaire de réception, pas seulement de lexique. Cette carte prépare directement la suivante : qu'est-ce que le bayān, et jusqu'à quand peut-il attendre ?
Le ẓāhir est un énoncé en équilibre instable : deux sens possibles, l'un qui pèse plus lourd (le rājiḥ), l'autre plus léger (le marjūḥ). Par défaut, on suit le sens prépondérant — c'est l'obligation même d'opérer sur le ẓāhir. Le taʾwīl renverse la balance : il fait prévaloir le sens minoritaire. Subkī en fixe le tarif en trois lignes :
La définition de Subkī est négative et volontairement large : mā lam tattaḍiḥ dalālatuh. Elle couvre tous les cas où l'auditeur reste suspendu entre plusieurs sens d'égale force — que la cause soit lexicale, grammaticale ou contextuelle.
Traduction : « L'ijmāl dans la composition a des exemples, dont ce verset : "celui en la main de qui est le nœud du mariage" oscille entre le mari et le tuteur — d'où la divergence : al-Shāfiʿī a dit le premier, Mālik le second. Et l'avis d'al-Shāfiʿī est prépondérant, car c'est ce qui est rapporté de ʿAlī et d'Ibn ʿAbbās, les deux savants des Compagnons, sans qu'on leur connaisse de contradicteur parmi les Compagnons. »
Quand un mot a un sens linguistique et un sens institué par le Législateur (ṣalāt, ṣawm, zakāt…), le sens sharʿī est plus clair : l'usage du Législateur, par induction (istiqrāʾ), porte sur ses propres institutions. On y porte donc l'énoncé, sauf dalīl pour le sens lughawī. Mais que faire si le sens sharʿī est impraticable au propre ?
« Le verset "celui en la main de qui est le nœud du mariage" est classé par Subkī parmi les exemples de mujmal. Pourquoi Zarkashī juge-t-il ce classement contestable du point de vue shāfiʿite ? Et qu'est-ce que cette objection révèle sur la nature de l'ijmāl : propriété du texte ou diagnostic de l'interprète ? »