Le waṣf sans effet et ses quatre types · Le vice de structure et le vice de fond · Quand le qiyās heurte un naṣṣ ou un ijmāʿ
Deuxième volet des qawādiḥ : trois objections qui attaquent non plus le détail de la ʿilla mais sa pertinence et la recevabilité du qiyās entier. Le ʿadam al-taʾthīr dénonce un waṣf « sans effet » — dépourvu de munāsaba —, en quatre types selon qu'il loge dans le waṣf lui-même, dans l'aṣl, dans le ḥukm ou dans le farʿ ; chacun a reçu un nom et un exemple d'école. Le fasād al-waḍʿ dénonce une structure viciée : tirer l'allègement de ce qui appelle l'aggravation, l'élargissement de ce qui appelle la restriction, l'affirmation de ce qui appelle la négation — ou employer un jāmiʿ dont naṣṣ ou ijmāʿ attestent qu'il fonde le ḥukm contraire. Le fasād al-iʿtibār, enfin, plus général, frappe tout qiyās dressé contre un naṣṣ ou un ijmāʿ : préférer le qiyās à un dalīl plus fort est une « considération viciée » — à preuve le ḥadīth de Muʿādh, qui ne plaçait l'ijtihād qu'après le Livre et la Sunna. L'exemple le plus mémorable : le qiyās ḥanafite interdisant à l'homme de laver son épouse défunte « car le regard sur elle est devenu interdit, comme l'étrangère » — brisé par l'ijmāʿ tacite : ʿAlī a lavé Fāṭima, qu'Allah les agrée.
Disponible sur ordinateur
« Parmi [les qawādiḥ] : le ʿadam al-taʾthīr — c'est-à-dire que le waṣf est dépourvu de munāsaba ; de là vient qu'il est propre au qiyās de sens et à la ʿilla déduite faisant l'objet de divergence. Il est de quatre sortes : dans le waṣf, dans l'aṣl, dans le ḥukm et dans le farʿ… Et parmi elles : le fasād al-waḍʿ — que le dalīl ne soit pas dans la configuration apte à fonder le ḥukm : comme tirer l'allègement de l'aggravation, l'élargissement de la restriction, et l'affirmation de la négation… Et parmi elles : le fasād al-iʿtibār — que [le qiyās] contredise un naṣṣ ou un ijmāʿ ; et il est plus général que le fasād al-waḍʿ. »
Source : Jamʿ al-Jawāmiʿ — Tāj al-Dīn al-Subkī · Kitāb al-Qiyās (ʿadam al-taʾthīr, fasād al-waḍʿ wa-l-iʿtibār) · Tashnīf al-Masāmiʿ pp. 331-333 et 338-339
Ces trois qawādiḥ forment une gradation. Le ʿadam al-taʾthīr reste à l'intérieur du qiyās : un waṣf y figure qui ne travaille pas — ni pour établir le ḥukm ni pour le nier. D'où sa limite de validité, soulignée par Subkī contre la définition plus étroite du Maḥṣūl et du Minhāj (« le ḥukm subsistant sans le waṣf ») : il ne mord que sur le qiyās al-maʿnā (fondé sur la munāsaba) et sur la ʿilla mustanbaṭa disputée — jamais sur une ʿilla textuelle ou consensuelle, ni sur le qiyās de ressemblance ou de pure coextension. Le fasād al-waḍʿ attaque la forme : le dalīl est bâti à l'envers, sa hayʾa produit le contraire de ce qu'on lui fait dire. Le fasād al-iʿtibār attaque la recevabilité : quelle que soit sa qualité interne, un qiyās dressé contre un naṣṣ ou un ijmāʿ ne mérite aucune considération. Zarkashī précise leur rapport logique : tout fasād al-waḍʿ implique un fasād al-iʿtibār — le second est donc plus général — et les jadaliyyūn en tirent l'ordre des questions : on examine d'abord le vice global, ensuite le vice de structure.
Le waṣf est ṭardī : « le ṣubḥ est une prière qu'on n'abrège pas, donc on n'avance pas son adhān, comme le maghrib ». Or le non-abrègement n'a ni pertinence ni ressemblance avec l'interdiction d'avancer l'adhān — le ḥukm vaut d'ailleurs aussi pour les prières qu'on abrège. Réduction : ce type revient à la muṭālaba — exiger la preuve que la ʿilla est bien une ʿilla.
Le waṣf, même pertinent en soi, est rendu inutile dans l'aṣl par un autre waṣf qui suffit : « vente d'une chose non vue, donc invalide, comme l'oiseau dans le ciel ». Le muʿtariḍ répond : la non-vision est sans effet dans cet aṣl — l'incapacité de livrer y suffit. Réduction : c'est une muʿāraḍa fī al-aṣl — on exhibe une autre ʿilla dans l'aṣl ; d'où son rattachement au débat sur la pluralité des ʿilal.
« Elle s'est mariée elle-même à un non-kafʾ, donc le mariage est invalide, comme… ». Le qayd « à un non-kafʾ », même pertinent pour l'invalidité, ne couvre pas tout le litige — le débat porte sur la femme qui se marie elle-même absolument. Subkī suit ici le petit Mukhtaṣar d'Ibn al-Ḥājib (ce type rejoint le deuxième) — mais dans le grand, Ibn al-Ḥājib le rattachait au troisième, « et l'on a dit que c'est cela le juste », note Zarkashī.
Autre figure : le jāmiʿ employé a été consacré par naṣṣ ou ijmāʿ dans le ḥukm inverse. Exemple : le Ḥanafite sur la salive des fauves — « fauve à crocs, donc sa salive est impure, comme le chien ». Réplique : tu suspends à la ʿilla le contraire de ce qu'elle exige — être un « fauve » a servi de cause de pureté : le Prophète ﷺ répondit à qui s'étonnait qu'il acceptât l'invitation d'une maison où vivait une chatte : « la chatte est un fauve » — donc sa salive ne souille pas.
Traduction : « On l'a nommé ainsi parce que prendre en considération le qiyās alors qu'il contredit le naṣṣ ou l'ijmāʿ, c'est le considérer face à un dalīl plus fort que lui — et c'est là une considération viciée, à preuve le ḥadīth de Muʿādh : il a placé l'ijtihād après le naṣṣ. »
« Le qiyās ḥanafite — "le meurtre délibéré est un crime énorme, donc pas de kaffāra" — relève-t-il du fasād al-waḍʿ ou du fasād al-iʿtibār ? Et le qiyās interdisant à l'homme de laver son épouse défunte ? Justifiez en expliquant pourquoi Subkī dit que le fasād al-iʿtibār est aʿamm. »