Les deux grandes typologies du qiyās · Jalī / khafī selon la force · ʿIlla / dalāla / fī maʿnā al-aṣl selon le jāmiʿ
Après le long parcours des qawādiḥ, Subkī referme le Kitāb al-Qiyās en offrant au lecteur une vue d'ensemble : la classification des qiyās. Deux axes se croisent. Le premier mesure la force de l'analogie : le qiyās est jalī (manifeste) quand on est certain — ou presque — qu'aucune différence pertinente ne sépare le farʿ de l'aṣl, et khafī (caché) dans le cas contraire ; certains affinent en trois degrés : awlā (à plus forte raison), musāwī (à raison égale), adwan (à moindre raison). Le second axe regarde la nature du jāmiʿ : si l'on unit aṣl et farʿ par la ʿilla elle-même, c'est le qiyās al-ʿilla ; par un indice de la ʿilla (son lāzim, son effet ou son statut), c'est le qiyās al-dalāla ; par la simple négation de toute différence, c'est le qiyās fī maʿnā al-aṣl — illustré par la sueur du chien rattachée à sa salive. Al-Zarkashī déploie chaque branche avec ses exemples canoniques, en rappelant que « ce sont là des conventions terminologiques » (umūr iṣṭilāḥiyya).
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« Il [le qiyās] est manifeste (jalī) ou caché (khafī). Le jalī : celui où l'on tranche avec certitude la négation de la différence, ou bien [où cette différence] n'est qu'une éventualité faible ; le khafī est son contraire. On a dit aussi : le jalī est cela, le khafī est [le qiyās] al-shabah, et le wāḍiḥ se tient entre les deux. On a dit encore : le jalī est l'awlā, le wāḍiḥ le musāwī et le khafī l'adwan. Le qiyās de la ʿilla : celui où elle est énoncée explicitement ; le qiyās de l'indication : celui où l'on unit par son concomitant, puis par son effet, puis par son statut ; et le qiyās au sens de l'aṣl : l'union par la négation de la différence. »
Source : Jamʿ al-Jawāmiʿ — Tāj al-Dīn al-Subkī · Kitāb al-Qiyās (aqsām al-qiyās) · Tashnīf al-Masāmiʿ pp. 345-346
La classification n'est pas un luxe taxinomique : elle commande l'usage du qiyās. Plus un qiyās est jalī, plus son autorité est grande : le jalī sert au tarjīḥ (il prime un khafī en cas de conflit), il est admis par certains là où le khafī est contesté (les ḥudūd, les kaffārāt), et il fonde même, pour une partie des uṣūliyyīn, le takhṣīṣ des textes. De même, la triade ʿilla / dalāla / fī maʿnā al-aṣl ordonne les analogies selon la transparence du jāmiʿ : énoncer la ʿilla elle-même est plus fort que de passer par l'un de ses signes. Zarkashī note que ces types sont admis par tous les partisans du qiyās — la divergence ne porte que sur les frontières et les noms : « ce sont là des conventions terminologiques ». Il signale au passage la division rapportée par Abū al-Ḥusayn dans al-Muʿtamad d'après al-Shāfiʿī : le qiyās où la ʿilla est avérée, et celui où elle ne l'est pas — division qu'il discute, car la ʿilla est précisément le chemin vers le ḥukm.
Zarkashī ouvre le passage par une formule de méthode : « Le qiyās se divise, selon la force et la faiblesse (biʿtibār al-quwwa wa-l-ḍaʿf), en jalī et khafī » — puis, plus loin : « il se divise, selon la ʿilla (biʿtibār al-ʿilla), en qiyās ʿilla, qiyās dalāla et qiyās fī maʿnā al-aṣl ». Deux questions distinctes :
Le jalī recouvre en réalité deux situations, que Subkī énonce en une seule phrase :
À côté de la bipartition de Subkī, Zarkashī rapporte que « certains de nos compagnons » divisent en trois : jalī, wāḍiḥ (clair) et khafī. Deux manières de remplir ces cases :
« Ce dans quoi la ʿilla est énoncée explicitement » (mā ṣurriḥa fīhi bihā). Le mujtahid nomme la cause même du ḥukm et montre sa présence dans le farʿ.
Le matn est d'une concision remarquable : « mā jumiʿa fīhi bi-lāzimihā fa-atharihā fa-ḥukmihā » — le fa de gradation indique que le concomitant prime l'effet, qui prime le statut. Trois exemples, un par palier :
Ici, point de jāmiʿ formulé : on montre que le farʿ est « au sens même de l'aṣl » — toute différence alléguée est annulée (ilghāʾ al-fāriq). Exemple de Zarkashī : rattacher le fait d'uriner dans un récipient puis de le déverser dans l'eau stagnante à l'interdiction d'y uriner directement — quelle différence pertinente ? Aucune. Subkī, rappelle Zarkashī, a déjà nommé ce procédé tanqīḥ al-manāṭ dans les masālik de la ʿilla.
Traduction : « Le qiyās se divise, selon la force et la faiblesse, en manifeste et caché : le manifeste est celui où l'on tranche la négation de la différence, ou bien où l'éventualité de la différence y est faible... Et il se divise, selon la ʿilla, en qiyās de la cause, qiyās de l'indication et qiyās au sens de l'aṣl ; car il procède soit par mention du jāmiʿ, soit par annulation du fāriq ; et s'il procède par mention du jāmiʿ, alors si ce jāmiʿ est la ʿilla elle-même, c'est le qiyās de la ʿilla. »
« On interdit le nabīdh par qiyās sur le khamr. Formulez ce même qiyās une fois en qiyās al-ʿilla et une fois en qiyās al-dalāla. Qu'est-ce qui change dans le jāmiʿ énoncé, et pourquoi la première formulation est-elle plus forte que la seconde ? »