Que faire quand rien ne l'emporte · Quatre avis : choix, chute, suspension, solution mixte · La primauté du jamʿ · Les deux qawls d'un même mujtahid
Admettons — au moins par hypothèse — que l'équivalence survienne : deux preuves opposées, aucune ne l'emporte. Que fait le mujtahid ? Subkī, prudent, écrit « fa-in tuwuhhima al-taʿādul » — « si l'équivalence est présumée » : formule plus juste que « si elle est crue probable », car le ẓann va toujours au côté prépondérant. Quatre voies s'offrent alors : le takhyīr (libre choix — al-Bāqillānī, Abū ʿAlī et Abū Hāshim), le tasāquṭ (chute des deux preuves et retour à la barāʾa aṣliyya — beaucoup de fuqahāʾ), le waqf (suspension, comme pour deux bayyinas opposées), ou la solution mixte (takhyīr dans les wājibāt, tasāquṭ ailleurs). Mais cette extrémité ne vient qu'en bout de chaîne : auparavant, le jamʿ — « opérer par les deux preuves, fût-ce sous un seul aspect, vaut mieux qu'en invalider une » — puis le naskh si la chronologie est connue. La carte s'achève sur le miroir humain du taʿādul : les deux qawls contradictoires rapportés d'un même mujtahid — le cas célèbre des quelque dix-sept endroits où al-Shāfiʿī a laissé deux avis.
Disponible sur ordinateur
« Si l'équivalence est présumée : le libre choix, ou la chute des deux [preuves], ou la suspension, ou le libre choix dans les obligations et la chute dans le reste — autant d'avis. »
Source : Jamʿ al-Jawāmiʿ — Tāj al-Dīn al-Subkī · Kitāb al-Taʿādul wa-l-tarājīḥ (ḥukm al-taʿādul) · Tashnīf al-Masāmiʿ pp. 359-364
Le taʿādul n'est pas qu'une hypothèse d'école : il a un visage humain. Quand un mujtahid de la stature d'al-Shāfiʿī laisse, au même endroit, deux avis sans trancher, c'est que deux amārāt se sont équilibrées sous ses yeux. Le Shaykh Abū Isḥāq rapporte, d'après le Qāḍī Abū Ḥāmid al-Marwazī, que cela n'arrive chez al-Shāfiʿī que dans seize ou dix-sept masāʾil. Et Zarkashī d'y voir, loin d'un défaut, « la preuve de l'élévation de son rang en science et en religion » : en science — car plus le mujtahid gagne en précision, plus son examen affine et débusque les équilibres réels ; en religion — car il n'est pas de ceux qui, voyant poindre la prépondérance contraire, s'obstinent dans leur premier dire : il l'abandonne pour le meilleur. Laisser deux qawls, c'est aussi signaler que tout le reste a été écarté, et que la divergence se concentre sur ces deux issues — comme ʿUmar restreignant la shūrā à six hommes. Celui qui en a fait grief à al-Shāfiʿī « a le regard trop court pour ses visées ».
Subkī l'énonce parmi ses « aṣaḥḥ » : opérer par les deux preuves en conflit — même sous un seul aspect — vaut mieux qu'en invalider une. On ne recourt au tarjīḥ que si l'opération conjointe est impossible ; car le jamʿ fait fonctionner les deux dalīls, et « l'iʿmāl est préférable à l'ihmāl ».
Traduction : « Si nous admettons leur équivalence, on a divergé sur son statut lorsqu'elle survient, selon plusieurs madhāhib. Le premier : le libre choix — c'est l'option du Qāḍī Abū Bakr parmi les nôtres, et d'Abū ʿAlī et Abū Hāshim chez les Muʿtazilites. Le deuxième : la chute des deux, et il faut revenir à autre chose qu'elles, à savoir l'innocence originelle — madhhab de beaucoup de fuqahāʾ. Le troisième : la suspension, comme pour les deux bayyinas opposées. »
Pourquoi Subkī écrit-il « si l'équivalence est présumée » (tuwuhhima) et non « si elle est crue probable » (ẓunna), comme d'autres ? Zarkashī explique : le ẓann appartient au côté prépondérant — dire « je crois probable l'équivalence » serait contradictoire, puisque l'équivalence est précisément l'absence de prépondérance ; il ne reste donc que le wahm, la présomption relative à l'estimation du mujtahid. Subtilité de lexique qui révèle la doctrine : pour Subkī, l'équivalence réelle n'existant pas (carte 1), tout taʿādul n'est jamais qu'une apparence relative à l'examen d'un homme.
« Le conflit des deux qawls d'un seul mujtahid est, pour les muqallids, comme le conflit des deux amārāt pour les mujtahids » — c'est pourquoi Subkī enchaîne les deux masāʾil. L'algorithme :
Si l'on ne connaît au mujtahid aucun qawl dans la masʾala, mais qu'il s'est prononcé dans son analogue, son avis y est « extrait » (mukharraj) — selon l'aṣaḥḥ. Mais on ne le lui attribue pas absolument : seulement avec restriction — « ceci est le qiyās de son qawl », non « ceci est son qawl » — car il aurait peut-être aperçu une différence (farq) entre les deux cas. Et c'est de la rencontre d'un autre naṣṣ avec le cas analogue que naissent les ṭuruq : les uns maintiennent les deux naṣṣs en se forgeant un farq ; les autres transportent chaque réponse dans l'autre cas — d'où « deux qawls, par transmission et extraction » (bi-l-naql wa-l-takhrīj).
« Le quatrième avis ordonne le takhyīr dans les wājibāt mais le tasāquṭ lorsque s'opposent une preuve d'ibāḥa et une preuve de taḥrīm. Pourquoi le “libre choix” entre un licite et un interdit est-il jugé impossible — et en quoi cette impossibilité rejoint-elle l'argument d'al-Rāzī vu à la carte 1 ? »